Première édition à Houston d’une conférence sur le commerce lié à l’espace : SpaceCom

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Du mardi 17 au jeudi 19 novembre 2015, environ 1.700 personnes ont participé à la première édition de la conférence Space Commerce conference and exposition, ou SpaceCom, au George R. Brown Convention Center à Houston Texas. [1]
En préparation depuis plus de 2 ans en collaboration avec la ville de Houston [2] [3], le NTP (National Trade Productions), le JSC (NASA Johnson Space Center), et le CASIS (Center for the Advancement of Science in Space), SpaceCom se distingue des autres conférences sur l’espace dans le sens où elle se focalise sur les interactions entre les activités spatiales, largement dominées par le secteur public, et les activités des industries privées. Les secteurs technologiques visés sont principalement l’énergie, le médical, les transports terrestre et maritime, les procédés de fabrication et les communications. [4] [5]

Comme l’a fait remarquer James Causey, directeur exécutif de SpaceCom, du fait de sa position géographique (équidistance entre l’Europe et l’Asie), de la présence du JSC (Centre de la NASA à Houston) ainsi que de l’importance du secteur énergétique (capitale mondiale de l’énergie) et du secteur médical (premier centre médical au monde), Houston était un choix légitime pour cet événement à prétentions mondiales. [6]

Cette première conférence intervient alors que le JSC se tourne de plus en plus vers les industries de tous bords. Selon le Dr. Ellen Ochoa, directrice du JSC, il est nécessaire d’établir des partenariats à partir des technologies développées au sein du JSC (octroi de licences) ou de collaborer avec les industriels pour développer de nouvelles technologies de manière à accélérer le rythme des innovations qui permettront pour la NASA les voyages interplanétaires et pour les partenaires industriels d’avoir un avantage concurrentiel. L’apport de la NASA aux industriels est multiple mais durant cette conférence l’accent a été mis sur les connaissances de la NASA concernant les satellites à faible orbite et sur les ouvertures que peux apporter la NASA concernant des expérimentations au sein de la Station Spatiale Orbitale Internationale.

L’évènement SpaceCom comportait plusieurs facettes : une partie conférence (présentations, tables rondes, études de cas), une partie exposition (stands, entreprises présentant leurs nouveautés), des ateliers de discussions thématiques ainsi que d’une partie visite (JSC). Ce rendez-vous se voulait un nouveau forum permettant aux participants de trouver des synergies nouvelles entre les entreprises des différents domaines précédemment cités. [7] [8] [9] [10] [11] [12] [13]

En ouverture de la conférence, Charles Bolden, administrateur de la NASA, a rappelé l’objectif d’envoyer des humains sur Mars d’ici les années 2030, tout en soulignant le fait que la NASA ne devait pas être l’unique acteur de ce projet, la participation des entreprises et des partenaires internationaux étant indispensable. Il a ainsi encouragé les entreprises privées à utiliser la station spatiale internationale pour leurs propres expériences, à créer de nouveaux laboratoires en orbite basse et à prendre plus de responsabilités dans l’envoi d’astronautes dans l’espace [14]. Selon M. Bolden, plus de 1.800 technologies provenant de la NASA ont eu des retombées économiques dans le secteur privé et la NASA conduit actuellement des partenariats avec des entreprises américaines sur un grand nombre de projets : de l’impression 3D, aux calculs hautes performances en passant par les satellites de petite taille. [15]

Différents intervenants ont discuté de l’apport technologique que le secteur spatial avait engendré sur terre. Par exemple, l’entreprise Wyle a rappelé les améliorations que la technologie d’imagerie à ultrason a connu alors qu’elle était en développement pour une utilisation sur les astronautes dans l’espace. Ces améliorations actuellement implémentées dans les laboratoires « terrestres » fut une collaboration fructueuse avec la NASA et General Electric. Cet exemple n’est pas unique et se retrouve dans de nombreux domaines notamment ceux ciblés par la conférence. Mais cette manifestation s’est voulue fermement tournée vers l’avenir et plusieurs participants ont voulu mettre en évidence l’apport potentiel des technologies spatiales dans des domaines tels que la médecine à distance, la purification de l’eau, les systèmes de communication complexes et les données météorologiques. [16] Yuri Sebregts, Vice-président exécutif Innovation et R&D à la Royal Dutch Shell, a par exemple discuté des complémentarités entre l’exploration terrestre et le domaine spatial grâce à l’utilisation de satellites pour obtenir des données gravimétriques ou des données infra-rouge permettant in fine d’isoler les zones géologiques à fort potentiel en ressource fossile. [17] [18] Carl Waltz, directeur du développement commercial de Oceaneering, a également fait le parallèle entre l’exploration sous-marine et le domaine spatial, deux environnements extrêmes dans lesquels toute erreur peut avoir des conséquences dramatiques.

L’évènement SpaceCom a duré trois jours ; chaque jour s’est focalisé sur un thème :

  • Jour 1 : la nouvelle course spatiale (The new space race) ;
  • Jour 2 : l’accélération de la croissance du marché dans la nouvelle course spatiale (Accelerating market growth in the new space race) ;
  • Jour 3 : le financement de l’innovation dans la nouvelle course spatiale (Financing innovation for the new space race).

Pour cette première édition de SpaceCom, les organisateurs ont su attirer des orateurs ou des représentants d’entreprises de renoms. On pourrait citer par exemple dans le domaine spatial :

  • Ellen Ochoa, directrice du NASA Johnson Space Center a introduit la conférence [19] ;
  • George T. Whitesides, PDG de Virgin Galactic, dont l’entreprise se positionne sur les segments du tourisme spatial et de l’envoie de cargo dans l’espace ;
  • Jeff Greason, directeur des technologies et président de XCOR Aerospace, dont l’entreprise est proche de la mise sur le marché d’un véhicule spatial réutilisable, le Lynx ;
  • Stuart Martin, PDG de Satellite Applications Catapult, dont l’entreprise s’est positionnée sur le segment de la collection de données satellitaires et leurs analyses pour à la fois le secteur privé et le secteur public. Cette entreprise anglaise a par ailleurs signé récemment un accord de collaborations avec JAMSS America Inc, une entreprise texane impliquée dans les activités de la Station Spatiale Orbitale Internationale.

Du côté des entreprises considérées hors du segment spatial, on a pu noter la présence entre autre de :

  • Mark Gittleman, vice-président exécutif de Intuitive Machines qui a fait remarquer que les technologies et idées issues du domaine spatial peuvent aider l’économie pétrolière ; en utilisant les mêmes outils de guidage, de contrôle et de navigation des vaisseaux spatiaux pour les équipements de forage par exemple.
  • Yuri Sebregts, vice-président exécutif de l’innovation et de la R&D et directeur des technologies pour Royal Dutch Shell ;
  • Tim Shinbara Jr, vice-président de l’Association des technologies manufacturières, qui voit un enrichissement mutuel entre l’industrie manufacturière et l’industrie spatiale notamment au niveau des matériaux composites de plus en plus présents dans le secteur automobile ou au niveau de la production manufacturière grâce à des technologies d’impression 3D. Il prédit également que d’ici une dizaine d’années, nous serons capables d’avoir une production manufacturière directement dans l’espace.
  • Maarten Sierhuis, Directeur du Nissan Research Center, qui a prédit que les voitures autonomes seront disponibles pour le grand public plus vite que nous le pensons et cela grâce en partie à des collaborations sur des technologies spatiales telles que les capteurs ou les logiciels embarqués hautes sécurités.

Du côté des politiques, on a noté la présence d’Annise Parker, Maire de la ville de Houston. Ted Cruz, Sénateur de l’Etat du Texas et candidat à la présidence des Etats-Unis, qui ne pouvait être présent, a marqué son soutien à SpaceCom en faisant diffuser une vidéo lors de la conférence.

SpaceCom a été un succès phénoménal en ce qui concerne la participation ; il y a eu 4 à 5 fois plus de participants qu’initialement prévus. Dans ces conditions, la prochaine édition de SpaceCom est d’ores et déjà confirmée ; elle se déroulera du 15 au 17 novembre 2016 dans les mêmes locaux.

SpaceCom 2015 en chiffres

  • Sur les 3 jours de l’événement environ 1700 personnes étaient présentes à la conférence (pour public initialement prévu de 300 à 400 personnes) ;
  • 65 % des participants venant hors du Texas ;
  • 37 Etats des Etats-Unis présents ;
  • 23 pays différents étaient représentés (participation de délégation britannique [20] [21] et italienne, stand d’exposition danois) ;
  • 9 % des participants n’étaient pas américains ;
  • 20 % des participants n’étaient pas issus du domaine spatial [22]

Rédacteurs :
- Robin Faideau, Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, Houston, robin.faideau@ambascience-usa.org
- Christian Turquat, Attaché pour la Science et la Technologie, Houston, christian.turquat@ambascience-usa.org
- Norbert Paluch, Conseiller Spatial et Représentant du CNES, Washington D.C., norbert.paluch@diplomatie.gouv.fr