Sécheresse en Californie : plus intéressant que les cultures, la (re)vente de l’eau d’irrigation

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La sécheresse qui sévit sur la Californie, depuis maintenant plus de 4 ans, conduit à des situations qui dépassent l’entendement, tout en mettant en exergue l’inadéquation locale entre l’agriculture et l’environnement.

La Californie est dans sa quatrième année consécutive de sécheresse. La possibilité d’une super-sécheresse (décennale ou pluri-décennale [1]) se fait de plus en plus présente, et augmente chaque jour en l’absence de pluie. Malgré les précipitations locales parfois importantes de cet hiver, les conditions d’approvisionnement en eau de la Californie se sont encore dégradées. Le niveau des réservoirs est terriblement faible, le manteau neigeux dans la région de la Sierra Nevada et le niveau des eaux souterraines sont proches de leurs plus bas historiques.

Le Jet Propulsion Laboratory de la NASA à Pasadena estime que l’Etat ne dispose que d’environ un an d’eau restant dans ses réservoirs [2]. Et l’eau souterraine est pompée si rapidement pour l’agriculture dans la Central Valley, que le sol dans certaines zones est en train de s’affaisser à un rythme de plus de 30 centimètres par an [3].

De façon surprenante, cette pénurie génère une nouvelle source de revenus pour les agriculteurs californiens. Dans la vallée de Sacramento, au nord-est de San Francisco, chaque agriculteur se voit attribuer un "droit à l’eau", correspondant à une certaine quantité d’eau qu’il peut utiliser pour irriguer ses champs, calculée en fonction de la taille de son exploitation, des types de cultures en place et des rendements.

La revente d’une partie de ce droit à l’eau est possible, et les agriculteurs en profitent. Leurs principaux clients sont l’Etat de Californie ou les villes telles que Los Angeles, qui luttent pour leur approvisionnement en eau. Les prix pratiqués sont exorbitants, de l’ordre de 700 $ par acre-pied d’eau. Un acre-pied est une unité de volume, qui correspond à 1233 m3. Or, les conditions climatiques locales ne permettent pas de cultiver sans irrigation. Les conséquences sont alors claires pour les agriculteurs : plutôt que de cultiver et d’irriguer sans garantie de récolte, la solution est de ne pas planter et de revendre l’eau qui aurait dû servir à irriguer les parcelles. Environ 20% des droits à l’eau ont été revendus de la sorte, garantissant un revenu conséquent aux agriculteurs sur les surfaces concernées.

Ces pratiques démontrent l’aberration que représente l’agriculture californienne : grenier du pays pour ce qui est des fruits et légumes, la région ne peut pas continuer à produire sans importer de l’eau, dans l’attente de nouvelles pluies. Les coûts que cela engendre ne permettent plus à l’agriculture d’être compétitive. Il est fortement possible que cela conduise à une relocalisation de la production agricole vers le centre des Etats-Unis dans les années à venir.

Pour en savoir plus, contacts :
- [1] Article - Megadrought - Wikipedia - http://en.wikipedia.org/wiki/Megadrought
- [2] Article - California has about one year of water stored. Will you ration now ? - Mars 2015 - The LA Times http://www.latimes.com/opinion/op-ed/la-oe-famiglietti-drought-california-20150313-story.html
- [3] Reportage - California Drought - John Roach - Juillet 2014 - NBC News - http://www.nbcnews.com/storyline/california-drought/californians-pump-groundwater-land-sinks-aquifers-shrink-n145466

Rédacteurs :
- Simon RITZ, simon.ritz@ambascience-usa.org ;