Requête budgétaire présidentielle pour l’exercice 2020 : 21 Md$ pour la NASA

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L’Administrateur de la NASA Jim BRIDENSTINE a présenté publiquement le 11 mars les grandes lignes de la requête budgétaire présidentielle pour la NASA pour l’exercice 2020, publiée par la Maison Blanche le jour même. Une conférence de presse a été organisée dans la foulée.

La requête présidentielle prévoit pour la NASA un budget de 21,019 Md$ pour l’exercice 2020 [1], soit une baisse de 481 M$ par rapport au budget alloué pour l’exercice 2019 [- 2,2 %]. Cette requête budgétaire s’établit toutefois en hausse de 1,127 Md$ [+ 5,7 %] par rapport à la requête budgétaire de l’exercice précédent [19,892 Md$].

Il appartient désormais au Sénat et à la Chambre de trouver un consensus sur un texte budgétaire, lequel sera alors soumis à l’approbation finale de l’Exécutif.

DETAIL DE LA REQUETE

1. SYSTEMES D’EXPLORATION DE L’ESPACE LOINTAIN
Requête de 5 022 M$ [FY19 : 5 051 M$]
Deux volets :

  • Développement de systèmes d’exploration
    Requête de 3 442 M$ [FY19 : 4 093 M$]
    • Lanceur lourd SLS : 1 775 M$ [FY19 : 2 150 M$]
    • Orion : 1 266 M$ [FY19 : > 1 350 M$]
    • Segments sols associés : 400 M$ [FY19 : 593 M$]
      La première mission EM-1 (excursion circumlunaire de la capsule Orion sans équipage) est prévue en 2020 (à noter l’existence de difficultés potentielles dans la livraison dans les délais du corps central du SLS). Les missions EM-2 (excursion circumlunaire de la capsule Orion avec équipage) et EM-3 (premier transport d’équipage vers la Gateway par Orion) sont envisagées respectivement pour 2022 et 2024. Les trois lancements doivent être effectués avec le lanceur lourd SLS, en version de base (utilisation de l’Interim Cryogenic Propulsion Stage). La NASA entend se concentrer sur cette version, retardant ainsi le développement de la configuration Block 1B plus puissante qui utilise un Exploration Upper Stage (à titre de comparaison la performance en injection trans-lunaire du SLS est de 25 tonnes contre 41 tonnes pour le SLS Block 1). Ce report est accompagné du report du développement d’une deuxième rampe de lancement (nécessaire pour le SLS dans sa configuration Block 1B).
      A noter que le texte budgétaire adopté pour l’exercice 2019 octroyait :
    • un montant minimal de 150 M$ pour l’Exploration Upper Stage (le développement de ce dernier devant être achevé au plus tard en 2024) ;
    • un montant de 48 M$ pour la construction d’une seconde plateforme de lancement pour le lanceur lourd SLS (le développement de la plateforme devant être achevé au plus tard en 2024).
      Lors de la conférence de presse tenue le 11 mars, la NASA a reconnu l’existence d’un hiatus dans les positions de l’Exécutif et du Législatif et a indiqué que des échanges sur le sujet allaient être initiés.
  • R&D en lien avec l’exploration
    Requête de 1 580 M$ [FY19 : 958 M$]
    Quatre sous-volets :
    • Gateway
      Requête de 821 M$ [FY19 : 450 M$]
      La NASA prévoit de lancer le module de propulsion et de puissance en 2022. Le module d’utilisation et le module ESPRIT devront avoir été lancés à l’horizon 2024, permettant la visite d’astronautes dans le courant de cette année. Ces trois lancements seront effectués par des lanceurs commerciaux.
    • Advanced Cislunar and Surface Capabilities
      Requête de 363 M$ [FY19 : > 117 M$]
      Développement par étape d’alunisseurs capables d’emporter des équipages sur la Lune (horizon : 2028).
    • Systèmes avancés d’exploration
      Requête de 256 M$
      Activités en lien avec le développement d’habitats en espace lointain incluant la Gateway (cf. notamment CATALYST et NEXTstep).
    • Human Research Program
      Requête de 140 M$ [FY19 : 145 M$]
      Etudes afin de réduire les risques en termes de santé et de performance des astronautes lors de missions de longue durée au-delà de l’orbite terrestre.

2. EXPLORATION TECHNOLOGY
Requête de 1 014 M$ [FY19 : 927 M$]

Cette ligne comprend notamment le nouveau volet Lunar Surface Innovation Initiative [budget d’environ 50 M$], qui vise à développer des technologies nouvelles permettant l’activité humaine à la surface de la Lune (utilisation de ressources in situ, générateur nucléaire de puissance, etc.), ainsi que le développement de technologies répondant aux besoins de l’exploration robotique et humaine et venant en soutien à l’essor commercial.

3. LEO AND SPACEFLIGHT OPERATIONS
Requête de 4 286 M$ [FY19 : 4 639 M$]
Quatre volets :

  • Station spatiale internationale
    Requête de 1 458 M$
  • Transport spatial
    Requête de 1 829 M$
    L’exercice 2020 devrait en particulier voir trois missions de transport de fret de SpaceX (Dragon), deux de Northrop Grumman (Cygnus) et la première mission de Sierra Nevada (Dream Chaser). A noter qu’après la première mission de démonstration de transport d’équipage vers la Station spatiale internationale du Crew Dragon de SpaceX du 2 mars (sans équipage), trois missions de démonstration de transport d’équipage sont prévues durant l’année civile 2019 : deuxième mission du Crew Dragon en juin (avec équipage), et missions du CST-Starliner de Boeing en mars (sans équipage) et en août (avec équipage).
  • Space and Flight Support
    Requête de 849 M$
  • Développement des activités commerciales en orbite basse
    Requête de 150 M$ [FY19 : 40 M$, requête budgétaire 2019 : 150 M$]
    Ce volet vise en particulier à assister le secteur privé dans le déploiement d’une présence pérenne en orbite basse, à accompagner la transition vers le secteur privé des opérations de vols habités en orbite basse, à encourager le développement de plateformes en orbite basse destinées à être utilisées à la fois par le secteur privé et la NASA, afin de permettre une transition post-ISS harmonieuse et à accroître les efforts pour le développement d’une économie privée en orbite basse.

4. SCIENCE
Requête de 6 304 M$ [FY19 : 6 906 M$]

4.1 Sciences de la Terre
Requête de 1 780 M$ [FY19 : 1 931M$]
Cette ligne couvre notamment :

  • le démarrage d’activités en vue de répondre aux recommandations du Decadal Survey dans deux domaines (Designated Observables) : « couches limites de la planète » et « topographie de surface et végétation » ;
  • la sélection d’une nouvelle mission dans le cadre du programme Venture ;
  • la poursuite des activités en lien avec les satellites Landsat-9, NISAR, SWOT, TEMPO, Sentinel-6 et TSIS-2 ;
  • le maintien d’OCO-3 et DSCOVR, mais l’annulation des missions PACE et CLAREO-Pathfinder, laquelle permet la réalisation d’une économie de 127 M$ [110 M$ pour PACE et 7 M$ CLAREO-Pathfinder] pour l’exercice 2020 (pour mémoire, le texte budgétaire adopté pour l’exercice 2019 avait rétabli ces quatre missions dont l’arrêt était demandé dans la requête présidentielle) ;
  • des activités en lien avec les cubesats et les petits satellites.

4.2 Sciences planétaires
Requête de 2 622 M$ [FY19 : 2 759 M$]
Cette ligne couvre notamment :

  • le programme Lunar Discovery and Exploration [budget de 210 M$] en partenariat avec le secteur privé, destiné à nouer des contrats avec des sociétés commerciales pour des services de transport de charges utiles et d’instrument sur le sol lunaire (cf. CLPS - Commercial Lunar Payload Service), à développer des petites astromobiles déposées sur le sol lunaire par des alunisseurs commerciaux, à développer et lancer des instruments dans le cadre d’études scientifiques de la Lune ou pour répondre à des besoins à long terme d’exploration de la Lune et d’utilisation de ses ressources ;
  • le programme Mars 2020 ;
  • le programme d’exploration Europa Clipper, pour un lancement en 2023 avec un lanceur commercial (pour mémoire, le texte budgétaire adopté pour l’exercice 2019 mentionne le recours à SLS ; la NASA met en avant le fait que le recours à un lanceur commercial permet une économie de l’ordre de 700 M$, avec toutefois une durée de transfert vers les environs de Jupiter allongée de deux à quatre années) ;
    Pour mémoire, le texte budgétaire adopté pour l’exercice 2019 avait également octroyé un budget de 195 M$ pour la deuxième mission d’étude de la lune jovienne, le Europa Lander, avec un lancement pour 2025 ; la requête présidentielle n’en fait pas mention ;
  • le démarrage d’activités en lien avec le retour d’échantillons martiens, avec le lancement d’une mission dès 2026 (avec un budget utilisant une large part du budget de 109 M$ dédié aux activités martiennes futures, un budget destiné à atteindre environ 400 M$ en 2023 et 2024) ;
  • la poursuite du programme de défense planétaire, comprenant notamment la mission DART [budget de 72 M$] et le programme d’observation des géocroiseurs [77 M$] ;
  • la poursuite du développement des sondes Lucy et Psyche ;
  • la poursuite des missions New Frontiers et la sélection d’une nouvelle mission dans ce cadre ;
  • des activités en lien avec les cubesats et les petits satellites.

Lors de son intervention publique du 11 mars l’Administrateur Jim BRIDENSTINE a également mentionné des activités de développement d’un hélicoptère martien (un communiqué de presse de la NASA du même jour a annoncé que cet engin ferait partie de la mission Mars 2020). Pour mémoire le texte budgétaire adopté pour l’exercice 2019 reprenait les positions de la Chambre et du Sénat sur ce sujet, à savoir que risquant de retarder l’ensemble de la mission Mars 2020, il ne devrait pas en faire partie.

Pour mémoire Le texte budgétaire adopté pour l’exercice 2019 stipule que pas plus de la moitié du budget alloué sur les postes Lunar Orbit Platform, Advanced Cislunar and Surface Capabilities, Commercial LEO Development et Lunar Discovery Exploration (hors le sous-poste Lunar Reconnaissance Orbiter) ne pourra être utilisée jusqu’à ce que soit transmis aux commissions des appropriations de la Chambre et du Sénat un plan pluriannuel présentant :
  • une estimation des années au cours desquelles le lanceur SLS sera utilisé pour construire la Lunar Polar Platform (Gateway) ;
  • le début des partenariats avec des entités commerciales en lien avec l’utilisation de la Station spatiale internationale préparant envoi d’alunisseurs sans et avec équipage ;
  • les activités scientifiques additionnelles sur la Lune.

4.3 Astrophysique
Requête de 845 M$ [FY19 : 1 192 M$]
Cette ligne couvre notamment l’étude de planètes similaires à la Terre et comprend la formulation ou le développement des missions IXPE, GUSTO, XRISM (avec la JAXA) et SPEHREx, un lancement en 2021 étant visé pour les deux premières. Elle couvre également la poursuite de l’exploitation des missions TESS (lancement en avril 2018) ou Hubble (en service depuis 28 années), tout comme des activités de soutien à des cubesats et petits satellites.
Comme l’année dernière, la NASA propose l’arrêt du programme WFIRST (Wide-Field Infrared Survey Telescope), une mission recommandée par le Decadal Survey (lancement envisagé à partir de septembre 2025), du fait de l’anticipation de surcoûts importants. Pour mémoire, l’Administrateur de la NASA s’était personnellement déclaré en faveur de la poursuite de ce programme en 2018. Le Congrès avait refusé l’arrêt du programme, allouant pour l’exercice 2019 un budget supérieur ou égal à 312 M$ [enveloppe globale de 3,2 Md$, avec une consommation de l’ordre 200 M$ en date de mai 2018].

4.4 JSWT (James Webb Space Telescope)
Requête de 353 M$ [FY19 : 305 M$]
Pour mémoire, le texte budgétaire adopté pour l’exercice 2019 avait octroyé une augmentation de l’enveloppe programme de 8 Md$ à 8,803 Md$, aucun dépassement de cette nouvelle enveloppe n’étant désormais autorisé, sous peine d’annulation pure et simple du programme (« NASA should strictly adhere to this cap or, under this agreement, JWST will have to find cost savings or cancel the mission; [… it expresses] profound disappointment with both NASA and its contractors regarding mismanagement, complete lack of careful oversight, and overall poor basic workmanship on JWST […] »).
Le lancement du télescope James Webb est prévu en mars 2021 (par une Ariane 5).

4.5 Héliophysique
Requête de 705 M$ [FY19 : 720 M$]
Cette ligne couvre notamment la poursuite des activités sur IMAP (Interstellar Mapping and Acceleration Probel), ICON (Ionospheric Connection Explorer, disponibilité au lancement en 2019), SOC (Solar Orbit Collaboration, avec l’ESA, disponibilité au lancement en 2020), ainsi que des activités en lien avec des cubesats, des petits satellites, des fusées sondes et des applications scientifiques en matière de météorologie de l’espace.

5. AERONAUTIQUE
Requête de 667 M$ [FY19 : 725 M$]
Cette ligne couvre des activités en lien avec la gestion du trafic aérien, incluant notamment la prise en compte des drones, le développement de l’avion supersonique X-59 et la mobilité urbaine aérienne.
Pour mémoire, le texte budgétaire adopté pour l’exercice 2019 avait demandé à la NASA de fournir dans les trois mois un rapport sur son Air Mobility and Automation Initiative.

6. ÉDUCATION
Requête de 0 M$ [FY19 : 110 M$]
Comme l’année précédente, la NASA propose la suppression de ce poste avec reventilation sur d’autres lignes budgétaires. Pour mémoire, la même demande effectuée par la NASA pour l’exercice précédent avait été rejetée par le Congrès.

7. SERVICES EN LIEN AVEC LA SÉCURITÉ ET SÛRETE ET LES MISSIONS
Requête de 3 085 M$ [FY19 : 2 755 M$]

Pour mémoire, le texte budgétaire adopté pour l’exercice 2019 avait demandé à la NASA la fourniture d’un rapport sur le déploiement de l’infonuagique (cloud computing) au sein de l’agence, précisant notamment les bénéfices apportés et les risques associés.

8. CONSTRUCTION, MISE AUX NORMES ENVIRONNEMENTALES ET REHABILITATION
Requête de 600 M$ [FY19 : 348 M$]

9. BUREAU DE L’INSPECTEUR GENERAL
Requête de 42 M$ [FY19 : 39 M$]

Détail de l’évolution des différents postes budgétaires :

En cas de difficulté avec la visualisation de l’ensemble des images suivantes, consulter le présent bulletin en ligne.

Complément d’information sur les budgets de la NASA
https://www.nasa.gov/news/budget/index.html

Objectif Lune (et Mars)

Footnotes

[1L’année fiscale N couvre la période s’étendant du 1er octobre de l’année civile N-1 au 30 septembre de l’année civile N.