Rapport sur les impacts du changement climatique aux Etats-Unis : "it’s happening now !"

, Partager

Le troisième "National Climate Assessment" (rapport national sur le climat) a été publié le 6 mai 2014. Ce rapport, qui est le résultat du travail de près de 300 scientifiques et de 13 agences fédérales au cours des quatre dernières années, présente un état des lieux des connaissances sur les impacts du changement climatique aux Etats-Unis, avec un niveau de détails particulièrement élevé. Il est présenté comme "l’étude la plus complète, la plus fiable et la plus transparente jamais publiée sur les conséquences du changement climatique aux Etats-Unis [1]". Un évènement pour la présentation de ce rapport a été organisé à la Maison Blanche, avec certains de ses auteurs et des représentants de l’administration au plus haut niveau (John Holdren, Conseiller scientifique du Président Obama, Kathy Sullivan, Administratrice de l’Administration Nationale Américaine pour les océans et l’atmosphère (National Oceanic and Atmospheric Administration - NOAA) et John Podesta, Conseiller du Président Obama) qui ont rappelé le bilan et les engagements du président et appelé les américains à s’informer sur les conséquences du réchauffement climatique dans leur Etat ou leur région.


Le National Climate Assessment
Crédits : Site internet dédié au rapport nca2014.globalchange.gov


Le rapport est organisé selon 7 secteurs clés de l’économie américaine : santé, eau, énergie, transport, agriculture, forêts et écosystèmes et évoque également les interactions entre ces secteurs et leurs impacts pour les populations indigènes et les communautés rurales. Il présente aussi les impacts du changement climatique selon les différentes régions (Nord-Est, Nord-Ouest, Sud-Est, Alaska, Mid-Ouest, Hawaï et les îles du Pacifique, les Grandes Plaines et les côtes du Sud-Ouest). Le message est assez clair : "le changement climatique n’est pas une menace distante et ses conséquences aux Etats-Unis sont perceptibles dès aujourd’hui".

Dans une première partie, le rapport présente l’état des connaissances scientifiques, ainsi que les principales causes du réchauffement climatique (émissions de gaz à effet de serre provenant principalement de la combustion d’énergies fossiles, la déforestation et le secteur agricole) et ses conséquences au niveau mondial et national (augmentation de la température globale, de la fréquence et de l’intensité des évènements climatiques extrêmes, notamment des précipitations, fonte des glaces, acidification des océans, augmentation du niveau des mers …).

A la suite du récent rapport du GIEC [2] (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), les auteurs de ce rapport réaffirment qu’il existe un consensus scientifique sur la réalité, l’origine anthropique et l’ampleur du réchauffement climatique, qui ne fait que croître avec l’avancée des connaissances. Les scientifiques ont également pu affiner les modèles, mieux comprendre les phénomènes et, in fine, préciser les prédictions et les impacts. Le rapport indique par ailleurs que les seules "surprises" par rapport aux prédictions existantes sont la fonte des glaces en Arctique et la montée du niveau de la mer, dont la rapidité dépasse ce que les pires estimations laissaient envisager [3].

Aux Etats-Unis : des changements déjà visibles

Les données scientifiques permettent de montrer que les conséquences du réchauffement climatique sont déjà visibles sur le territoire américain, notamment en observant l’évolution des températures, des précipitations, des saisons, du niveau des mers, de certains évènements climatiques extrêmes ou encore des glaciers. Ainsi, le rapport montre, qu’en moyenne, les températures sur le territoire américain ont augmenté et vont continuer à augmenter, comme en témoignent les records des dernières années [4]. Il existe des différences selon les régions (le Nord est particulièrement touché, contrairement au Sud-Est) et les périodes, en raison de la variabilité climatique naturelle, mais la tendance est claire. Depuis 1895, la température moyenne aux Etats-Unis a augmenté de 1,3°F (0,72°C) à 1,9°F (0,77°C) et elle pourrait augmenter encore de 2°F (1,1°C) à 4°F (2,2°C) dans les prochaines décennies. D’ici à la fin du siècle, les scenarii les plus optimistes quant aux réductions d’émissions anticipent une augmentation des températures de 3°F à 5°F et, si les émissions continuent à augmenter, les températures devraient augmenter de 5°F à 10°F.



Une courte vidéo de John Holdren, présentant le National Climate Assessment, résume ces impacts (en anglais)
Crédits : Vidéo de la Maison Blanche


Au niveau des Etats, les impacts du changement climatique diffèrent selon les zones mais sont perçus par l’ensemble de la population. Ceux qui vivent depuis des décennies dans certains Etats témoignent de vagues de chaleurs anormalement longues, d’hivers plus courts et plus chauds, de pluies torrentielles, de changements dans la faune et la flore qui les entourent. Les zones côtières et certaines villes du Mid-Ouest et du Nord-Est sont plus régulièrement inondées. Les prix des assurances ont considérablement augmenté dans certaines zones. Autant d’observations diffuses et variées selon les régions mais qui vont toutes dans le même sens : le changement climatique est en cours et est désormais perceptible à l’échelle d’une vie humaine.

Pour ne donner que quelques exemples évoqués par le rapport, les régions dépendant fortement de l’agriculture ou des ressources naturelles (maïs en Iowa, sirop d’érable au Vermont par exemple) ou encore des ressources halieutiques (Washington) sont particulièrement touchées par les changements observés dans les saisons ou les températures. Les Etats côtiers (l’Alaska, l’ensemble de la côte Est en particulier la Floride ou encore la ville de New-York) doivent faire face à la montée du niveau des mers et au risque accru d’érosion, d’inondation et de tempête. Plusieurs Etats du Sud-Ouest ont connu des sécheresses importantes alors que d’autres ont dû faire face à des inondations majeures (régions des grandes plaines, Mid-Ouest ou encore Nord-Est). L’ensemble des évènements climatiques extrêmes de l’année 2012 a coûté plus de 100 milliards de dollars aux Etats-Unis [5].

Les effets du changement climatique auront un impact pour de nombreux secteurs. Le secteur agricole, par exemple, est directement affecté par les évènements climatiques extrêmes et l’augmentation de la température. Si cela peut permettre dans certains cas d’améliorer la productivité (notamment au nord du pays), ces changements présentent globalement une réelle menace pour la productivité des sols et, in fine, la stabilité des denrées agricoles. Le changement climatique a également un impact direct sur la quantité et la qualité de l’eau. La modification des précipitations (avec des zones de sécheresse et d’autres avec des pluies torrentielles conduisant à des inondations) risque de conduire à de plus en plus de situations de pénuries. Dans le domaine de la santé, le changement climatique augmente les risques d’accidents ou de maladies (vagues de chaleur, inondations, tempêtes, …). Le rapport évoque enfin la disparition de certains écosystèmes et d’espèces protégées, en raison de l’industrialisation, de l’urbanisation mais également de l’augmentation du niveau marin. Ces espèces et aires protégées contribuent à l’économie de certains Etats, en particulier pour le tourisme. Ces écosystèmes, comme les barrières de corail, les mangroves ou encore les marais, jouent par ailleurs un rôle protecteur important en cas de tempêtes et pour lutter contre l’érosion. Leur disparition fragilise les zones côtières.

Agir pour atténuer ces impacts et leurs conséquences

Face aux impacts présentés dans la première partie du rapport, les derniers chapitres présentent des solutions pour atténuer les impacts du changement climatique, à la fois par la baisse des émissions et par une meilleure préparation, en amont des risques.

Les auteurs rappellent qu’il est encore possible d’agir pour limiter l’ampleur du réchauffement climatique dans les années à venir, en particulier en agissant sur les émissions de carbone noir (la "suie") ou le méthane qui ont une durée de vie dans l’atmosphère relativement courte. Le rapport présente des actions en cours dans le pays, mises en oeuvre par les autorités locales ou régionales, le secteur privé, des ONGs ou même des individus. Si ces efforts (et leurs co-bénéfices pour la santé notamment) sont salués par l’administration, les données montrent qu’ils ne sont pas suffisant face à l’ampleur de l’effort nécessaire. En effet, les auteurs estiment que pour limiter l’augmentation globale des températures en-deça de 2°C d’ici à la fin du siècle, des réductions d’émissions de GHG ambitieuses et durables ("aggressive and sustained") de la part des Etats-Unis seront nécessaires.

Néanmoins, compte-tenu de la quantité de gaz à effet de serre déjà présente dans l’atmosphère, les auteurs reconnaissent que le changement climatique ne peut déjà plus être complètement évité et le rapport insiste donc sur la nécessité pour les gouvernements nationaux, régionaux et locaux de se préparer à ces risques en tenant compte des données scientifiques disponibles, en adaptant leurs outils, leurs plans de prévention et en renforçant la résilience de leurs infrastructures. Les auteurs estiment également que davantage d’efforts et de recherches sont nécessaires pour mieux accompagner ces processus et fournir les données et les outils nécessaires aux autorités locales et fédérales. Le déplacement du président en Californie à la fin de la semaine permettra certainement de préciser les ambitions de l’administration pour accompagner ces efforts pour renforcer la résilience du pays.

Un rapport scientifique, utile à la politique du Président Obama

L’évènement organisé à la Maison Blanche pour le lancement de ce rapport, a été l’occasion de présenter les principaux résultats du rapport, de manière scientifique et non partisane, mais également de rappeler les mesures prises par le Président Obama [6] pour lutter contre le réchauffement climatique et mieux se préparer à ses conséquences [7]. L’administration espère que ce rapport permettra d’informer la population afin que chaque américain puisse se renseigner sur les conséquences que le réchauffement climatique aura dans son Etat ou dans sa région et réalise que ce n’est plus ni un problème futur ou extérieur mais bien une menace immédiate pour le pays [8]. Cela rejoint l’évolution que l’on a pu observer au cours des dernières années dans la communication sur le changement climatique aux Etats-Unis, qui insiste désormais de plus en plus sur ses conséquences (en particulier au moment d’évènements climatiques extrêmes) immédiates et actuelles pour la population.

Sources :


- [1] Site internet de la Maison Blanche : http://www.whitehouse.gov/climate-change#section-impacts
- [2] Voir le site du GIEC : https://www.ipcc.ch/report/ar5/wg1/
- [3] Voir le chapitre "our changing climate", disponible en ligne : http://nca2014.globalchange.gov/report#section-1946
- [4] http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/72101.htm
- [5] D’après les chiffres de la Maison Blanche : http://www.whitehouse.gov/climate-change
- [6] Voir l’infographie de la Maison Blanche : http://www.whitehouse.gov/climate-change#section-preparing-for-the-impacts
- [7] Parmi lesquelles l’établissement de la "State, Local and Tribal Leaders Task Force on Climate Preparedness and Resilience" (voir "Bilan sur les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis" - Bulletins Electroniques Etats-Unis - RAMSTEIN Céline - 08/11/2013 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/74277.htm) - Pour une liste complete des initiatives, voir le site de la Maison Blanche et des Agences fédérales : http://www.whitehouse.gov/climate-change
- [8] White House Briefing - 06/05/2014 - http://www.whitehouse.gov/photos-and-video/video/2014/05/06/press-briefing

Pour en savoir plus, contacts :


- Un site internet présentant le rapport, ses principales conclusions et de nombreuses données interactives au niveau régional et national a également été lancé : http://nca2014.globalchange.gov/.
- De nombreuses données interactives, ainsi qu’une présentation des politiques de l’administration pour lutter contre le changement climatique, sont également présentées sur les pages dédiées au climat sur le site de la Maison Blanche : http://www.whitehouse.gov/climate-change
Code brève
ADIT : 75831

Rédacteurs :


- Céline Ramstein, deputy-envt@ambascience-usa.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….