Salon pétrolier mondial "Offshore Technology Conference 2013" - Partie 1/2 : l’industrie du pétrole confiante pour l’avenir de l’énergie

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Nombreux sont les défis à relever dans le domaine de l’énergie, et desquels dépend l’avenir de la planète. L’augmentation de la population et le développement des économies émergentes engendre des besoins croissants en énergie tandis que les ressources énergétiques fossiles sont annoncées sur le déclin depuis des décennies. Cependant, lors de la conférence annuelle des Technologies offshores ("Offshore Technology Conference" ou OTC) qui s’est tenue à Houston du 26 au 29 mai 2013, ces préoccupations ne semblaient pas perturber les ambitions des industries du pétrole et gaz naturel. Au contraire, le salon fut l’occasion pour les uns et les autres de présenter les progrès et innovations technologiques dans le domaine, et d’annoncer avec confiance l’augmentation de leur production de pétrole et gaz des prochaines décennies, avec pour certains le lancement de projets de grande, voire de très grande, envergure. Les représentants des nations présentes ont par ailleurs annoncé le développement des activités pétrolières comme étant leur priorité dans le secteur de l’énergie.

Présentation du salon OTC

L’OTC est à la fois une conférence et un salon technologique, qui constitue le plus grand rassemblement de professionnels du pétrole et du gaz au monde. L’événement se tient tous les ans depuis 1969 dans la ville de Houston, Texas. Initialement dédié uniquement aux aspects offshores, il s’est depuis quelques années diversifié et traite maintenant également des activités pétrolifères et gazières onshores. Cette année, ce sont près de 105.000 ingénieurs, cadres et dirigeants politiques du monde entier qui ont arpenté les 50.000 m2 d’espace d’exposition, soit plus de 2.500 stands d’entreprises en provenance de 46 pays, sur une durée de 4 jours. Toute la compétition dans le domaine de l’exploitation du pétrole et du gaz se trouve là : des étalages à n’en plus finir d’outils et maquettes en tous genres et des présentations à tous les coins de stands de diverses innovations technologiques. C’est l’occasion pour les entreprises pétrolières d’élargir leur réseau professionnel, de renforcer leur contact avec leurs clients, de promouvoir leurs activités, de présenter leurs projets en cours, mais également de faire du recrutement de personnels qualifiés et expérimentés.

Un programme chargé de conférences, tables rondes et un total de 300 exposés techniques se sont déroulés dans une douzaine de salles tout au long des 4 jours. Quelques 200 écrans géants de diffusion de la chaine journalistique "OTC-TV" ont été utilisés pour couvrir l’ensemble du forum.

Les priorités dans le domaine de l’énergie restent le pétrole et le gaz naturel

Les débats actuels de l’énergie concernent la conception d’un nouvel équilibre entre énergies fossiles, énergie nucléaire et énergies renouvelables, dans le but de réduire la dépendance des sociétés aux ressources fossiles tout en répondant à la demande croissante en énergie et en minimisant l’impact environnemental.

Lors du salon OTC, de nombreux représentants gouvernementaux et dirigeants de compagnies nationales et compagnies privées de pétrole se sont exprimés sur le sujet, l’occasion d’analyser globalement les tendances et les politiques du secteur énergétique à l’échelle mondiale. Le message était clair : la priorité reste l’exploitation et le développement des ressources en pétrole et gaz. En effet, avec les progrès techniques et technologiques dans le domaine, les estimations du nombre de réserves exploitables sont régulièrement revues à la hausse, en particulier avec l’addition de ressources en milieux de plus en plus hostiles. Les industriels se montrent ainsi très optimisme quant à la disponibilité des ressources énergétiques pour l’avenir et ne craignent plus l’imminence d’un pic pétrolier. Et l’enjeu économique est de taille ! Au niveau national, chaque pays développe ainsi sa propre stratégie pour augmenter sa production de pétrole, en améliorant l’efficacité de production des exploitations existantes, et en étendant leurs activités à de nouveaux gisements jusqu’ici non accessibles.

Les préoccupations concernant le réchauffement climatique et la réduction des émissions de gaz à effet de serre n’ont été que très peu abordées par les industriels. Ils se sont en revanche montrés très sensibles aux questions de réglementations, ces dernières étant susceptibles de ralentir leurs activités.

Résumé de la situation actuelle de quelques pays présents à l’OTC

Aux Etats-Unis, les avancées technologiques qui ont rendu économiquement possible l’exploitation des gaz de schistes et autres gaz non conventionnels ont changé les perspectives énergétiques du pays. Par ailleurs, les activités d’exploration pour la recherche de ressources de plus en plus profondes, notamment dans le Golfe du Mexique, a repris. La compagnie nationale du Mexique Pemex en fait sa priorité et a annoncé ses intentions d’ouvrir ses collaborations à l’international pour en exploiter tout le potentiel. Le Golfe est ainsi redevenu un marché prometteur. La compagnie Royal Dutch Shell par exemple, a annoncé début mai sa décision d’investir dans la réalisation d’une plateforme qui drainera le pétrole et le gaz à une profondeur record de près de 3.000 m, dans les "Stones Fields", à environ 5 km au large de la Nouvelle Orléans.

Le Brésil, bien que figurant parmi les pays les plus investis dans les énergies renouvelables, (lesquelles contribuent à hauteur de 44% de la production d’énergie totale du pays), concentre ses efforts prioritairement pour l’exploitation offshore. En effet, depuis la découverte il y a une vingtaine d’années de ses considérables réserves de pétrole, situées en-dessous d’une couche dure de sel à plus de 3.000 mètres de profondeur, le pays est monté en gamme et est désormais capable de financer la mise en place des technologies adaptées à l’exploitation de ces ressources. Le Brésil est même devenu le laboratoire des plus grandes technologies de l’offshore profond. La gigantesque compagnie nationale de pétrole Petrobras a annoncé pendant le salon qu’elle prévoyait une forte augmentation de sa production dans les prochaines années.

Un exemple intéressant, parmi les économies émergentes est celui de l’Angola, actuellement le second plus gros producteur de pétrole de l’Afrique sub-saharienne, avec 97% de production offshore. Le pays a choisi de concentrer ses priorités pour l’accélération de sa production pétrolière, en incitant les compagnies pétrolières à venir exploiter ses ressources offshore. En particulier, l’entreprise française Total y a entrepris un projet d’envergure : Pazflor, qui lui a valu le prix spécial annuel du salon de l’OTC, le "Distinguished Achievement Award for Companies". Lancé en 2007, et mis en huile en aout 2011, le projet Pazflor couvre 4 réservoirs distincts, couvrant une superficie gigantesque de 600 km2, soit six fois la superficie de Paris, à environ 1.200 mètres de profondeur. Cette installation est un développement majeur pour l’Angola, dont la production pétrolière devrait être ainsi augmentée de 220.000 barils par jour. De nombreux défis technologiques ont été relevés, dont une première mondiale : la mise en place de systèmes de séparation gaz / liquide sur le fond de la mer. L’investissement est énorme : 9 milliards de dollars.

Du côté de la Chine, c’est l’exploitation des gaz non conventionnels qui a été mise en avant, avec l’annonce de programmes d’exploitation sur le long terme. En effet, 75% de ses dotations en hydrocarbures sont dans des ressources non conventionnelles, et près de 60% de ses ressources totales sont des gaz non conventionnels. Ses priorités seront donc au méthane houillé, gaz de réservoirs compacts et gaz de schistes.

Au Royaume Uni, l’Ecosse s’est félicitée de l’augmentation de 84,4% en 2012 de ses exportations de pétrole et gaz naturel, qu’elle attribue à ses 40 années d’expériences dans l’exploitation de la mer du Nord, qui portent maintenant leurs fruits. La Norvège a aussi rapporté une vision très optimiste de ses activités. Son ministre du pétrole et de l’énergie a annoncé une croissance significative de sa production pétrolière dans les prochaines années, grâce notamment à plusieurs projets d’envergure qui ont été lancés à la suite de missions d’exploration réussies, et grâce à l’arrivée à maturité de ses technologies sous-marines. Le pays est actuellement le plus gros producteur de pétrole d’Europe et le second plus gros exportateur. Seules 40% de ses ressources estimées de pétrole et de gaz ont été jusque là exploitées. Il est intéressant de noter que l’énergie constitue la plus importante source de revenue et de PIB du pays, et représente plus de la moitié des exportations.

On notera encore la Russie, dont la compagnie Rosneft entreprend avec la compagnie américaine ExxonMobil des projets d’exploration conjointe d’envergure dans l’Arctique russe. Les deux compagnies ont signé en février dernier une extension de leur accord stratégique. Initialement prévue sur 3 blocs, l’exploration conjointe s’étend ainsi à sept nouveaux blocs, d’une superficie totale de 600.000 km2, plus grande que le territoire français, dans la mer de Tchoukotka, de Kara et de Laptev.

L’Australie est particulièrement dynamique dans le secteur : le pays héberge une quarantaine de projets d’envergures à l’étude, en cours de validation ou en construction, concernant principalement des plateformes gazières offshore au large du nord-ouest du pays et le développement du gaz naturel extrait de mines de charbon dans la région de Queensland.

Plus de collaborations à l’avenir

Il est intéressant de noter que les compagnies nationales de pétrole contrôlent 81% des réserves pétrolières connues dans le monde tandis que la production, par contre, est bien plus équilibrée. La dominance croissante des compagnies nationales sur ces réserves leur donne de plus en plus de poids par rapport aux compagnies de pétrole internationales telles qu’ExxonMobil, BP ou Royal Dutch Shell. Le directeur de Pemex, la compagnie nationale de pétrole du Mexique, a annoncé qu’une collaboration entre les compagnies nationales et les entreprises indépendantes de pétrole serait la clé pour augmenter la production de pétrole à l’avenir. De façon générale, les intentions de collaborations semblaient être le "leitmotiv" du salon OTC, annoncées de la part de tous les acteurs du secteur pétrolier et gazier. Ainsi l’avenir du secteur est à l’internationalisation du marché, avec des collaborations à prévoir à toutes les échelles : compagnies nationales-compagnies indépendantes privées mais aussi industrie-structures de recherche, fournisseurs etc. dans le but d’améliorer les performances d’exploitation.

En somme, l’enthousiasme des industries du secteur contraste fortement avec l’ambiance économique morose actuelle des pays développés. Plusieurs entreprises françaises ont souligné que parmi leurs secteurs d’activités, celui de pétrole et du gaz était le seul à échapper à la crise économique.

Sources :

Conférence OTC 2013, Houston, 26-29 mai 2013

Pour en savoir plus, contacts :


- Site de l’OTC : http://www.otcnet.org/2013/
- Annonce de l’investissement de "Royal Dutch Shell" pour la réalisation d’une plateforme d’exploitation dans les "Stone Fields" du Golfe du Mexique : http://www.shell.com/global/aboutshell/investor/news-and-library/2013/new-gulf-mexico-stones-08052013.html
- Site officiel de la compagnie national de pétrole du Brésil Petrobras : http://www.petrobras.com/en/home.htm
- Article du site de Total sur son projet d’envergure "Pazflor" au large de l’Angola : http://www.total.com/fr/nos-energies/petrole/explorer-et-produire/projets-et-realisations/pazflor-900115.html
Code brève
ADIT : 73083

Rédacteurs :


- Catherine Marais, Attachée scientifique adjointe, deputy-phys.mst@consulfrance-houston.org
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….