QB3, un modèle d’innovation biomédicale en expansion

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QB3, pour California Institute for Quantitative Biosciences, est un institut de recherche créé en 2000 même temps que trois autres instituts (Calit2, CITRIS, CNSI) par le Gouverneur de Californie de l’époque Gray Davis dans le but de contribuer à un essor de l’économie californienne et de la qualité de vie de ses habitants. Les activités de QB3 s’étendent sur 3 campus de UC : San Francisco, Berkeley et Santa Cruz.

Avant tout un centre de recherche

Quatre-vingt pour cent de l’activité de QB3 est une activité de recherche. Le domaine concerné est celui des “biosciences quantitatives”, i.e. l’utilisation de méthodes de physique, de chimie, et d’informatique pour relever les défis médicaux d’aujourd’hui liés notamment au diagnostic, à la pharmacologie thérapeutique, à la génétique ou encore à la biologie synthétique. Neuf thèmes sont représentés, soit autant d’affiliations pour les 265 chercheurs qui composent la faculté de QB3 (environ 110 dépendent de UC Berkeley, 90 de UCSF et 60 de UC Santa Cruz).

L’essence de QB3 est de favoriser la recherche transdisciplinaire et inter-campus, encourageant bio-ingénieurs, bio-physiciens, biologistes et bio-informaticiens à collaborer sur des programmes de recherche transverses à visée applicative à court ou moyen terme, l’ambition restant d’induire un impact économique sur l’économie californienne.

Un pont vers le secteur privé

En parallèle de ces activités de recherche, QB3 se donne pour but d’aider les chercheurs de l’Université de Californie intéressés par une aventure entrepreneuriale, à travers un réseau d’incubateurs et un fonds de capital risque. De la recherche pluridisciplinaire et inter-campus encouragée, à l’aide à la création, au développement, voire au financement de startups, QB3 entend couvrir l’intégralité du spectre relatif à la création de valeur économique et sociale sur la base de recherches quantitatives appliquées en biomédecine.

Au contraire des bureaux de valorisation de la recherche des différents campus de l’Université de Californie, QB3 a donc directement intérêt à la création du plus grand nombre de sociétés au sein du système UC. Ceci procède d’une réflexion plus globale. En effet, la direction de QB3, et en particulier les fondateurs Regis Kelly et Douglas Crawford, estime catégoriquement que le sujet du transfert de technologie est un non-sujet. Leurs arguments sont de plusieurs ordres : en premier lieu, ⅓ des sociétés créées à travers QB3 n’auraient pas recours à une quelconque licence de la part de l’Université, par ailleurs, ils ajoutent que la plupart des sociétés connaissant un succès par la suite bâtissent leur réussite à travers la production de nouvelles découvertes et donc de nouveaux brevets, et très rarement directement par l’exploitation d’un brevet universitaire. Le second point est d’ordre financier, et à double titre : non seulement le transfert de technologie est coûteux en lui-même (personnel, consultants, avocats, frais divers), mais il représenterait un véritable coût d’opportunité. La lenteur et lourdeur du système de protection et d’exploitation de la propriété intellectuelle est en effet susceptible de sérieusement ralentir voire décourager la création de certaines sociétés. Ainsi, la stratégie de QB3 est simple : il s’agit avant tout d’gir sur les personnes, il faut encourager la création de startups, accompagner voire financer celles-ci, et espérer des sorties financières de qualité, dont une partie est directement reversée à l’Université. Cette position peut à l’évidence être nuancée voire critiquée mais témoigne néanmoins de la volonté de favoriser prioritairement l’entrepreneuriat au sein de l’écosystème QB3.

Ainsi, la vision de QB3 pour l’Etat de Californie a été de bâtir un système d’accélération et d’incubation rentable et durable. Deux incubateurs ont été créés ces dernières années : le QB3 Garage@UCSF en 2006 sur le campus de UCSF Mission Bay, et le QB3 Garage@Berkeley sur le campus de UC Berkeley. Par ailleurs, en août 2014, QB3 et StartX, l’incubateur de l’université Stanford, ont annoncé un partenariat pour la création d’un incubateur dédié à l’innovation médicale près du campus du Stanford Medical Center à Palo Alto, incubateur nommé StartX-QB3 Labs.

Les sources de revenus sont liées aux services fournis au sein des incubateurs (services de mentorat, loyers, location de machines et de matériel), mais également au travers des investissements de Mission Bay Capital, fonds de capital risque de QB3 financé par UC, dont les profits servent à développer QB3 et à financer la recherche au sein de l’Université. Il s’agit donc d’une vision cohérente de financement de la recherche publique par l’entrepreneuriat et les retombées financières en découlant.

Un modèle collaboratif en expansion

Le développement de l’activité de QB3 passe également par des partenariats avec l’industrie de la santé. Le secteur étant très particulier (temps de R&D extrêmement long, difficultés réglementaires, de production, distribution, de financement), les mises en relations entre chercheurs/entrepreneurs de UC et des scientifiques de l’industrie sont encouragées, et ce sous différentes formes : mentorat, échange de bonnes pratiques et opportunités de financement. On citera un partenariat de financement de recherche avec Pfizer à hauteur de plus de 9 millions de dollars, ou encore un partenariat récent annoncé avec Calico pour des recherches sur la biologie du vieillissement, partenariat consistant en un accord de recherche collaboratif ainsi qu’en un financement de bourses à des post-doctorants sur ces sujets.

QB3 est donc un système complexe et polymorphe, de la recherche appliquée à la recherche collaborative, de la création de société au mentorat de développement, du financement early-stage à la sortie financière.

Plus encore, en parallèle du QB3 originel, Regis Kelly et Douglas Crawford on créé QB3@953, un incubateur totalement privé hors des locaux de l’Université, bien que reversant lui aussi une part de ses profits à QB3.

Le concept de QB3 est manifestement un succès en Californie, à tel point que le concept devrait prochainement s’étendre à d’autres campus, et que Regis Kelly a été nommé en fin d’année dernière Conseiller Spécial de Mme Napolitano, la directrice de l’Université de Californie dans son ensemble, sur les sujets d’innovation et d’entrepreneuriat. QB3 a par ailleurs inspiré de nombreuses universités, la plupart ayant aujourd’hui au moins un incubateur (Cal Poly San Luis Obispo et sa HotHouse, ou encore NYU Incubators) et cherchant à developper un modèle de développement financièrement autosuffisant.


Pour en savoir plus :
http://qb3.org/

Rédacteur :
- Hocine Lourdani, Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, San Francisco, hocine.lourdani@ambascience-usa.org ;
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