Retour vers l’informatique centralisée des années héroïques… mais ça ne se voit pas

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La virtualisation, le "cloud" (cloud computing), le "software as a service" (SaaS), sans oublier "Web 2.0", sont parmi les mots clés les plus répandus des annonces informatiques actuelles, séminaires d’entreprise, profil de poste au recrutement, etc. Sans rentrer dans des définitions précises que des spécialistes s’empresseront de contester (voir la vidéo [1]), il y a une réalité derrière tout cela : le retour vers l’informatique centralisée.

Le bon vieux centre de calcul sous le controôle de super spécialistes en blouse blanche, et les innombrables terminaux qui y sont rattachés. Comment croire un tel retour en arrière, après avoir connu l’apparente libération de la micro-informatique, son incroyable sentiment d’autonomie, avec en plus l’attachement que l’on porte à tout être (quasi vivant) dont il faut prendre soin, craindre ses coups de chaleur, veiller à sa propreté, que l’on voit grandir avec soi, mise à jour après mise à jour. En fait, pas besoin de le croire, on le vit déjà.

Nous n’y avons pas trop prêté attention au début, par exemple avec le webmail, puis avec les fichiers partagés sur l’intranet, mais aussi, avec les numéros de téléphone que notre portable peut conserver sans carte SIM, ou maintenant avec les textes coopératifs que l’on peut éditer à plusieurs (les bulletins électroniques de l’ADIT). L’écosystème de l’informatique évolue à très grande vitesse en ce moment, accéléré par la crise financière.

Premier constat : même si c’est au prix d’une migration vers les contrats bon marché, du type "pay-as-you-go", le marché du téléphone mobile ne s’est pas effondré (chiffres globaux 2008). Les informations personnelles qu’il engendre ont tendance à augmenter (carnets d’adresses, calendriers, images, messages), et les applications proposées tendent à le hisser au rang de substitut d’ordinateur.

Deuxième constat : les ventes de desktops, par contre, se sont effondrées, et celles de laptops ont nettement faiblies. Le seul secteur qui ait progressé, c’est celui des "netbooks", c’est-à-dire les "notebooks" (terme donné aux laptops, allégés de certains services, donc moins chers et destinés surtout à la bureautique) orientés pour un usage largement majoritaire sur le net. Dans le contexte de la virtualisation, les netbooks peuvent être encore plus allégés (fi des lecteurs graveurs de CD/DVD) et même leur système d’exploitation devient un poids plume, quasiment de la taille d’un système de téléphone portable. Il est à noter, également à cause de l’argument prix, que le pourcentage de netbook sous Linux est bien supérieur au pourcentage, du même Linux, chez leurs grands cousins les laptops. Ainsi aujourd’hui, le modèle netbook avec OS libre atteint le prix plafond de $200 et on peut s’attendre à le voir encore baisser prochainement. Le beau projet [2], issu du MIT, du laptop pour les enfants des pays émergents, à $100 (mais $400 chez les développés), risque de disparaître avec la société qui cherchait à le commercialiser. Non pas un échec sur le fond : ils ont été doubles par l’évolution du marché. C’est tout un modèle économique nouveau de l’informatique personnelle qui se met en place. Coup de bluf ou pas, une société indienne annonce le laptop à $20. A quand le laptop jettable, comme l’appareil photo du même nom ?

Dans ce paysage, tous les industriels de l’information et de la télécommunication sont face à des choix décisifs. Déchirants et très contraignants pour Microsoft, ces choix sont plus souriants pour le géant bleu que l’on croyait moribond, IBM qui règna sans partage sur les centres de calcul des années 1960. La conjoncture n’est pas non plus catastrophique pour les sociétés de télécom, ni pour ceux qui, comme Apple, avaient pris le virage de l’iPhone.

Quels sont ces choix ? it’s the cloud, stupid ! D’un côté des petits ordinateurs, légers à tous les sens du terme, en prix, en poids et en logiciels intégrés, et pourtant beaucoup plus riches en applications et capacités d’échange. A l’autre bout (le high-end computing), des centres de calcul énormes, des "fermes" de milliers d’ordinateurs puissants, très chauds et très gourmands, mais que personne ne visite, car on ignore souvent où ils se trouvent. Et ces centres de calcul, ou aussi centres de données, car c’est de cela qu’il s’agit surtout, ont vocation à tout capter chez eux.

Quand on dit tout capter, il faut bien lire tout. Vos fichiers, vos images, vos adresses, vos informations plus intimes, vos mots de passe, votre temps inscrit dans votre calendrier, mais aussi les informations intimes de votre compagnon de vie qu’était votre ordinateur personnel. Plus besoin de système d’exploitation, plus besoin de données, dès que vous vous connectez (oui d’accord il faut un tout petit système d’exploitation pour ça) et que vous êtes identifiés, tout ça vous est fourni par le cloud. Vous voulez imprimer ? le cloud retrouve votre imprimante favorite et s’occupe de tout. Vous voulez faire des mises à jour ? pourquoi faire, le cloud s’en est déjà occupe.

La performance, me direz-vous ? mais qui donc mieux que le cloud, peut équilibrer l’utilisation de la bande passante, distribuer les caches de données, mutualiser les mêmes bouts d’information qui auparavant étaient dupliqueés parmi tous les employés d’une même administration ? La sécurite des données, la protection contre les virus ? mais le cloud est là, qui veille 24/24, 7/7, pour traquer le virus, avec des versions d’anti-virus à jour dans l’heure même de leur diffusion. Que dis-je l’heure, la minute, la seconde. La protection contre le vol ? on a vole, ou vous avez égaré votre laptop entre Paris et L.A. ? Pas de soucis, monsieur Cloud va s’en rendre compte dès que quelqu’un d’indelicat allumera votre ordinateur : il sera bloqué et si vous l’avez demandé, les données mêmes de votre disque dur -physiquement dans votre laptop- seront effacées. Vous vous souvenez de ce magnétophone d’espion qui grillait les bandes magnétiques ? La fiction est devenue réalité.

Voila une partie des réponses que des sociétés comme Vmware et Cisco peuvent faire à leurs clients, ou futurs clients, dès aujourd’hui. Microsoft n’est pas en reste, qui se recycle à grande vitesse. La privacy ? la garantie que mes données resteront confidentielles, secrètes mêmes ? Euh, il commence à se faire tard pour des questions, mais on y pense.

Voilà en substance ce qui s’est dit à la conference [4] tenue le 4 février à Pentagon City. Nous reparlerons donc de privacy, comme nous parlerons des calories dégagées par les gros centres serveurs.

Conclusion : si "small is -toujours- beautiful", le gros redevient beau, mais vous êtes priés de dire : "le nuage est beau".

Source :


- [1] une vidéo réalisée durant la conférence web2-expo, compilation de réponses à la question : "what is cloud computing", par des CTOs et autres gourous : Tim O’Reilly, Dan Farber, Matt Mullenweg, Jay Cross, Brian Solis, Kevin Marks, Steve Gillmor, … . C’est surtout vers la fin que ça devient amusant. Voir : http://www.youtube.com/watch?v=6PNuQHUiV3Q
- [2] One Laptop Per Child, OLPC : http://www.olpcnews.com/gallery/olpc-is-refocusing-for-2009.html
- [3] Le laptop indien à $20, annoncé le 4 février à l’inauguration du National Mission on Education, Tirupati, Andhra Pradesh : http://www.trap17.com/forums/20-Dollars-Laptop-India-t64261.html
- [4] compte-rendu personnel de la conférence matinale de VMware et Cisco, sur l’avenir de la virtualisation des PC, 4 février 2009, Pentagon City, Arlington, VA, USA.

Pour en savoir plus, contacts :


- http://en.wikipedia.org/wiki/Virtualization
- http://en.wikipedia.org/wiki/Cloud_computing
- http://en.wikipedia.org/wiki/Web_2.0
Code brève
ADIT : 58122

Rédacteur :

Robert Jeansoulin, attache-stic.mst@ambafrance-us.or

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….