Popularité ou chiffre d’affaires ? Deux modèles de jeunes pousses face à la récession

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Alors que la semaine dernière nous faisions l’écho de la réticence des capitaux-risqueurs face aux jeunes pousses "trop" risquées [1], deux entreprises de l’Internet, aux modèles économiques diamétralement opposés, voient leur modus operandi mis en cause par les conséquences de la crise financière.

Au lendemain de l’éclatement de la bulle Internet début 2000, les capitaux-risqueurs ne se sont plus impliqués dans des start-ups au modèle économique peu orthodoxe. De la même manière aujourd’hui (cf. BE 139), les jeunes pousses en phase opérationnelle sont sommées de rapidement produire du chiffre d’affaires, voire de la rentabilité. Mais la situation est ainsi faite que certaines résistent à ce mouvement et choisissent de délibérément ne pas se lancer dans un tel objectif, au moins temporairement.

C’est dans le milieu des microblogs que s’exprime ce mouvement. Il s’agit de sites communautaires dans lesquels les utilisateurs utilisent le web ou leurs téléphones portables pour poster des brèves mises à jour sur leurs activités présentes.

Twitter, une jeune pousse fondée en 2006 à San Francisco, est un bon exemple : elle ne produit aucun CA et n’encaisse aucune recette publicitaire. Ce site, dont le nom fait abondamment parler de lui sur la toile, est le plus visité de ces microblogs. Pas moins de trois millions de personnes ont essayé ce service gratuit. Le concept de Twitter est simple : lorsque l’utilisateur veut s’y connecter, il doit répondre à une question préalable : "qu’êtes-vous en train de faire ? ". La réponse doit tenir en 140 caractères. Une fois connectée, la personne peut visualiser les activités de ses proches au même moment.

Dans la même veine, Yammer, un clone de Twitter, se voue aux entreprises en reprenant un concept semblable. La question posée est cette fois : "sur quoi travaillez-vous ?". Lorsque l’entreprise s’inscrit officiellement sur le site, ce qui lui donne un droit de regard sur ses employés connectés, elle paie 1 dollar pour chacun d’eux. 10.000 entreprises et pas moins de 60.000 employés dont ainsi désormais inscrits sur le site. Ainsi, seulement 6 semaines après son lancement officiel, le site génère déjà un modeste chiffre d’affaires. D’après les créateurs de Yammer, ce modèle est particulièrement efficace car il tend à fonctionner comme un réseau social en générant directement du chiffre d’affaires, à l’instar d’un service marchant.

La stratégie de Twitter est dans un premier temps d’augmenter son périmètre d’utilisateurs et, dans un second, de générer du chiffre, une fois la masse critique nécessaire atteinte. Tous les efforts ont donc visé à développer l’attractivité du concept. Cela fonctionne : on enregistre une augmentation de 600% du nombre des utilisateurs par rapport à l’année précédente. Curieusement, ces entreprises innovantes proposant des concepts répondant à un réel besoin social, ont éloigné les capitaux-risqueurs. Twitter n’est pas parvenu à lever plus de vingt millions de dollars dans ses deux premières années. Les succès majeurs tels que celui de Youtube, le site de vidéos en ligne racheté en 2006 par Google pour 1,7 milliard de dollars (2,2 milliards d’euros), ont convaincu les capitaux-risqueurs qu’un site avec un grand nombre d’utilisateurs peut se révéler plus profitable que de directement faire payer les clients. Le directeur général de Twitter, rappelle que Google générait un chiffre d’affaires nul avant la mise en place de son modèle publicitaire qui a fait d’elle une entreprise prospère. Mais combien de jeunes pousses deviendront des Google ? Pour la majorité des entreprises américaines, attirer les financements à risques est aujourd’hui un vrai parcours d’obstacles. Les start-ups américaines souhaitant être soutenues par les capitaux-risqueurs sont vivement ainsi conseillées d’adopter un business plan solide générant rapidement des bénéfices.

Une illustration de cette tendance récente est le changement imposé par les actionnaires Twitter. Grâce à plusieurs projets, la jeune pousse devrait générer des revenus dès début 2009. Une des idées proposées est de facturer les entreprises qui utilisent le site afin de communiquer avec leurs clients et fournisseurs, tout en les surveillant.

Enfin, d’après le blog d’information technologique Gigaom, seuls les anges continuent de croire en des modèles particuliers, rappelant que les périodes de récession sont souvent le berceau de prodigieuses innovations de rupture, conduisant à la naissance de grandes compagnies. Oracle, le géant de la gestion de base de donnée, n’a-t-il pas été imaginé après l’éclatement de la bulle Internet ?

Source :


- "Popularity or Income ? Two Sites Fight It Out", Claire Cain Miller, 20/10/08, The New York Times. http://www.nytimes.com/2008/10/21/technology/start-ups/21twitter.html?_r=3&partner=rssnyt&emc=rss&oref=slogin&oref=slogin&oref=slogin
- "Just Saying : Google Didn’t Start In a Downturn", Om Malik, 29/10/2008, Gigaom.com, http://gigaom.com/2008/10/29/google-did-not-start-in-a-downturn/#more-27249

Pour en savoir plus, contacts :

[1] "Capitaux-risqueurs et Business Angels s’adaptent pour résister aux remous de la crise financière" - Yann Le Beux - BE Etats-Unis 139 (24/10/2008) : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/56415.htm
Code brève
ADIT : 56480

Rédacteur :

Yann Le Beux, deputy2-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….