"Terres rares et humanum est" : les Etats-Unis inquiets de leur dépendance envers la Chine

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Au sein du débat mouvementé sur la politique énergétique, un argument fait consensus à travers l’échiquier politique américain : l’importance de réduire la dépendance à l’importation d’énergies fossiles. Parmi les solutions envisagées, le développement des énergies renouvelables domestiques s’impose progressivement, malgré l’échec de l’adoption d’une réglementation globale énergie-climat au Sénat. Mais l’inquiétude grandit ces derniers mois suite à la prise de conscience de problèmes d’approvisionnement en terres rares.

Les terres rares représentent un groupe de 17 éléments chimiques comme le néodyme, le samarium ou le terbium, indispensables à la fabrication de nombreux composants électroniques de pointe, en particulier dans le domaine de l’armement et des technologies "vertes". Par exemple, la fabrication d’éoliennes, de moteurs hybrides, ou même d’ampoules de basse consommation requiert des quantités significatives de terres rares. Ces dernières sont relativement abondantes dans la couche terrestre, mais les gisements sont souvent difficilement exploitables, d’où leur nom. Avec environ 1/3 des réserves connues, la Chine représente pourtant près de 97% de la production mondiale, soit 120.000 tonnes en 2009. Les Etats-Unis possèdent eux-aussi d’importantes réserves de terres rares, environ 15% de la ressource mondiale. Mais, bien qu’auto-suffisants il y a 10 ans, les Etats-Unis sont aujourd’hui totalement dépendants, et importent la quasi-totalité de leurs besoins en terres rares de Chine.

Les réductions drastiques d’exportations de terres rares décidées cette année par la Chine, la flambée des cours qui en a résulté, ainsi que le récent embargo chinois contre le Japon sont autant de facteurs qui ont conduit le Congrès américain à emboîter le pas du gouvernement et à s’inquiéter de la dépendance des Etats-Unis dans ses approvisionnements en terres rares. "Il s’agit clairement d’une position intenable pour les Etats-Unis", a déclaré Bart Gordon (démocrate de l’état du Tennessee), président démissionnaire de la commission Science et Technologie de la Chambre des Représentants. " […] il serait insensé de laisser notre défense et notre économie entre les mains de la Chine, ou d’espérer qu’elle choisira un marché global ouvert et équitable pour les terres rares".

Après l’élaboration du texte par sa commission "science et technologie" la semaine dernière, la Chambre des Représentants a adopté mardi 29 septembre en séance plénière le "Rare Earth and Critical Materials Revitalization Act" (loi de relance du secteur des terres rares). Cette loi permettra au DoE ("Department of Energy") de conduire et de financer un programme de recherche et développement afin de maîtriser à terme l’ensemble de la filière de production des terres rares. En outre, il est prévu d’étendre le champ d’application des garanties de prêts du DoE, initialement prévues pour aider des projets innovants en matière de réduction des gaz à effets de serre, à l’industrie des terres rares.

Le Sénat envisage une loi similaire, en reprenant les garanties de prêts pour le secteur des terres rares. Elle entend aussi créer sous l’autorité du DoI ("Department of Interior") une "task force" interministérielle, chargée de superviser et d’assister les agences fédérales sur la question de la production des terres rares. Il est aussi prévu de réaliser une évaluation de la vulnérabilité de la chaîne d’approvisionnement en terres rares.

Si les projets de loi prévoient d’encourager la recherche et le développement sur le cycle entier de production des terres rares, il s’agit en priorité de relancer et de soutenir l’extraction de minerai américain face à l’ultra-compétitif minerai chinois. Avec l’appui du gouvernement, le redémarrage de la mine de Mountain Pass, la plus grande mine non-chinoise de terres rares au monde, par Molycorp Inc., pourrait permettre d’extraire du minerai à grande échelle d’ici 2012. Cependant, la mise en marche d’une filière de transformation du minerai serait plus longue, entre 5 et 15 ans, notamment à cause des investissements importants nécessaires pour développer la technologie pour concurrencer la filière chinoise. De plus, de nombreux obstacles sérieux s’opposent au redémarrage d’une filière domestique de terres rares, comme l’impact environnemental important des activités, bien moins compatible avec les réglementations états-uniennes que chinoises. Mais les autorités américaines semblent être décidées à privilégier les considérations stratégiques à celles économiques. Après tout, l’avenir de la filière des technologies "vertes" est sans doute à ce prix.

Source :


- BE Etats-Unis 208. "Quand des éléments manquent à la pelle", (21/05/2010), Vincent Reillon - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/63405.htm
- Rapport du GAO, Rare Earth Materials in the Defense Supply Chain, (01/04/2010) - http://www.gao.gov/new.items/d10617r.pdf (army)
- House approves rare earth, algae biofuel bills, (30/09/2010), Katie Howell, E&E daily (par abonnement) - http://www.eenews.net/EEDaily/2010/09/30/6/

Pour en savoir plus, contacts :


- BE Chine 75. "La Chine accroît sa mainmise sur les métaux rares, bridant l’essor des énergies vertes", (16/09/2009), Zoé Lombard & Xu Wenjing - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/60481.htm
- The Battle over Rare Earth Metals, (12/01/2010), Jack Lifton, Journal of Energy Security - http://www.ensec.org/index.php?option=com_content&view=article&id=228:the-battle-over-rare-earth-metals&catid=102:issuecontent&Itemid=355
- US sitting on a Mother Lode of Rare Tech-Crucial Minerals, (08/03/2010), Jeremy Hsu, TechNewsDaily - http://www.technewsdaily.com/us-sitting-on-mother-lode-of-rare-tech-crucial-minerals-0281/
Code brève
ADIT : 64638

Rédacteur :

Gabriel Marty, deputy-envt.mst@ambafrance-us.org ;
Marc Magaud, attache-envt.mst@ambafrance-us.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….