Pollution des eaux de consommation américaines : un problème dans les contrôles ?

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Les Etats-Unis disposent de près de 155.000 systèmes de traitement des eaux destinées à la consommation (2008) qui sont régis par une loi fédérale : le Safe Drinking Water Act. Cette loi a été votée par le Congrès en 1974 et 2 amendements sont venus la compléter en 1986 et 1996 dans le but d’assurer la sécurité des eaux de consommation tout au long des étapes de traitement, depuis la source jusqu’au robinet. Pourtant, cette question de la qualité de l’eau semble susciter un certain intérêt auprès de l’opinion publique. En effet, plusieurs articles du New York Times parus en décembre dernier tentent d’analyser des données fédérales et montrent que plus de 20% des systèmes de traitement d’eau n’ont pas respecté les dispositions du Safe Drinking Water Act durant les 5 dernières années.

Certaines analyses faites depuis 2004 montrent que l’eau potable délivrée à plus de 49 millions de personnes contenait des concentrations illégales de produits chimiques comme l’arsenic ou des substances radioactives comme l’uranium, ainsi que des bactéries pathogènes souvent retrouvées dans les eaux usées. Le Safe Drinking Water Act impose un suivi d’une centaine de contaminants parmi les quelques 60.000 produits chimiques utilisés dans le secteur productif. Selon le New York Times plusieures études mettent en évidence des risques de maladies (cancer, …) associés à la consommation d’eau potable. Malgré ces mises en garde bon nombre des normes et critères n’auraient pas été remis à jour depuis les derniers amendements. A cela s’ajoute les problèmes de contrôle des systèmes de traitement des eaux : moins de 6% seulement des cas d’infraction ont été pénalisés par des fonctionnaires d’Etats ou fédéraux.

A titre d’exemple, depuis 2004, dans la ville de Ramsey, N.J., des tests de qualité de l’eau ont mis en évidence, des concentrations illégales d’arsenic, et d’un solvant de nettoyage à sec, le tétrachloroéthylène, ayant des propriétés carcinogènes. Dans l’Etat de New York, 205 systèmes de traitement des eaux ne répondaient pas aux critères requis par la loi et ont délivré de l’eau contenant des taux illégaux de bactéries.

L’absence de sanction de ces industries de traitement pourrait s’expliquer, selon certains fonctionnaires gouvernementaux, par le fait que la mise en application du Safe Drinking Water Act n’a pas été une priorité fédérale. A cela s’ajoute les groupes de pression (lobbying) industriels s’opposant à toute tentative gouvernementale visant à renforcer les standards relatifs à l’eau de consommation. De même certains résidents estiment que si la composition de leur eau répond aux exigences fixées par la loi, c’est qu’elle doit être saine et qu’il n’est pas nécessaire de multiplier ou de renforcer les procédés de traitement.

A titre d’exemple, les limites de qualité de quelques contaminants chimiques aux Etats-Unis et en France sont présentées dans le tableau ci-dessous :


Les limites de qualité américaines et françaises sont proches pour une majorité de composés, si ce n’est pour les nitrates et le benzène. En ce qui concerne les contaminants d’origine microbiologique (données non présentées) il apparaît que les limites de qualité américaines prennent en compte beaucoup plus de micro-organismes (Cryptosporidium, Legionella, coliformes totaux, virus, …) que la France (E. coli et Entérocoques) et utilisent un protocole d’absence / présence de ces germes alors que pour la France il s’agit plutôt d’un dénombrement en Unités Formant Colonie (UFC) pour 100 mL.

Les problèmes semblent liés moins à une question réglementaire qu’à une insuffisance du nombre et de l’efficacité des contrôles effectués. Les systèmes de traitement des eaux américains ou les infrastructures de distribution sont peut-être en cause. D’après le New York Times, il est sans doute aussi important de remettre à jour la liste des composés que de tester et de développer de nouveaux procédés de traitement pour les éliminer.

Ainsi, les Etats-Unis pourraient se trouver face à un problème de santé publique lié à la consommation d’eau impropre. Les procédés technologiques de traitement des eaux sont à moderniser, mais c’est principalement le suivi des contrôles qui semble être en cause avec la nécessité de composer avec d’une part, l’opinion publique soucieuse des dépenses fédérales et de son environnement et d’autre part, les groupes de pression industriels et leurs intérêts économiques. Dans ce contexte, l’EPA a mis en place fin 2009 la National Water Program Research Strategy avec 4 thèmes principaux : la salubrité à la fois des eaux côtières, de drainage et des eaux de consommation, la mise en place d’infrastructures durables pour le traitement, la distribution de l’eau et la maîtrise de la qualité de l’eau.

Source :


- Millions in U.S. Drink Dirty Water, Records Show The New-York Times - 07/12/09 - http://www.nytimes.com/2009/12/08/business/energy-environment/08water.html
- That Tap Water Is Legal but May Be Unhealthy - The New-York Times - 14/12/09 - http://www.nytimes.com/2009/12/17/us/17water.html
- Drinking Water Contaminants - EPA - 11/09/09 http://www.epa.gov/safewater/contaminants/index.html
- Journal Officiel de la République Française du 6 février 2007 Texte 17 : http://www.journal-officiel.gouv.fr/frameset.html)
- Safe Drinking Water Act (SDWA) - 28/08/09 - http://www.epa.gov/safewater/sdwa/basicinformation.html
- National Water Program Research Strategy - EPA - 18/12/09 - http://www.epa.gov/waterscience/strategy/

Pour en savoir plus, contacts :


- Toxic Waters - New York Times, http://projects.nytimes.com/toxic-waters / http://projects.nytimes.com/toxic-waters/contaminants
- Safe Drinking Water Act (SDWA), http://www.epa.gov/safewater/sdwa/
Code brève
ADIT : 61997

Rédacteur :

Magali Muller, deputy-agro.mst@consulfrance-chicago.org ; Adèle Martial, attache-agro.mst@consulfrance-chicago.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….