Recherche pharmaceutique et universités : objectif 25% d’externalisation

, Partager

L’industrie pharmaceutique est décidément au coeur de l’actualité. Après les impressionnantes fusions de ces dernières semaines et le tumulte créé par la recomposition du secteur dans un climat économique défavorable, l’intérêt des entreprises pharmaceutiques se porte désormais sur la recherche universitaire. Cette dernière introduit en effet un ticket modérateur aux dépenses de R&D des sociétés.

On le sait, jusqu’à présent, les relations entre les entreprises pharmaceutiques et les universités se caractérisaient par des accords de licence sur les technologies développées par les universités. Aujourd’hui, on note un changement d’approche : c’est le concept de co-développement qui a le vent en poupe. Les motivations et les complémentarités sont grandes. D’un côté, les entreprises pharmaceutiques éprouvent des problèmes liés à leurs portefeuilles de technologies (génériques, médicaments biologiques, etc.) et mettent sur le marché de moins en moins de composés, le tout à des coûts toujours plus élevés. De l’autre, les universités sont face à la baisse tendancielle des financements fédéraux. Mais, seul bémol à ce rapprochement susceptible de générer des synergies, la collaboration ne met pas les parties à l’abri de potentiels conflits d’intérêt.

En effet, même si les intérêts à court terme sont les mêmes pour les universitaires et les industriels, à savoir produire de la connaissance, les intérêts à plus long terme peuvent rapidement diverger. Pour les universitaires, l’activité de recherche est associée à deux critères : l’absence de conflit d’intérêt (par exemple le chercheur financé par l’entreprise ne doit pas siéger au conseil d’administration de celle-ci) et la publication qui demeure l’indicateur principal de l’activité du chercheur. Côté entreprise, la motivation première est de tirer le plus parti des droits de commercialisation. C’est pour cette raison qu’une collaboration ne débute jamais sans une négociation de contrat pointue qui, même si elle peut paraître longue, est cruciale pour la pérennité du partenariat. Ainsi les sociétés pharmaceutiques s’orientent de plus en plus vers des partenariats durables avec les universités, créant des relations de confiance avec leurs partenaires qui limitent les négociations interminables.

2009 a vu émerger un accord de 10 millions de dollars entre Johnson & Johnson’s et "Vanderbilt University" pour la recherche sur la schizophrénie. En janvier 2009, Baxter a investi un million de dollars dans un projet de recherche à "Northwestern University" sur une plateforme médicale. Enfin, Pfizer et "Washington University St Louis" ont signé, en janvier 2008 un accord de 25 millions de dollars sur 5 ans.

Les entreprises pharmaceutiques renforcent aussi leurs structures internes de collaborations avec les universités. Il y a un an "Merck Research Laboratories" a créé un département destiné à développer ce type de collaborations. L’objectif est clair : atteindre 25% de son portefeuille amont d’ici 5 ans, grâce aux universités et aux jeunes entreprises. Ce projet n’est pas simplement destiné à financer des projets de recherche mais à réellement collaborer sur ces projets. Il ne s’agit pas de seulement récupérer une technologie mais bien de se l’approprier dans son développement. Pfizer dispose aussi d’une solide stratégie de collaboration avec les universitaires au travers de son programme "Drug Pfinder" qui détecte de équipes de recherches d’intérêt, surtout dans les petites molécules, auxquelles ils proposent le financement de travaux communs. Les grandes entreprises pharmaceutiques démontrent une fois de plus leur besoin d’externaliser une partie grandissante de leurs travaux.

Ce système apparaît globalement positif puisqu’il répond à un besoin réciproque et semble avoir atteint un niveau de fonctionnement générateur d’innovations. Ce n’est cependant pas la seule la logique économique qui guide les universitaires. Ces derniers continuent d’en appeler au gouvernement fédéral afin qu’il ne se désengage pas davantage de la recherche, notamment pour les projets de nature fondamentale.

Source :


- "In bed with big pharmas", Bob Grant, The Scientist, 12/03/09, http://www.the-scientist.com/blog/display/55506/
- "Effective Partnering of Academic and Physician Scientists with the Pharmaceutical Drug Development Industry" Scott P. Kennedy et B. J. Bormann, Experimental Biology and Medicine 2006, http://www.ebmonline.org/cgi/content/full/231/11/1690

Pour en savoir plus, contacts :


- "Les grandes manoeuvres de l’industrie pharmaceutique américaine : l’acquisition de Shering-Plough par Merck et son impact sur la recherche", BE 158 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/58301.htm
- "Les mutations de la recherche pharmaceutique sur fond de concentration du secteur", BE 143 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/56728.htm
- "Recherche pharmaceutique : vers un nouveau modèle collaboratif sur fond de crise et d’incertitudes", BE 139 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/56416.htm
Code brève
ADIT : 58409

Rédacteur :

Aline Charpentier, deputy-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….