« Restaurer la science à sa juste place » : la promesse tenue du président Obama

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Premier président américain afro-américain ou encore prix Nobel de la paix, les Etats-Unis auront de nombreuses raisons de se souvenir de Barack Obama. La communauté scientifique quant à elle s’en souviendra surtout comme le président le plus science-geek (d’après ses propres termes) de l’histoire américaine [1], [2] [3].

Dès son discours d’investiture, il avait annoncé sa volonté de réviser la politique scientifique de la première puissance mondiale. Il évoquait déjà alors les questions du changement climatique, du fonctionnement des laboratoires de recherche ou encore du système éducatif dans les matières scientifiques [4].

Cerveau, microbiome et cancers, des priorités nationales

Pendant ses 7 ans à la tête des Etats-Unis, Barack Obama a pris à cœur les grandes problématiques de santé publique à travers d’ambitieux projets alliant recherche académique et acteurs industriels et technologiques.

On se souviendra notamment de la BRAIN Initiative - Brain Research through Advancing Innovative Neurotechnologies, une stratégie sur le long terme pour révolutionner la compréhension du fonctionnement du cerveau humain [5] . Pionnière sur le sujet, la Maison Blanche, sous son élan, a également lancé la National Microbiome Initiative, un programme national pour mieux comprendre le microbiome et développer des outils technologiques associés [6]. Plus récemment, Barack Obama a chargé Joe Biden, son vice-président d’une mission de grande ampleur : « [mettre] un terme au cancer, une fois pour toutes » avec le Cancer MoonShot Initiative [7]

Pour autant, le lancement de programmes d’une telle envergure n’est pas sans précédent : en 1990 le gouvernement lançait par exemple le désormais célèbre Human Genome Project qui a pris fin en 2003 et les années 70 avaient aussi vu la mise en place de l’ambitieux National Cancer Act sous l’administration Nixon [8], [9] . L’administration Obama s’est particulièrement distinguée par un investissement durable. Plus que de simples intentions, chacune de ses propositions a donné lieu à l’allocation de subventions considérables et un effort national de mobilisation des états pour accroître le potentiel scientifique des Etats-Unis.

COP21, l’héritage d’un président « vert »

L’année de sa prise de fonctions, Obama fit le serment de réduire les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis de 17% d’ici la fin de la décennie et fit de la lutte pour l’environnement un de ses chevaux de bataille majeur [10] .

Cet engagement fut officialisé par le Climate Action Plan dès 2013. L’effort national s’est décliné en de nombreuses initiatives autant fédérales que locales soutenues par le gouvernement [11], [12], [13]. L’influence d’Obama à l’échelle internationale dans la lutte contre le changement climatique a également été remarquée. Alors que les Etats-Unis sont l’un des pays les plus pollueurs du monde, leur président sortant a, à plusieurs reprises, salué l’accord de Paris sur le Climat, et fut un acteur essentiel dans les négociations menant à la signature de cet accord par les 195 pays impliqués [14].

Lier académique et innovation

Outre ses efforts pour soutenir la recherche académique, l’administration Obama a fait le pari d’encourager la communauté « Tech » dans les secteurs à croissance rapide tels que le numérique, la santé ou l’ingénierie de pointe. L’accent a été mis sur trois axes : améliorer les stratégies de formation, apporter des outils en partenariat avec des grandes entreprises pour soutenir ces communautés, et un financement fédéral de 100 millions de dollars sous forme de bourses.

A peine plus d’un an après ce lancement, le nombre de « communautés TechHire (initialement au nombre de 21) a doublé [15]. Ce choix d’impliquer les entreprises privées dans ce programme a permis de renforcer leurs partenariats avec des instituts officiels.

Une meilleure formation dans le domaine de l’innovation et la technologie et une plus grande sensibilisation ont notamment permis un accès plus large à des postes dans la « Tech », pour des jeunes de milieux défavorisés.

La Science pour tous

Parmi toutes les projets de la présidence Obama, c’est probablement l’investissement pour une meilleure formation qui aura d’ailleurs le plus marqué le milieu scientifique américain.

Quel que soit le niveau scolaire, un effort particulièrement important a été mis en place pour rendre la science accessible à tous et à toutes et à la rendre plus attractive. Ainsi, le programme Educate to Innovate est spécialement dédié à la réaffirmation de l’excellence américaine dans les STEM (Science, Technology, Engineering & Math). Les industries privées y ont également contribué financièrement ainsi qu’en tant que conseillers stratégiques et canaux de promotion des STEM. Bien sûr, dans une perspective de rehaussement du niveau scientifique, Barack Obama a injecté des fonds importants dans la formation d’enseignants en sciences dures. En parallèle, il a aussi intégré à cette réforme (et à TechHire), sa politique novatrice : la promotion des minorités (que ce soit les femmes ou les différentes ethnies). Ainsi, en début d’année, il annonçait la Computer Science for All Initiative afin de donner à tous les étudiants et en particulier aux afro-américains et aux filles, l’opportunité de développer des compétences en informatique [16] .

Aujourd’hui, bien que les résultats de l’élection inquiètent la communauté scientifique américaine, la Maison Blanche encore sous l’influence d’Obama s’investit dans l’avenir de la science et la technologie aux Etats-Unis [17], [18]. En 7 ans, le président sortant aura resserré les liens entre le monde académique et l’industrie, renforcé l’excellence de la recherche et ce, avec une vision sur le long terme pour revitaliser l’économie et faire de la science un outil de rapprochement des communautés.


Rédactrice :
- Gabrielle Mérite, attachée adjointe pour la Science et la Technologie, deputy-sdv.la@ambascience-usa.org, Los Angeles