Rappel à l’ordre du Congrès pour le bien du programme météo de la NOAA

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Dans un contexte ou la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) connait des difficultés à gérer le développement de ses programmes spatiaux de nouvelle génération (à l’image des dérives calendaires et financières du programme de satellites environnementaux NPOESS), le GAO (Government Accountability Office, office de controle de l’administration, sorte de cour des comptes) a été saisi pour contrôler la gestion conjointe par la NOAA et la NASA du programme GOES-R (Geostationary Operational Environment Satellite) et a publié ce mois-ci le résultat de son enquête, dont il a été question lors de cette audition. GOES-R est l’appellation donnée à la future génération des satellites météorologiques géostationnaires de la NOAA qui doit remplacer la génération actuelle.

Aujourd’hui, 2 satellites sont opérationnels, le premier observant la côte Ouest des Etats-Unis et le second la côte Est alors qu’un 3ème satellite de réserve est maintenu sur une orbite de stockage en cas de problème. La génération actuelle (dénommée GOES-N) sera complétée par un satellite lancé cet été et un dernier l’an prochain. Le premier satellite de la future génération (GOES-R) est donc encore en phase de développement puisque les contrats concernant les instruments ont été attribués alors que les contrats concernant l’intégration du satellite et le segment sol devraient trouver preneur dans les 2 prochains mois. L’imagerie et les données provenant des satellites GOES procurent un flux continu et fiable d’informations utilisées pour la prévision des cyclones et ouragans notamment.

Le programme avait déjà été restructuré après une première enquête du GAO, fin 2006, dénonçant des dépassements de coûts astronomiques ($11.2 Milliards projetés par le GAO à comparer aux $6.2 Milliards du plan originel). Des instruments (environ la moitié) ont été supprimés du programme, tout comme de nombreux produits prévus (passant de 81 à 34). La nouvelle enquête affiche un coût de $7.67 Milliards dépassant les $7 Milliards replanifiés et dénonce le retard dans l’agenda du développement du projet qui ont causé le report de la date de lancement du premier satellite à avril 2015. Le GAO met en relief le risque d’interruption des données météo GEOS pourtant vitales aux alentours de 2015 en cas de nouveau report puisque seuls 2 satellites seront sur orbite (pas de réserve en cas de défaillance d’un des 2 engins). Voici comment le GAO résume le programme : celui-ci a "multiplié ses coûts, diminué en capacité et augmenté ses délais".

Deux responsables du programme ont donc été entendus en plus du rédacteur du rapport du GAO. Il s’agissait de :
- George Morrow, NASA Goddard Space Flight Center (en charge des aspects segment spatial),
- Mary Ellen Kicza, Administratrice de la NESDIS (branche satellite de la NOAA qui est en charge du segment sol de la mission),
- David Powner, chef de l’équipe du GAO ayant interrogé les responsables du programme à la NOAA et à la NASA durant les 5 dernières années.

Le chairman du Sous-Comité, Mr. Brian Baird (Dém./Washington) a été particulièrement virulent en demandant des comptes aux responsables du programme. Il a dénoncé la nouvelle dérive du programme en matière d’augmentation de coûts et de délais malgré les coupes franches faites dans les objectifs et les moyens de la mission. Il a également regretté que le GAO découvre des problèmes dont les responsables auraient du en aviser le Congrès et les contribuables. Le ranking member Bob Inglis (Rép./South Carolina) a lui insisté sur les risques d’interruption dans la continuité des données et les conséquences pour la prévision d’évènements météorologiques destructeurs comme les ouragans. Le Représentant Vernon Elhers (Rép./Michigan) - ancien chairman - a souligné son inquiétude quant à la réduction systématique des capacités techniques, des instruments et donc des ambitions de la mission du fait des problèmes de gestion du projet. Il a également fait référence aux graves dérives du programme NPOESS. Enfin, Mrs. Donna Edwards (Dém./Maryland) - ancienne employée du Goddard Space Center - a également fait part de sa grande préoccupation concernant un "gap" dans les données notamment.

La question du choix et du suivi des contracteurs a été évoquée en ce qui concerne les instruments qui connaissent des retards de développement. L’attribution du contrat du satellite à Lockheed Martin l’an dernier avait été suivi d’une plainte de Boeing qui a provoqué son annulation et un glissement dans l’agenda. Un fournisseur sera de nouveau choisi en mai et juin pour le segment satellite, tout comme celui du segment sol, a annoncé Mary Kicza. Elle a également rappelé que la situation ne pouvait être comparée à NPOESS et que malgré la réduction des instruments, les performances du satellite seraient tout de même bien meilleures que celles des engins précédents (résolution augmentée 4 fois, couverture 5 fois, nouvelle architecture du bus du satellite). Elle a aussi rappelé que le programme en était encore à ses débuts (le développement du satellite prend 72 mois), d’où des fluctuations dans les estimations de coûts, pour un programme particulièrement sophistiqué et complexe.

Le Chairman a interrogé les 2 responsables sur la santé du partenariat NOAA/NASA, ce à quoi ils ont répondu qu’il n’y avait aucun problème de ce côté-là, malgré quelques rumeurs de compétition entre agences évoquées par le Congressman. Mrs. Edwood a voulu connaître les solutions de secours en cas de problèmes menant à une interruption de données, et il est intéressant de noter que Mary Kicza a systématiquement évoqué le secours des capacités européennes puisque de nombreuses collaborations sont déjà en cours entre agences météo. Enfin, Mr. Elhers a tout de même insisté sur le caractère indispensable de ce genre de programme pour les données critiques qu’il permet d’obtenir sur les catastrophes naturelles qui menacent régulièrement les Etats-Unis (ouragans, tornades, etc…) avant d’insister sur le besoin du Congrès d’apporter son aide aux agences compétentes pour assurer le développement de ces programmes et éviter toute interruption de données. Mary Kicza a d’ailleurs estimé qu’un tiers du PIB américain était potentiellement impacté par les applications liées aux données météorologiques de GEOS.

Finalement, les Congressmen ont voulu mettre en garde les responsables de la NOAA et de la NASA afin d’éviter qu’une situation comme celle du programme NPOESS se reproduise avec des coûts et des retards augmentant démesurément. Ils ont tout de même reconnu le caractère indispensable d’un tel programme avant d’apporter leur soutien aux responsables et de souhaiter une relation étroite entre eux et le Congrès pour sécuriser ce programme, surtout en vue des demandes de budgets 2010.

Pour en savoir plus, contacts :

Page de l’audition sur le site du Sous-Comité à l’Energie et à l’Environnement à la Chambre des Représentants : http://science.house.gov/publications/hearings_markups_details.aspx?NewsID=2425
Code brève
ADIT : 58865

Rédacteur :

François Didelot cnes.mst@ambafrance-us.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….