Signature d’une déclaration conjointe en matière de patrimoine maritime entre la France et les Etats-Unis

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John Armor, directeur du bureau en charge des sanctuaires marins de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) et Michel L’Hour, Conservateur Général du Patrimoine et Directeur du Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-marines du Ministère de la Culture (DRASSM) ont signé une déclaration conjointe le 18 janvier 2017 à Mount Vernon en Virginie. Cette déclaration formalise la solide coopération existante entre les équipes scientifiques françaises et américaines, établie à la faveur du riche patrimoine culturel subaquatique commun et de l’actualité importante issue des découvertes d’épaves engageant l’histoire conjointe de nos deux pays.

Le patrimoine maritime au cœur de l’histoire franco-américaine

L’histoire franco-américaine est pour l’archéologie marine particulièrement riche. En effet, l’histoire coloniale de l’Amérique puis l’indépendance des Etats-Unis ont impliqué une flotte française importante au large des côtes américaines et dans les Grands Lacs. Marqueur de l’implication des pays européens dans le trafic des esclaves, on retrouve aujourd’hui des épaves le long des routes maritimes du commerce triangulaire. Emblématique de l’influence des forces navales françaises lors de la guerre d’indépendance des Etats-Unis en 1781 à la Bataille de Yorktown, la flotte menée par le comte de Rochambeau, jouera un rôle déterminant dans la victoire des insurgés américains face aux Britanniques. Plus tard et à l’inverse, c’est l’engagement des Etats-Unis lors des deux guerres mondiales du vingtième siècle qui a donné lieu à des naufrages le long des côtes européennes et plus particulièrement dans les eaux territoriales françaises.

Depuis plus de 30 ans, les équipes d’archéologues américains et français ont notamment pu coopérer pour la recherche et l’exploration des épaves du CSS Alabama, de La Belle, du Griffon et du Bonhomme Richard. Ces différentes épaves apportent un éclairage inédit sur des périodes clés et constituent un patrimoine commun précieux de l’histoire franco-américaine où la coopération étroite entre la France et les Etats-Unis est vivement recherchée.

Le Titanic et l’escadre de Jean Ribault : des épaves qui ravivent le besoin de coopération franco-américaine

Au premier semestre 2016, les archéologues américains spécialistes des épaves historiques ont alerté les autorités françaises de deux dossiers : la dispersion d’une collection d’objets du Titanic et la possible découverte des mythiques épaves de la flotte menée par Jean Ribault au 16e siècle.

L’épave du Titanic, qui a sombré en 1912, a été découverte en 1985 par une équipe francobritannique. Les fouilles ont ensuite été réalisées en coopération avec l’IFREMER au profit d’une société américaine qui a obtenu la propriété de la collection d’objets récupérés dans l’épave, à la condition que cette collection ne soit ni vendue ni dispersée mais utilisée dans des expositions. Cette société ayant fait faillite, les liquidateurs s’apprêteraient à vendre la collection de 1800 objets, dont le lot identifié comme « French Titanic artifact collection ».

En mai dernier, au large de Cap Canaveral en Floride, Robert « Bobby » Pritchett, un chasseur d’épaves, découvre des restes archéologiques dont trois lourds canons de bronze sertis de fleur de lys, une ancre de grande taille et des munitions. Il s’agit très probablement d’éléments de la flotte de navires du capitaine Jean Ribault envoyée en 1565 par Charles IX. Le naufrage de cette flotte et l’échec de la mission de Jean Ribault mettra fin à au projet d’une Floride française. Dès lors, la possible découverte des vestiges de cette flotte représente une découverte archéologique majeure : l’intérêt scientifique et historique du site serait colossal tant pour l’histoire européenne qu’américaine. Protégée par le droit international affirmant la souveraineté imprescriptible des Etats sur les épaves de leurs navires militaires, la France aura à donner son accord pour que soit menées des missions d’exploration archéologiques sur les épaves de l’escadre de Jean Ribault.

Ces deux dossiers illustrent la forte volonté des archéologues de part et d’autre de l’Atlantique de travailler ensemble sur des projets communs. S’inspirant alors d’un document similaire signé avec l’Espagne, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), administration américaine en charge, entre autres, des questions d’archéologie marine a indiqué sa volonté de signer un texte pour promouvoir la collaboration franco-américaine et avec comme objective de protéger les sites du patrimoine maritime présent dans les eaux territoriales de nos deux pays.

Une déclaration d’intention pour protéger le patrimoine maritime

Une déclaration d’intention commune, juridiquement non-contraignante, a été établie entre les Etats-Unis et la France, afin de faciliter et d’améliorer les programmes d’étude du patrimoine maritime commun des deux pays. L’identification, la protection, la gestion et la préservation des ressources et sites de ce patrimoine sont les priorités de ce texte qui prévoit de faciliter les échanges entre les différents partenaires français et américains. Des points de contact seront nommés pour coordonner les échanges et, pour chaque projet, un chef d’équipe sera nommé pour proposer les modalités de coopération.

Cette déclaration d’intention favorisera les échanges d’informations notamment via un partage de documents historiques issus des archives disponibles dans chacun des pays. Elle prévoit aussi des études archéologiques conjointes sur les sites d’intérêt partagé et la réalisation de rapports communs. Enfin ce texte permet une gestion collaborative pour la préservation du patrimoine, le stockage et la conservation des objets. Ces coopérations peuvent donc prendre différentes formes : du partage de documents d’archives à la réalisation de fouilles communes en passant par l’alerte sur des interventions non autorisées.

Déclaration d’intention de coopération en matière de patrimoine maritime (Français)
Declaration of intent for cooperation on maritime heritage (English)

Cérémonie de signature à Mount Vernon lors de la troisième édition de FACT-O

Dans le cadre du programme « French-American Climate Talks on Ocean » (FACT-O), un atelier scientifique de deux jours sur les aires marines protégées et le patrimoine matrimoine a eu lieu à Mount Vernon les 18 et 19 janvier 2017. A cette occasion, une cérémonie de signature de la déclaration d’intention a eu lieu le 18 janvier, suivie d’une réception financée par le groupe Pernod Ricard. Patricia Ricard, présidente de l’Institut Océanographique Paul Ricard, partenaire de l’événement, a souligné l’importance de l’engagement des acteurs non-étatiques pour la protection des océans. James P. Delgado, un des meilleurs spécialistes de l’archéologie marine, aujourd’hui directeur du patrimoine maritime au bureau en charge des sanctuaires marins de la NOAA et qui a participé à plusieurs projets communs avec la France, a rappelé les liens profonds entre la France et les Etats-Unis : deux pays « connectés par la mer ». Il a salué l’excellente collaboration existant entre les équipes françaises et américaines en indiquant que plus de 4000 épaves se trouvent dans les sanctuaires marins aux Etats-Unis dont de nombreuses épaves françaises.
Pour la partie française, Michel l’Hour, Conservateur général du Patrimoine et Directeur du Département de Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines (DRASSM) du Ministère de la Culture et de la Communication, a signé la déclaration d’intention et a réaffirmé sa volonté de collaborer avec ses partenaires américains notamment sur la découverte de la flotte de Jean Ribault à proximité de Cap Canaveral. Du côté Américain, la déclaration a été signée par John Armor, directeur du bureau en charge des sanctuaires marins de la NOAA.

Perspective

La coopération entre la France et les Etats-Unis pour la protection du patrimoine maritime relève d’un double intérêt scientifique : pour l’archéologie il s’agit de sites qui recèlent des trésors pour la connaissance et la compréhension du passé, pour les biologistes ces sites sont des réserves uniques de biodiversité. Dès lors, la coopération Franco-américaine sur le patrimoine maritime, renforcée grâce à la signature de cette déclaration, participe de l’enjeu plus large de la protection des océans.