The American AI Initiative : les principaux points du décret présidentiel

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Donald Trump a signé le 11 février 2019 un nouveau décret définissant la stratégie américaine en matière d’intelligence artificielle (IA) : The American AI Initiative. Les objectifs de cette stratégie nationale en IA, défendue par le Conseiller adjoint du Président pour la technologie, Michael Kratsios, sont multiples : ouvrir les données et modèles fédéraux aux chercheurs pour favoriser l’innovation, améliorer la qualité et l’accès aux systèmes d’IA fédéraux, et allouer des ressources aux secteurs de recherche clés (calcul haute performance, cloud computing) et aux applications de l’IA. Derrière la publication de ce décret, intitulé « Maintien du leadership américain en intelligence artificielle », se cache bien évidemment la peur de la concurrence chinoise, à laquelle Donald Trump comme le Congrès américain sont particulièrement sensibles. Le Président chinois a en effet annoncé un investissement de 150 milliards de dollars sur dix ans dans le domaine de l’intelligence artificielle, affichant clairement sa volonté de surpasser technologiquement Washington d’ici à 2030.

Dans ce nouveau décret, on retrouve en filigrane les priorités clés de l’administration Trump en matière de R&D, exposées pour la première fois en août 2017 dans un mémo du Bureau exécutif du Président : supériorité technologique et militaire, sécurité et prospérité économique. Le gouvernement fédéral indique ainsi vouloir « veiller à ce que les progrès de l’intelligence artificielle demeurent nourris par l’ingéniosité américaine, reflètent les valeurs américaines et soient appliqués dans l’intérêt du peuple américain », citant notamment le potentiel de l’intelligence artificielle pour appuyer les travailleurs, diagnostiquer des maladies et améliorer la sécurité nationale.

Le décret invite les agences et départements fédéraux à élaborer et mettre en œuvre leurs propres plans d’action, autour de 6 piliers définis dans le décret :

  1. Investir dans la recherche et le développement. Les organismes fédéraux devront orienter en priorité leur budget R&D vers l’IA, et notamment vers des innovations de pointe avec des applications directes pour le peuple américain.
  2. Ouvrir les ressources fédérales. Les organismes fédéraux devront rendre plus accessibles leurs modèles, données et ressources informatiques, dans le respect de la protection de la vie privée, afin de favoriser la confiance du public et l’innovation de la part des chercheurs, experts et industriels.
  3. Établir des normes régulant l’IA. Les organismes fédéraux établiront des lignes directrices pour le développement et l’utilisation des systèmes d’IA par types d’industrie, qui viendront orienter les efforts de régulation afin de favoriser la confiance et la sécurité. Le National Institute of Standards and Technology (NIST) est chargé d’établir des normes techniques pour garantir la sécurité, la robustesse, la fiabilité et l’interopérabilité des systèmes d’IA.
  4. Former la main d’œuvre de l’IA. Les organismes fédéraux devront donner la priorité aux programmes de bourses et de formations aidant les étudiants et travailleurs américains à développer des compétences relatives à l’IA, à l’informatique et aux autres disciplines scientifiques (STEM).
  5. S’engager à l’international et protéger l’avantage américain en matière d’IA. Le gouvernement Trump souhaite soutenir la recherche en IA au niveau international, principalement pour assurer sa conformité avec les intérêts américains, et soutenir l’entrée des entreprises américaines de l’IA sur les marchés étrangers. Les organismes fédéraux devront établir un plan d’action pour mieux protéger l’avantage technologique américain face aux concurrents stratégiques et adversaires étrangers.

L’initiative prévoit plusieurs mesures consensuelles et saluées – meilleur accès aux données fédérales, soutien financier à la recherche en IA, amélioration des infrastructures numériques, formation de la main d’œuvre – que l’on retrouve par ailleurs dans la stratégie nationale en IA de la France, présentée par le Président Macron lors de la conférence AI for Humanity en mars 2018.

Néanmoins, et contrairement à la stratégie française qui prévoit de consacrer 1.5 milliards d’euros au développement de l’IA sur 5 ans, le décret américain ne mentionne pas d’investissements chiffrés. Sans financement supplémentaire pour la recherche, la formation et les infrastructures, les conséquences pratiques du décret risquent d’être limitées. De façon générale, l’administration Trump met en avant la stratégie du « cut and invest  » : identifier les secteurs prioritaires et y réallouer les ressources de manière efficace, en définançant les programmes obsolètes. Cette stratégie se trouve notamment au cœur des efforts de transformation numérique de l’administration Trump.

Le décret précise que l’American AI Initiative sera supervisée par une Commission spéciale sur l’intelligence artificielle établie au sein du National Science and Technology Council – conseil dont le poste de directeur exécutif est resté vacant depuis l’investiture du Président Trump. Les mécanismes de coordination inter-agences ne sont pas prévus par le texte. Le département de la Défense a toutefois annoncé être déjà en train de travailler à son propre plan déclinant le décret.


Rédactrice
- Clémentine Désigaud, Attachée adjointe pour la Science et la Technologie, Washington DC, deputy-ntics@ambascience-usa.org