Projet de fertilisation des océans par le fer dans l’océan pacifique

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Les approches "géoingéniériques" pour lutter contre le changement climatique sont de plus en plus souvent évoquées dans les milieux scientifiques. Certaines sont même en phase de passer à l’étape commerciale. C’est le cas notamment de la fertilisation des océans par le fer.

Ce procédé repose sur le fait que le manque de fer est le facteur limitant la croissance du phytoplancton dans de nombreuses régions océaniques. Augmenter l’apport en fer stimule la croissance du phytoplancton, qui devrait absorber davantage de CO2. Ce CO2 absorbé par le phytoplancton serait convertit en matière organique pour se déposer finalement en parti au fond des océans.

Des expériences à petite échelle sont menées depuis 1993 pour évaluer ce phénomène et bien que la croissance du phytoplancton soit effectivement stimulée, il n’y a pas encore de résultats probants en ce qui concerne l’intérêt de cette technique pour diminuer de façon significative les concentrations en CO2 atmosphérique. Certaines expériences ont également mis en évidence une modification des concentrations en gaz présent à l’état de trace, tels que méthane (CH4) ou le sulfure de diméthyle SDM, ((CH3)2S) produits par le phytoplancton, mais pouvant avoir un impact important sur le climat et les phénomènes photochimiques stratosphériques. Le méthane est en effet un gaz à effet de serre tandis que le SDM est rapidement oxydé en dioxyde de soufre (SO2), précurseur d’aérosols sulfatés, une source importante de noyaux de condensation pour les nuages (il est donc à l’origine de phénomène de refroidissement). Les conséquences de ces modifications, leurs effets à long terme sur les écosystèmes marins sont encore méconnus.

La compagnie Planktos devrait lancer cet été une série de 6 projets pilotes de fertilisation de taille commerciale. Le vaisseau de recherche de la compagnie, le Weatherbird II, devrait partir prochainement pour le Pacifique tropical, à environ 300 miles à l’ouest des îles Galápagos. Cent tonnes de fer devraient être injectées sous forme d’hématite et de sulfate de fer pour stimuler la croissance du phytoplancton sur une surface d’environ 10.000 km2. Le navire sera présent pour étudier le phénomène du début à la fin soit environ 4 à 6 mois. Afin de rendre ce procédé économiquement viable, l’objectif de Planktos est de le faire certifier comme moyen de séquestration du CO2 ce qui lui permettrait ensuite de vendre des crédits de carbone. Cette initiative est controversée et plusieurs associations environnementales telles que WWF, ainsi que plusieurs scientifiques s’y sont opposés. Initialement prévu pour la fin du printemps, le projet semble cependant prendre du retard et le projet semble encore flou pour un certain nombre d’observateur.

Source :


- Growing Plankton for the carbon market, Marketplace :
http://marketplace.publicradio.org/shows/2007/07/05/PM200707055.html
- Le site de la compagnie Planktos :
http://www.planktos.com/About/ProjectFacts.html
- Wingenter O. W. et al., Changing concentrations of CO, CH4, C5H8, CH3Br, CH3I, and dimethyl sulfide during the Southern Ocean Iron Enrichment Experiments, 2004, PNAS 101(23), 8537-8541 :
http://www.pnas.org/cgi/reprint/101/23/8537.pdf
- La page web du Woods Hole Oceanographic Institution sur la fertilisation par le fer :
http://www.whoi.edu/science/MCG/cafethorium/website/projects/iron.html#
- Communiqué de WWF :
http://www.worldwildlife.org/news/displayPR.cfm?prID=411
- Publications par S. W. Chisholm (MIT) et son équipe sur la fertilisation des océans :
P. Lam and S. W. Chishom, Iron fertililizations of the oceans : reconciling commercial claims with published models, 2002, non published, et autres publications :
http://web.mit.edu/chisholm/http://www/publications/oceanfert.html

Rédacteur :

Elodie Pasco, deputy-envt.mst@ambafrance-us.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….