Quel futur pour la NASA après les élections de mi-mandat ?

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Les élections américaines de mi-mandat, qui se sont tenues le 3 novembre dernier et qui concernaient le renouvellement d’un tiers du Sénat, de deux tiers des gouverneurs, ainsi que de tous les sièges de la Chambre des représentants, semblent sur le point de bouleverser le paysage politique en profondeur, dès la mise en place officielle du nouveau Congrès en janvier 2011. L’avenir de la NASA, l’agence gouvernementale spatiale américaine, se trouve au coeur des débats, si ce n’est en directe ligne de mire. La large percée républicaine - 60 sièges supplémentaires à la Chambre, leur offrant ainsi une large majorité, et une progression conséquente au Sénat, ne laissant qu’une infime majorité aux démocrates - s’explique en grande partie par des inquiétudes citoyennes d’ordre économique. L’argument des dépenses fédérales a en effet complètement dominé les discours avant et pendant les élections, et pourrait désormais avoir une implication considérable sur la NASA et la sensible question de son budget.

Le 29 septembre dernier a été adopté le projet de loi d’autorisation 2010 pour la NASA (NASA 2010 Authorization Act) par le Congrès, proposant un budget de 58 milliards de dollars à allouer à la NASA pour la période 2011-2013, dont 19 milliards pour l’année 2011, après validation par un comité d’appropriation à venir en Novembre. Outre le budget, cet acte définit la feuille de route que la NASA doit désormais suivre, notamment prolonger les opérations à la Station Spatiale Internationale (ISS) jusqu’en 2020, programmer un vol supplémentaire de navette, ainsi qu’éventuellement le développement d’un véhicule lourd à partir de 2011. Ce texte se présentait comme un compromis entre, d’une part, les Républicains et les Démocrates, d’autre part, entre la Chambre et le Sénat et, pour finir, entre le programme Constellation et la politique du Président Obama.

Mais le républicain John Boehner (Ohio) qui devrait, sans surprise, devenir le nouveau président de la Chambre des Représentants, a d’ores et déjà annoncé sa volonté de faire reculer les dépenses fédérales autant que possible. Or, sachant qu’il avait voté contre le projet de loi et qu’il se caractérise par une forte opposition au Président Obama et à ses projets, au point d’être parfois qualifié "d’anti Obama", on ne peut qu’envisager un changement de perspective pour le secteur spatial. D’autant plus que ce sont également des républicains et critiques acerbes d’Obama, Frank Wolf (Virginie) et Ralph Hall (Texas), qui vont désormais être à la tête des comités supervisant la NASA - respectivement à la Commission pour le commerce, la justice et les sciences, et à la Commission pour la science et la technologie, remplaçant là le démocrate Bart Gordon.

John Boehner a par exemple annoncé sa volonté de revenir à un budget égal à celui de 2008, ce qui équivaut à revoir à la baisse les 19 milliards autorisés de 10%. Les 6 milliards de dollars que le Président Obama voulait également ajouter au budget de la NASA ne sont, dans un tel climat politique et économique, probablement plus qu’une vague proposition à oublier. De plus, la question du financement par le Congrès de la dernière navette, Atlantis, est également en suspens. Ce vol nécessiterait en effet 500 millions de dollars, somme non négligeable que les républicains estiment devoir économiser.

Les débats promettent donc d’être virulents lors de l’intersession ("lame-duck session") qui se tiendra à partir du 15 Novembre au Congrès : l’ancienne Chambre, encore à majorité démocrate, devra se pencher sur le financement -désigné par "appropriation"- du texte d’autorisation de la NASA, afin de déterminer quel budget sera réellement accordé à l’agence spatiale. Certains observateurs politiques, comme l’ancien député Bud Cramer, sont néanmoins très sceptiques et affirment déjà que la Chambre sortante ne parviendra pas à proposer le budget fédéral pour l’année 2011, déléguant alors cette tâche à la nouvelle Chambre, républicaine, en janvier, via un processus de "continuing resolution" selon lequel le budget de l’année fiscale précédente est maintenu si la loi d’appropriation n’a pas été votée à temps. Deux possibilités sont alors à envisager : soit les deux Chambres parviennent à finaliser le texte attribuant les budgets à chaque programme prévu avant la fin de la session -quitte à n’en attribuer aucun pour certains programmes, qui se verraient simplement annulés- soit les anciens programmes, à l’instar de Constellation, seront conservés.

L’échec d’Obama à réorganiser en profondeur la NASA et l’industrie spatiale tend donc certainement à se confirmer davantage, même si les débats quant au futur budget dédié à la NASA continuent. Un consensus existe néanmoins, l’accord général selon lequel il y a bien un décalage indéniable entre le programme de la NASA et les fonds accordés pour y parvenir. Les élections de mi-mandat et leurs conséquences ne vont que renforcer cette divergence déjà néfaste.

Source :


- Orlando Sentinel, 29/09/2010, "New NASA policy : House passes bill to change direction for space agency"
- Wall Street Journal, 29/09/2010, "Budget Deal Propels NASA on New Path"
- Houston Chronicle, 11/10/2010, "Little fanfare marks signing of NASA bill"

Rédacteur :

Nelly Rouvrais (stagiaire.cnes@ambafrance-us.org), David Regad (cnes.mst@ambafrance-us.org)

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….