Santé publique : une nouvelle étude met en évidence les bénéfices de la prise alimentaire limitée dans le temps

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Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Institut Salk à San Diego sur des souris [1] a révélé l’impact négatif des périodes d’alimentation trop longues sur la santé. Les résultats de cette étude, publiée en décembre 2014 dans la revue Cell Metabolism [2], s’ajoutent à d’autres déjà nombreux, qui suggèrent que considérer l’heure à laquelle nous mangeons est aussi important que prendre en compte ce que nous mangeons. Bien que ces résultats n’aient pas encore été testés chez l’homme, ils peuvent être appliqués sans risques en tant que méthode potentielle de perte de poids. A une époque où les adultes et les enfants se couchent de plus en plus tard et dorment de moins en moins, ce qui rallonge leur période d’alimentation, les auteurs de l’étude ont démontré que chez la souris, limiter la période d’alimentation à un intervalle de 8 à 12 heures par jour permet de lutter contre l’obésité, le diabète et des taux de cholestérol trop élevés.


Satchidananda Panda et Amandine Chaix
Crédits : Salk Institute for Biological Studies


En 2012, Satchidananda Panda, un professeur-associé de l’institut Salk, a montré que sur deux groupes de souris nourries avec un régime riche en graisse, celles autorisées à ne manger que pendant 8 heures par jour étaient en meilleure santé et plus minces par rapport aux souris ayant eu accès à la même quantité de nourriture (même nombre de calories) toute la journée. Bien que les raisons exactes pour lesquelles la restriction dans le temps de l’alimentation conduit à une meilleure santé n’aient pas encore été trouvées, le Professeur Panda pense qu’elles sont liées à la façon dont notre horloge biologique et les rythmes circadiens influencent le métabolisme. De nos jours, dit le Pr Panda, la plupart des conseils nutritionnels se résument à : "vous devez changer de régime alimentaire et recourir à une alimentation plus saine et plus équilibrée". Compte-tenu du fait que beaucoup de gens n’ont pas accès à cette alimentation, nous voulions savoir si, sans modifier le régime alimentaire, l’alimentation limitée dans le temps pouvait apporter certains avantages.

L’alimentation limitée dans le temps : un régime efficace et peu contraignant

Dans cette nouvelle étude, réalisée sur près de 400 souris, de poids normal ou obèses, l’équipe du Pr Panda a étudié l’effet de différents types de régimes alimentaires et de différentes longueurs de restrictions temporelles. Les chercheurs ont constaté que, dans une certaine mesure, les avantages de l’alimentation limitée dans le temps persistaient quel que soit le poids des souris, le type de régime et la durée de la restriction temporelle. Ils ont pu montrer que les souris ayant subi des restrictions horaires et consommé la même quantité de calories quotidiennes que leurs homologues sans restriction prennent moins de poids, et ce, indépendamment de leurs régimes : riches ou non en matières grasses, en graisses, en sucre, ou en sucres artificiels. En effet, que la fenêtre de temps pendant laquelle les souris ont accès à un régime hyper gras soit de 9, 10 ou 12 heures, les souris ont toujours un poids inférieur à leurs homologues sans restriction. Au-delà de 12h, et notamment lorsque l’accès est autorisé pendant 15 heures, les avantages conférés par la restriction de temps deviennent plus modestes.

Pour les souris au régime d’alimentation limité dans le temps à 9 et 12 heures, les chercheurs ont consenti un répit le week-end, permettant aux souris d’accéder à des repas riches en matières grasses de manière illimitée durant ces deux jours. Ces souris ont gagné moins de graisse et moins de poids que les souris ayant eu un accès illimité au même régime. Dans les deux cas, la quantité totale et la qualité de la nourriture étaient les mêmes. En fait, les souris qui ont été nourries librement le week-end seulement sont restées très similaires à leurs congénères à qui ce répit n’a pas été offert. Cela suggère que le régime peut résister à des interruptions temporaires. "Le fait que cela ait fonctionné quel que soit le régime, et que le régime puisse être interrompu durant le week-end, est une très bonne surprise", explique le premier auteur de l’étude, le Dr Amandine Chaix, chercheur post-doctorante dans le laboratoire du Pr Panda.

Un effet thérapeutique intéressant

Les chercheurs ont ensuite voulu tester l’effet thérapeutique de l’alimentation limitée dans le temps. Pour cela, ils ont restreint l’accès à la nourriture à une fenêtre de 9 heures chez des souris devenues obèses suite à une alimentation hyper grasse et un régime en horaire libre. Bien que les souris aient continué à consommer le même nombre de calories, leur masse corporelle a diminué de 5%. Parallèlement, les souris du groupe témoin pour lequel l’accès à la nourriture n’a pas été limité dans le temps ont continué à prendre du poids, avec une augmentation de 25% de leur masse corporelle. "L’effet thérapeutique de l’alimentation limitée dans le temps est surprenant, compte-tenu, en particulier, de données démontrant que les carences nutritionnelles en début de vie peuvent laisser une marque durable sur le métabolisme des animaux" souligne le Dr A. Chaix.

Les promesses de l’alimentation limitée dans le temps

L’équipe du Pr Panda a aussi étudié les effets de l’alimentation limitée dans le temps chez des souris nourries avec un régime équilibré et a pu montrer que ces souris présentaient une masse musculaire plus importante que leurs congénères ayant un accès illimité à la nourriture. "Il est intéressant de constater que, bien que les souris ayant un régime alimentaire normal ne perdent pas de poids, elles changent leur composition corporelle", explique le Pr Panda. "Cela nous amène à la question : Que se passe-t-il ? Ces souris maintiennent-elles une masse musculaire qui aurait été perdue au cours du temps avec une alimentation libre, ou ont-elles gagné en masse musculaire au détriment de la graisse ?"

Par ailleurs, une analyse complète des paramètres sanguins chez les souris ayant une alimentation limitée dans le temps a révélé que de multiples voies moléculaires qui avaient été altérées par des maladies métaboliques reviennent à la normale, et que d’autres voies de protection sont activées, signale A. Chaix. Elle ajoute : "Parmi les prochaines étapes figureront des recherches plus en profondeur sur ces voies, ainsi que l’étude des effets de l’alimentation en temps limité chez l’homme". D’autre part, l’utilisation de ce nouveau modèle expérimental basé sur des souris génétiquement identiques, consommant des quantités égales d’une alimentation donnée, dans des fenêtres temporelles variables et limitées, devrait permettre aux chercheurs d’approfondir les recherches sur les causes du diabète, explique le Pr Panda.

A propos du Salk

Le "Salk Institute for Biological Studies" [3] est l’une des institutions de recherche fondamentale les plus prestigieuses au monde, où des professeurs de renommée internationale travaillent sur des questions essentielles de sciences de la vie dans un environnement unique de collaboration et de création. Focalisé à la fois sur la découverte et sur le mentorat de futures générations de chercheurs, les scientifiques de l’institut Salk ont apporté des contributions majeures à notre compréhension du cancer, du vieillissement, de la maladie d’Alzheimer, du diabète et des maladies infectieuses en étudiant les neurosciences, la génétique, la biologie cellulaire et végétale, et les disciplines associées.

La qualité des chercheurs chefs d’équipes du Salk a été récompensée par de nombreuses distinctions, dont des prix Nobel et des affiliations à la "National Academy of Sciences". Fondé en 1960 par le pionnier du vaccin antipoliomyélitique, le docteur Jonas Salk, l’Institut est un organisme indépendant a but non lucratif et est installé à San Diego, dans des locaux qui sont un point de repère architectural.

Code ADIT : 77316


A lire également :


- "To prevent or reverse obesity and its ills, timing may be everything" - LA Times - HEALY Melissa - 03/12/2014 - Lien : http://www.latimes.com/science/sciencenow/la-sci-sn-prevent-reverse-obesity-fasting-20141203-story.html
- "Time-Restricted Feeding without Reducing Caloric Intake Prevents Metabolic Diseases in Mice Fed a High-Fat Diet" - Cell Metabolism, Volume 15, Issue 6 - 6 juin 2010 - HATORI Megumi et al. - Salk Institute for Biological Studies - Lien : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1550413112001891
- "Physiological responses to food intake thoughout the day" - Nutrition Research Reviews, Volume 27, Issue 1 - Juin 2014 - JOHNSTON Jonathan - University of Surrey - Lien : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4078443/

Rédacteurs :


- Amandine Chaix, Salk Institute for Biological Studies, achaix@salk.edu ;
- Clément Métivier, Los Angeles, clement.metivier@ambascience-usa.org ;
- Retrouvez toutes les activités du Service Science et Technologie / Los Angeles sur le site du Consulat général de France à Los Angeles : http://www.consulfrance-losangeles.org/spip.php?rubrique241.

Notes

[1"Time-Restricted Feeding Is a Preventative and Therapeutic Intervention against Diverse Nutritional Challenges" - Cell Metabolism, Volume 20, Issue 6 - 2 décembre 2014 - CHAIX Amandine, ZARRINPAR Amir, MIU Phuong, PANDA Satchidananda - Salk Institute for Biological Studies - http://www.cell.com/cell-metabolism/abstract/S1550-4131(14)00498-7

[3Salk Institute for Biological Studies : http://www.salk.edu