She Can Do It

, Partager

Si la hausse de l’entrepreneuriat féminin est une tendance (encore timide) que l’on peut observer dans bien des pays, les Etats-Unis font figure de pays pionnier dans ce domaine, grâce entre autres, à un environnement favorable et à la mobilité des ressources. Les actions de sensibilisation se multiplient pour encourager les femmes à entreprendre. A Boston, l’un des centres de l’innovation américain, SheStarts est l’une des initiatives engagées pour une meilleure égalité des genres.

Les femmes et le leadership

C’est un fait ; les femmes sont sous-représentées dans les positions de leadership à travers différents secteurs dans le monde [1]. Même si les actions de sensibilisation se multiplient, les faits sont têtus comme le montre l’étude « Global Women Entrepreneur Leaders Scorecard » menée par Dell en 2015 [2]. Les femmes ne représentent que :

  • 4,6% des CEO,
  • 21% des seniors managers,
  • 19,2% des membres de conseils.

Le constat est sans appel. Il faut, malgré tout, signaler une progression lente mais positive pour les femmes, comme le démontre cette courbe représentant le nombre de femme CEO entre 1995 et 2004 dans les 500 plus grosses entreprises publiques des USA [3]. Et des entreprises emblématiques sont dirigées par des femmes : citons entre autres choix possibles, Ginni Rometty, CEO d’IBM ou Mary T. Barra dirigeant General Motors.

PNG - 27.5 ko
Pourcentage de femme CEO d’après Fortune 500
Catalyst, PEW Research Center

Aux vues de ces chiffres encore peu encourageants, il serait compréhensible que les femmes souhaitent faire « bande à part » et s’organiser pour détruire le fameux « plafond de verre », éviter la frustration liée au genre ou tout simplement devenir les actrices principales et indépendantes de leurs propres carrières [4]. Mais alors, qu’en est-il de l’entreprenariat au féminin ?

Les femmes et l’entreprenariat

Le pourcentage des femmes entrepreneurs est bas, réellement bas. Pourtant ce chiffre est également en progression : le pourcentage de startups fondées par au moins une femme est passé de 9,5% en 2009 à 18% en 2014 [5], soit près du double en 6 ans.

PNG - 206.3 ko
Données pour les premiers tours de financement des sociétés suivies par CrunchBase
SST, d’après CrunchBase

Les experts du secteur, économistes ou observateurs académiques de l’entrepreneuriat, s’accordent à dire que ce potentiel sous-exploité est en passe de raviver la croissance économique. On pressent une augmentation allant jusqu’à 50% de startups fondées par au moins une femme dans les 5 prochaines années à venir [6]. Cette évolution et les exemples de réussites féminines à tous les niveaux devraient encourager les plus sceptiques et inspirer les femmes qui souhaitent faire le grand saut dans l’entreprenariat.
Pour les y aider, des organisations telles que SheStarts, à Boston, qui souhaitent changer la donne et cela le plus rapidement possible. Nous avons rencontré la fondatrice, Nancy Cremins.

Nancy, Liz et SheStarts

Nancy Cremins, avocate de la firme Gesmer Updegrove spécialisée dans le droit des petites entreprises et Liz 0’Donnell, ont créé SheStarts en 2014. Cette entreprise à but lucratif indépendante du Massachussetts donne aux femmes les clés de la réussite pour le lancement de leur startups. Les fondatrices cherchent à tout mettre en œuvre pour lutter contre les inégalités liées aux genres, dans l’entreprenariat notamment.
En effet, les fondatrices se sont investies d’une mission : « créer un monde où les entreprises dirigées par les femmes sont évaluées au même titre que celle dirigées par les hommes » car « les femmes qui lancent des compagnies sont très peu reconnues ou passent même inaperçues » . De ce fait, elles peuvent compter sur l’appui de la région et acceptent toutes contributions en terme de support financier ou d’expertises, que ce soit de la part d’hommes ou de femmes. SheStarts bénéficie également du soutien affirmé d’autres programmes de la ville de Boston tels que WeBos – lancé par le maire Martin J. Walsh l’année dernière [7] – ou MassChallenge – le plus important accélérateur de startups « early stage » au monde.

SheStarts, un déclic

Au quotidien, dans son métier d’avocat d’affaires, Nancy Cremins remarque que les femmes sont peu représentées dans le domaine de l’entreprenariat et que les complications auxquelles elles font face ne sont pas d’ordre juridique mais relèvent plutôt d’un problème de fond lié aux nombreuses barrières qu’il peut exister entre les femmes et leurs projets. De plus, parmi elles, beaucoup témoignent d’un sentiment d’isolement aggravé par un manque d’accès à l’information.
Un déclic s’opère et tout commence par l’organisation d’un événement informel rassemblant quelques dizaines de femmes d’entreprise afin de permettre à chacune de se sentir partie intégrante d’une communauté. L’évènement, qui permet aux participantes d’échanger en toute confiance sur leur quotidien sans avoir le sentiment d’être jugées, rencontre un franc succès. SheStarts est née.
Aux vues du succès de l’initiative, les fondatrices décident de lancer une campagne de financement participatif sur la plateforme Kickstarter [8], 60% de la somme désirée est atteinte en seulement une semaine. Au total ce sont 131 contributeurs qui ont soutenu SheStarts avec plus de 18,000$ récolté en 1 mois soit 3,000$ de plus que l’objectif initial [9].

SheSharts donne accès aux outils nécessaires au lancement d’un projet, à un soutien dans les différentes étapes de croissance d’une entreprise et l’accès à une communauté soudée. Cela se traduit notamment par l’organisation régulière d’événements pour promouvoir l’entreprenariat au féminin, rassembler des compagnies dirigées par des femmes, les conseiller ou même favoriser les échanges entre elles.

Parmi ces évènements le SheDemos [10] : ce rassemblement a donné l’occasion aux entreprises dirigées par des femmes de se rencontrer mais aussi de se présenter au public sous forme de workshop. Un jury a sélectionné 5 entreprises sur les 27 candidates, le public élisant la meilleure d’entre elles après une brève présentation (pitch) : l’entreprise META Search a gagné le grand prix du jury et Melanites a été élue entreprise favorite par l’audience avec le prix « fan favorite ».
Avis aux prochaines candidates, le prochain SheDemos aura lieu en Novembre 2016.

Les «  Office hours  », une constante des dispositifs d’accompagnement des entrepreneurs, donnent un rendez-vous mensuel aux femmes qui cherchent des réponses sur tous les sujets du domaine entrepreneurial ou qui ressentent un besoin de se confier sur leurs parcours. Grâce à ces rendez-vous de 30 minutes, elles prennent connaissance des multiples ressources disponibles pour la création et le lancement de leur entreprise. Autre mécanisme de dissémination de l’information, les «  101 event  » qui introduisent un sujet d’intérêt à l’ensemble de la communauté, comme le commerce inter-entreprises (B2B).

Women empowerment et levée de fonds

Parmi les différents obstacles sur le chemin des femmes entrepreneurs, celui du financement à fait couler le plus d’encre. En effet, s’il est difficile pour tout le monde de lever des fonds, cet exercice semble encore plus compliqué au féminin. Seulement 3% des investissements des capitaux risqueurs vont aux entreprises gérées par des femmes. Nancy fait, à ce sujet, une analyse accablante : « Les gens ont une tendance générale à faire confiance aux personnes qui leur ressemblent. La plupart des capitaux risqueurs sont des hommes blancs. Il est donc tout naturel d’avoir un faible taux d’investissement dans les entreprises gérées par les femmes. Il faut casser ce cercle vicieux. Heureusement, l’arrivée des minorités dans ce milieu, la prise de consicence générale et nos actions bousculent le modèle traditionnel ».

Avec SheStarts, Nancy affirme apporter son aide à la sphère entrepreneuriale en général. Il est vrai que selon une étude de Babson College, « les compagnies ayant des femmes à des postes de direction bénéficient le plus souvent d’une valorisation plus élevée au premier et au dernier tours de financement (respectivement 64% de plus et 49% de plus) ». Aussi, il n’y a aucun doute sur la valeur ajoutée de l’action. L’organisation d’évènements tels les SheDemos contribue donc aussi à faire connaitre les nouvelles pépites auprès des financiers, pour qui elles représentent autant d’opportunités d’investissements.

Et après ?

Après SheStarts : SheGrows. Un programme adapté au compagnie qui souhaitent accroitre leurs capacités. En effet, il apparaît que parmi les entreprises gérées par des femmes, très peu connaissent une phase d’expansion. De fait, SheGrows aspire à les guider dans leur phase de croissance pour celles qui sont désireuses de voir leur business évoluer.

A l’image des évènements organisés par SheStarts, il existe de nombreuses autres initiatives aux Etats-Unis pour les femmes, comme c’est le cas pour le Angels Bootcamp qui a pour but d’aider les femmes à devenir des Angels investors ou Hera Labs élu meilleur accélérateur pour startup dirigées par des femmes par Forbes en 2015 [11].

Conclusion

Même s’il y a encore beaucoup à faire, ces nombreuses initiatives montrent que les mentalités continuent d’évoluer. C’est heureux au vu du poids économique et du potentiel de développement qu’apportent ces entreprises. En effet pour la seule ville de Boston ce sont quelques 18,000 entreprises qui sont dirigées par les femmes. Celles-ci emploient un peu plus de 26,000 personnes et contribuent à hauteur de 7,6 milliards de dollars dans le PIB de la ville de Boston [12].

Alors mesdames, qu’attendez-vous ?

Pour aller plus loin

Plusieurs évènements organisés par SheStarts sont à venir ;

Le 27 Avril et 25 Mai auront lieu des petit-déjeuner réseautage
Le 10 Mai aura lieu la Nuit de l’Entrepreneur

Prochain Office Hours, le 16 Mai entre 10 et 12h à WeWork So. Station, 745 Atlantic Ave., Boston

Autre :

Le 6 Mai prochain se tiendra le Capital W : The Boston Women Venture Capital Summit. Cet événement est le rassemblement à ne pas manquer pour les investisseurs, entrepreneurs et toutes personnes intéressées dans le capital risque pour les femmes. (Workshop/pitch/networking) info.

La ville de Boston a produit un rapport sur le statut des femmes et des jeunes filles pour l’année 2015 à consulter ici.


Rédacteurs :
- Anne-Cécile Peras, anne-cecile.peras@ambascience-usa.org
- Jean-Jacques Yarmoff, Attaché pour la Science et la Technologie, Consulat Général de France à Boston, attache-inno@ambascience-usa.org