Panorama de l’écosystème entrepreneurial au sein de l’université Stanford

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Stanford et l’entrepreneuriat sont historiquement intimement liés. Dès la fin du XIXe siècle, le sentiment d’exploitation de l’Ouest américain dans les intérêts de la côte Est et le sentiment régionaliste qui en découle, ont conduit les dirigeants de l’Université Stanford à organiser l’enseignement dans le but de fournir les moyens nécessaires à la création d’une industrie locale pérenne. Cet esprit a perduré, tant et si bien que la Silicon Valley s’est en grande partie développée autour du campus de l’université et que son développement moderne lui doit énormément, de la création de Hewlett-Packard à la fin des années 1930 à celle de Google, parmi de nombreux autres. Aujourd’hui encore et peut être même plus que jamais, Stanford place les liens avec le secteur privé au centre de sa politique éducative, et tout particulièrement l’entrepreneuriat.

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The Hoover Tower and buildings at Stanford University ; Crédits : pixelsnap

Afin de répondre aux besoins divers de sa population d’étudiants, doctorants et chercheurs de toutes disciplines, l’université a developpé une vaste offre de programmes et services favorisant la création d’entreprises. L’objet de cet article n’est à l’évidence pas d’être exhaustif en la matière, mais de tenter de dégager une structure ainsi que d’extraire certains exemples jugés d’intérêt majeur.

Nous pouvons tenter de classer ces initiatives en quatre catégories : les cours à proprement parler, les programmes interdisciplinaires, les structures de financement et d’incubation, et enfin, les initiatives étudiantes.

Offre de cours

Une offre importante de cours portant sur l’entrepreneuriat est proposée à Stanford. Ces derniers sont portés par la Graduate School of Business (GSB), et notamment par le Center for Entrepreneurial Studies (CES). Le CES fut fondé en 1996, en réponse au besoin grandissant de formation à la création d’entreprise et aux enjeux inhérents à un tel projet. Ces cours sont accessibles à la fois aux étudiants de la Business School (MBAs), mais également aux ingénieurs, artistes, étudiants en droit ou en médecine intéressés par ces sujets. Le CES favorise la collaboration entre ces différentes populations au travers de l’organisation de cours conjoints, événements et programmes collaboratifs.

Toujours au sein de la GSB, le Center for Social Innovation (CSI) se donne pour objectif de former, là encore, tous types d’étudiants, intéressés cette fois par l’entrepreneuriat social.

Nous pouvons d’ores et déjà noter la volonté pluridisciplinaire de ces enseignements, la GSB n’étant pas envisagée en tant qu’école séparée responsable d’une discipline atypique, mais surtout comme l’entité fournissant les moyens à tout étudiant de se former aux problématiques business, de rencontrer d’autres étudiants venant d’horizons thématiques différents, et de bénéficier de l’appui logistique et humain (et notamment au réseau des alumni) de l’institution.

Programmes interdisciplinaires

Cette volonté de faire se rencontrer et collaborer des étudiants venant de disciplines techniques variées se traduit également par un large choix de programmes interdisciplinaires.

L’un des plus anciens programmes est le Stanford Venture Technology Program (STVP), créé il y a une vingtaine d’années au sein de l’école d’ingénieur de l’université (School of Engineering). Il est à ce titre l’un des plus anciens programmes axé spécifiquement sur la création d’entreprises technologiques. Le STVP consiste bien sûr en une offre de cours couvrant ces thématiques ; il entretient des liens forts avec des entreprises, universités et gouvernements afin d’aider les étudiants à résoudre les défis importants du monde, et il offre plusieurs modules permettant de continuer sa formation, en dehors des salles de cours. L’un des plus anciens est le Mayfield Fellows Program, qui consiste en une formation intense sur une période de 9 mois, d’avril à septembre. Chaque année, 12 étudiants (undergraduate ou co-terms) sont séléctionnés pour participer à ce programme leur offrant des cours relatifs à la création et à la gestion d’une startup technologique, les confrontant à de nombreux entrepreneurs, investisseurs ou mentors à succès, et leur permettant d’effectuer un stage au sein d’une startup en croissance.

Stanford étant une université extrêmement décentralisée, plusieurs autres écoles ont développé des programmes comparables, et il serait difficile de tous les citer ici. Néanmoins, en parallèle des efforts des écoles d’ingénieurs de l’université, une autre discipline a vu des initiatives se former ces dernières années : la médecine et le domaine de la santé en général. En dehors de divers moyens de connecter les étudiants intéressés par le secteur (BioX, Cross-disciplinary Healthcare Innovation Partnership at Stanford (CHIPS) notamment), un programme connait un succès majeur : Biodesign.

Biodesign se donne pour but de former les étudiants, chercheurs et professeurs au processus de création et/ou implémentation de nouvelles technologies biomédicales, au travers d’une méthode systématique consistant à détecter des besoins sur le terrain (à l’hôpital par exemple mais pas seulement), puis de hiérarchiser, trier, et valider conceptuellement des réponses à ces besoins au travers de projets portés par des équipes systématiquements pluridisciplinaires (ingénieurs, biologistes, médecins, désigners,…). Et ceci est le coeur de nombreux programmes au sein de Stanford : mettre en lien et faire collaborer des étudiants, issus de disciplines techniques différentes, sur des sujets communs, et fournir les conditions à la fois de la créativité et de l’exécution pratique. Un programme comme Biodesign permet aux étudiants et au corps professoral de plus de 40 départements issus des écoles d’ingénieurs, de sciences sociales, de droit et de médecine, de collaborer.

Un autre exemple majeur est l’école de design (Hasso Plattner Institute of Design, aussi appelé d.school), qui offre là encore une multitude de moyens de constituer des équipes aux parcours variés, de porter un projet, de créer un produit et d’être accompagné dans sa mise sur le marché. Ceci témoigne d’un second point important à Stanford : du fait de son extrême décentralisation, les disciplines ne sont plus perçues comme étant des ilots que tout sépare mais plutôt comme des approches amenées à diffuser au sein de chaque département de l’université. Ceci est particulièrement vrai pour le design, pensé bien au delà d’une considération d’ordre esthétique ou même ergonomique en fin de développement d’un produit ou service, mais plutôt comme condition indispensable et centrale, dès la conception d’une réponse à un besoin donné.

Financement et incubation

L’écosytème entrepreneurial de Stanford tente de couvrir l’ensemble du spectre, allant des cours théoriques à la création pratique de sociétés au sein de l’université. C’est dans cet esprit que fut créé StartX en 2011. Il s’agit d’un incubateur/accélérateur de startups fondées par des membres du réseau Stanford, à savoir des étudiants de premier cycle, en Master, en doctorat, post-doctorants et même des professeurs ou anciens diplômés de l’université.

StartX ne prend pas de part dans le capital des sociétés qu’il héberge. Cet incubateur fournit de nombreux services aux entrepreneurs : un accompagnement spécialisé selon les besoins de chaque startup, en les mettant en contact au besoin avec des investisseurs, experts, ou entrepreneurs influents de la Silicon Valley, et mettant à leur disposition de nombreuses ressources : conseil juridique, espace de bureau, ressources logicielles et/ou matérielles, etc.

Etre accepté au sein de StartX permet également de pouvoir bénéficier de financements de la part du fond Stanford-StartX, fondé en 2013, et ayant d’ores et dejà investi plus de 31 millions de dollars dans 82 startups, soit plus du tiers du nombre de sociétés acceptées dans l’incubateur.

Une multitude d’initiatives étudiantes

En parallèle de ces cours, programmes et solutions d’accompagnement à l’entrepreneuriat, Stanford voit se développer en son sein un nombre impressionnant d’initiatives étudiantes sous la forme de clubs, groupes de réflexion ou associations, visant la plupart du temps à faire se rencontrer les étudiants passionnés par les mêmes thématiques, en encourageant là encore la diversité des parcours et des spécialités de départ de chacun. Il serait illusoire et surtout inutile de lister ici ces initiatives, mais il est néanmoins important de noter la vitalité de l’écosystème étudiant, et le rôle que portent les étudiants eux-mêmes dans la structuration de l’offre à Stanford. D’après Anais Saint-Jude, Student Engagement Manager au sein du STVP, la plupart des programmes interdisciplinaires ou même des offres de cours ont découlé de besoins détectés par les étudiants eux-mêmes, et l’université entend poursuivre cette philosophie dans le futur.

La flexibilité du modèle, son extrême décentralisation, et la philosophie de prise de risque et de création ancrée dans les gènes de l’université Stanford font le reste, au point d’être reconnue comme certainement l’université la plus génératrice d’entrepreneurs à succès aux Etats-Unis.

Pour en savoir plus, contacts : http://sen.stanford.edu/

Rédacteurs : Hocine Lourdani, San Francisco, hocine.lourdani@ambascience-usa.org