Salon pétrolier mondial "Offshore Technology Conference 2013" - Partie 2/2 : L’industrie offshore américaine face aux nouvelles réglementations

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Depuis la catastrophe de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon de 2010, qui a entrainé le déversement dans le Golfe du Mexique de plus de 4 millions de barils de pétrole, les autorités fédérales américaines se sont lancées dans un processus important - sans précédant dans l’histoire du pays - de réforme des réglementations du secteur du pétrole et du gaz offshore.

La mise en place rapide des nouvelles restrictions et mesures de sécurité dans les deux années à venir représente une source de difficultés pour les acteurs du pétrole et du gaz, qui devront faire face à une augmentation des coûts de mise aux normes, à l’émergence de risques juridiques et à une augmentation de la charge de travail administrative. Lors du salon OTC 2013, les préoccupations vis-à-vis de ces réformes ont été exprimées à plusieurs reprises.

Le ressenti des industries de pétrole et gaz vis-à-vis des nouvelles réglementations pour l’offshore

Le prestataire technique pétrolier et gazier GL Noble Denton a réalisé une étude en 2012 dans le but d’analyser le ressenti des industries du secteur vis-à-vis des nouvelles réglementations pour l’offshore. Plus de 100 professionnels avérés du secteur ayant des activités sur le territoire américain qui y ont participé. Une majorité écrasante (85%) a déclaré s’attendre à ce que les réglementations se durcissent dans les deux prochaines années, au-delà des mesures déjà mises en application, et 61% accusent un impact négatif de ces mesures pour leur business. Les critiques se portent sur les incertitudes qui demeurent par rapport aux réglementations qui seront instaurées, qu’il s’agisse des outils de forage, des projets d’oléoducs ou des révisions des lois pour le commerce des huiles de schistes. Selon les compagnies interrogées, les impacts de la nouvelle législation se retrouveraient principalement dans les coûts de mise aux normes (81%) ainsi que dans la charge de travail administrative (75%) et auraient pour conséquence une augmentation des coûts de production.

De façon générale, ces nouvelles mesures pourraient freiner l’activité des industriels du domaine de l’énergie ; les nouveaux projets coûteux devant être analysés au regard des nouvelles réglementations plus rigides. Selon l’entreprise GL Noble Denton Face, une conséquence à prévoir sera l’augmentation des fusions et des acquisitions d’entreprises car seuls les acteurs principaux seront capables de rester compétitifs avec ces nouvelles conditions.

Un clash à prévoir sur les études sismiques

Lors d’une table ronde, Randall Luthi, chef de l’Association commerciale nationale pour l’industrie offshore "Ocean Industries Association", a annoncé que la nouvelle stratégie d’attaque des environnementalistes et conservationnistes contre l’exploitation offshore pourrait bien se profiler autour des études sismiques. En effet, les études sismiques visent à identifier de nouveaux réservoirs en profondeur et constituent la première étape vers le forage offshore. Tout ralentissement dans la réalisation de ces études a ainsi des conséquences directes sur le développement de l’exploitation offshore.

Actuellement, le Bureau de gestion de l’énergie océanique ("Bureau of Ocean Energy Management") du Ministère de l’Intérieur mène une étude environnementale sur les possibilités de mise en place d’un programme de recherche par géophysique, allant du Delaware jusqu’en Floride. Les opposants au forage offshore ont l’intention de trouver des arguments juridiques pour contester l’étude environnementale du gouvernement et empêcher la décision finale de lancement de ce programme de recherche géophysique. Cette tactique juridique est déjà utilisée depuis longtemps dans l’Arctique.

Les conservationnistes argumentent leur position en affirmant que les canons à air utilisés dans la recherche sismique produisent des impulsions acoustiques, qui sont suffisamment fortes pour, non seulement pénétrer dans l’océan et les fonds marins, mais aussi pour endommager la vie marine, dont certaines espèces en voie de disparition telles que les baleines noires de l’Atlantique Nord ou les tortues caouannes.

Intervention de gouverneurs républicains au salon OTC

L’imminence des nouveaux mandats et les perspectives d’action du Congrès inquiètent l’industrie du pétrole et du gaz aux Etats-Unis, laquelle craint une limitation de ses activités.

Six gouverneurs républicains, venant des Etats du Texas, du Mississipi, de l’Alabama, de la Caroline du Sud et du Nord, et d’Alaska, se sont rassemblés le temps d’une table ronde, pour unir leurs forces et protester contre les politiques du gouvernement fédéral qui, selon eux, freinent l’industrie de l’énergie aux Etats-Unis. Ils ont demandé à l’administration fédérale américaine d’ouvrir de nouveaux champs d’exploitation offshore, en indiquant que cela donnerait un coup de fouet à l’économie du pays en générant plus d’emplois et un accroissement de la consommation. En effet, dans l’état actuel des choses, l’administration Obama prévoit la vente de concessions de forage en mer, mais pas avant 2017, sur les territoires du Golfe du Mexique et de l’Alaska, et n’envisage rien le long des côtes de l’Atlantique. Par ailleurs, les régulateurs ont annulé de façon indéfinie un bail près de la côte de Virginie.

Rick Perry, gouverneur du Texas, a dénoncé les temps d’attente trop longs pour obtenir les permis d’exploitation dans le Golfe du Mexique, lesquels étaient en moyenne de 109 jours au mois de mars 2013. Il a argumenté, mais sans les détailler, que de nouvelles mesures de sécurité avaient été instaurées dans le Golfe sur les trois dernières années, rendant son exploitation plus sûre que jamais pour les opérateurs et pour l’environnement. Il a précisé que l’essor de la production pétrolière et gazière actuel aux Etats-Unis était dû aux progrès de la technologie, mais absolument pas aux politiques fédérales. Selon lui, la dépendance des Etats-Unis aux importations de pétrole est paralysante pour l’économie du pays, d’où la nécessité de libérer le marché de l’énergie aux USA.

Par ailleurs, Nikki Haley, gouverneur de la Caroline du Sud, a reproché le peu de confiance du gouvernement fédéral dans la capacité des Etats à gérer leurs ressources naturelles. Il a assuré que les Etats étaient tout a fait capable de gérer à la fois le développement de leur communauté et de l’offshore et que les deux n’étaient pas incompatibles. Il a précisé que son Etat était très attractif pour les touristes, et qu’il n’entreprendrait rien qui puisse y porter préjudice.

Enfin les six gouverneurs ont annoncé leur volonté d’établir un plan de partage élargi des revenus offshore. Sous la loi fédérale actuelle, le plan de partage ne concerne que 4 états : Texas, Louisiane, Mississipi et Alabama, et consiste à octroyer aux résidents locaux une part des revenus de redevance sur certains baux qui commenceront en 2017, et dont le montant est plafonné à 500 millions de dollars par an. Or, tout état côtier qui assume les risques et soutient les initiatives de l’exploitation offshore au large de ses côtes devrait pouvoir bénéficier d’un tel plan, afin de les inciter à développer l’exploitation de leurs ressources offshore. Ainsi les gouverneurs souhaitent supprimer graduellement le plafond de 500 millions de dollars et commencer plus tôt le plan de partage, tout en y incluant d’autres états côtiers. Ils ont précisé que ce concept de partage était déjà établi pour le secteur onshore : les états situés à l’intérieur des terres bénéficiant en général de 50% des revenus fédéraux sur la production de gaz et pétrole effectuée à l’intérieur de leurs frontières, voire même jusqu’à 90% pour l’Alaska.

Enfin, les gouverneurs ont insisté sur leur souhait de réduire de façon générale les interventions du gouvernement fédéral dans la gestion des ressources naturelles.

Les Etats-Unis restent tout de même un pays attractif pour le pétrole et le gaz

Malgré toutes les nouvelles réglementations et limitations à prévoir pour l’industrie du pétrole et du gaz aux Etats-Unis, le pays reste attractif pour les entrepreneurs. Beaucoup de professionnels du secteur travaillant sur le territoire pensent que les changements aideront même à restaurer la confiance au sein des industries. De nombreux opérateurs ont déjà adopté des règles plus strictes afin de gagner un avantage compétitif sur leurs rivaux. De plus, le standard de sécurité s’est amélioré, les fournisseurs incluant déjà de nouvelles caractéristiques par défaut dans leurs équipements.

Sur l’année passée, le nombre de permis délivrés pour l’exploitation pétrolière onshore et offshore a nettement augmenté. Par ailleurs, une étude très récente montre que les recrutements dans le secteur du gaz et du pétrole ont augmenté de 7% en 2011. L’entreprise BP par exemple, a annoncé vouloir tripler son recrutement sur le territoire d’ici 2014 et a investi plus de 55 milliards de dollars pour le développement de l’énergie aux Etats-Unis ces 5 dernières années, soit bien plus que dans tout autre pays. Le directeur de BP, John C. Mingé, considère que les Etats-Unis, grâce à la robustesse de son libre marché de l’énergie, et grâce à la concentration exceptionnelle d’expertise dans la ville de Houston, joue un rôle essentiel dans la révolution actuelle de l’énergie. Cette révolution inclut l’exploitation onshore, avec le développement de l’exploitation des ressources de gaz et pétrole non conventionnels, et l’exploitation offshore dans des eaux de plus en plus profondes grâce aux progrès de l’acquisition sismique et des techniques de forage. L’un des gros projets de l’entreprise est l’inauguration dans les prochains mois d’un supercalculateur à Houston, le plus important complexe commercial dédié à la recherche en pétrole et gaz des Etats-Unis.

Les Etats-Unis restent ainsi un lieu stable et extrêmement favorable pour le business des entreprises de pétrole et gaz, indépendamment des attitudes de l’industrie vis-à-vis des nouvelles réglementations.



A lire également :

Salon pétrolier mondial "Offshore Technology Conference 2013" - Partie 1/2 : l’industrie du pétrole confiante pour l’avenir de l’énergie
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/73083.htm

Sources :

Conférence OTC 2013, Houston, 26-29 mai 2013

Pour en savoir plus, contacts :


- BE Etats-Unis n° 332 "Salon pétrolier mondial "Offshore Technology Conference 2013" - Partie 1/2 : l’industrie du pétrole confiante pour l’avenir de l’énergie" : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/73083.htm
- Etude de GL Noble Denton téléchargeable en ligne :http://www2.gl-nobledenton.com/reinventing-regulation
- Site de l’OTC :http://www.otcnet.org/2013/
Code brève
ADIT : 73133

Rédacteurs :


- Catherine Marais, Attachée scientifique adjointe, deputy-phys.mst@consulfrance-houston.org
- Christian Turquat, Attaché scientifique, attache-phys@ambascience-usa.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….