Tests prénatals non-invasifs : état des lieux

, Partager

Dans de nombreux pays, l’analyse du sérum maternel et l’imagerie par ultrasons (échographie) sont utilisés en routine afin de détecter des aneuploïdies (nombre anormal de chromosomes) chez le foetus au cours du suivi de grossesse durant le premier et/ou le second trimestre. Néanmoins, ces deux types de méthodes présentent un taux de faux positifs élevé (entre 2% et 7% [1]) et un taux de détection souvent inférieur à 90% [2].

Si ces méthodes permettent d’informer un risque élevé d’aneuploïdie, des méthodes invasives telles que l’amniocentèse (prélèvement de liquide amniotique) et la choriocentèse (prélèvement de villosités choriales sur le placenta) restent recommandées lorsqu’il s’agit de poser un diagnostic final. La première est généralement proposée lors de la 14ème semaine de grossesse au plus tôt [3], quand la seconde est généralement effectuée entre la 10ème et la 12ème semaine [4]. Cependant, ces interventions restent mal vécues en pratique du fait d’un inconfort physique et du risque accru de fausse couche induit (1 à 2% [5]). De plus, l’écrasante majorité des résultats produits se révèlent négatifs du fait de la rareté des anomalies chromosomiques constatées, conduisant à 98,6% de tests potentiellement évitables (en cas d’utilisation d’une méthode non invasive au préalable afin de guider le diagnostic). [6]

Un changement de paradigme

Ces dernières années, une nouvelle méthode a fait son apparition, bouleversant le paradigme relatif au test génétique prénatal (NIPT), et offrant ainsi une option intermédiaire entre l’analyse de sérum et les techniques invasives. Elles consistent en l’analyse de l’ADN fœtal circulant (cffDNA) présent dans le sang maternel. Le NIPT se révèle être à la fois plus précis et moins producteur de faux-positifs que l’analyse de sérum, sans pour autant aujourd’hui être considéré comme une méthode diagnostique recommandée. Pourtant, le cffDNA est détectable dans le sang maternel à partir de la 5ème semaine de grossesse, bien que la fiabilité des résultats soit meilleure à partir de la 10ème semaine, du fait d’une augmentation croissante des concentrations avec le temps.

A l’heure actuelle, les tests prénatals non invasifs ont été validés uniquement chez les femmes à risque élevé d’aneuploïdie fœtale. D’après l’American Congress of Obstetricians, ces facteurs de risques sont variés, allant d’un âge supérieur à 35 ans à des historiques d’anomalies constatées lors de grossesses antérieures, en passant par des résultats inquiétants obtenus selon d’autres méthodes (échographie, analyse de sérum). [7]

Des percées technologiques sous-jacentes

Les progrès technologiques considérables réalisés dans le champ du séquençage génétique à haut débit ces dernières années ont rendu l’analyse génétique accessible et réalisable en clinique, que ce soit du point de vue du coût associé comme de la rapidité des expérimentations à effectuer. Les tests prénatals se sont ainsi développés de part la progression de deux types de technologies en particulier : le séquençage du génome complet (whole genome sequencing) et le séquençage ciblé, ou en panel, permettant spécifiquement d’analyser certaines régions d’intérêt dans la séquence génétique d’un patient.

Plus encore, ces percées technologiques ont permis, au delà de la détection d’un nombre de chromosomes anormal (de type trisomie par exemple), de porter la capacité d’analyse au niveau sous-chromosomal et ainsi de déceler des variations extrêmement locales sur une région particulière d’un chromosome. En effet, ces technologies, en tant qu’elles reposent sur le séquençage en parallèle de millions de fragments, ont rendu possibles l’identification et surtout la quantification de modifications de la quantité d’ADN fœtal avec une précision jusque-là inaccessible, permettant de détecter les potentiels excès ou défauts d’ADN sur une zone spécifique de tout chromosome fœtal (à travers une cartographie quantitative du matériel génétique amplifié). [8]

Commercialisation et diffusion

La diffusion rapide de l’utilisation des tests prénatals non invasifs impacte considérablement la pratique obstétrique. En effet, depuis leur introduction sur le marché, la pratique des méthodes invasives a chuté, dans une proportion évaluée jusqu’à 50% dans certains centres médicaux, bien que cela soit largement inégal. [9] En volume, il est intéressant de noter que le marché est passées de 234 000 tests en 2012 à une estimation de plus de 1,7 millions de tests attendus en 2016. [10]

Cette inflation est d’autant plus remarquable que le marché est très jeune, porté par quatre concurrents majeurs, tous californiens. En effet, aux Etats-Unis, le premier test disponible (MaterniT21Plus) a été développé par la société Sequenom (San Diego, CA), et commercialisé fin 2011. Depuis, Verinata (une filiale d’Illumina basée à Redwood City, CA) a lancé verifi, tandis qu’Ariosa Diagnostics (San Jose, CA) proposait The Harmony et que Natera (San Carlos, CA) offrait Panorama.

Ces tests sont aujourd’hui très proches et couvrent sensiblement les mêmes indications, décrites plus bas.

Des progressions attendues

Le transfert de ces tests vers la pratique clinique s’est effectué de manière croissante en seulement quelques années. Aujourd’hui, les indications concernent l’identification d’aneuploïdies sur les chromosomes 13, 16, 18, 21, 22, X et Y, couvrant la détection de syndromes tels que celui de Down (trisomie 21), d’Edward (trisomie 18), de Patau (trisomie 13) de Turner (monosomie X) ou de Klinefelter (XXY), ou encore celle d’anomalies sous-chromosomiques de types microdélétions (1p, 5p, 15q, 22q, 11q, 8q et 4p). Il est attendu par ailleurs que d’autres microaltérations soient identifiées dans le futur, avec autant d’applications à couvrir pour les industriels du secteur. [11]

En effet, la recherche est en constante progression dans le domaine et de nouvelles applications sont imaginables dans un futur proche. Les pistes les plus prometteuses concernent aujourd’hui l’utilisation du cffDNA afin de caractériser des anomalies sur gène unique (ou mendéliennes), le séquençage de génome complet du foetus en routine (non recommandé à l’heure actuelle), ou encore dans le suivi approfondi du développement foetal. Notons par ailleurs que les cffDNA présentent un potentiel intéressant, actuellement investigué en recherche, sur des pathologies non liées à la grossesse, notamment en oncologie (détection présymptomatique de cancers, suivi de l’évolution de tumeurs), ou encore sur des maladies immunologiques ou métaboliques (diabète par exemple). [12]


Rédacteur :
- Hocine Lourdani, Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, San Francisco, hocine.lourdani@ambascience-usa.org ;
- Retrouvez l’actualité en Californie du Nord sur http://sf.france-science.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org