Troisième réunion du National Space Council le 18 juin et première réunion de son comité consultatif le 19 juin

, Partager

Ouverture de la troisième réunion du National Space Council par le président Donald Trump

La troisième réunion du National Space Council s’est tenue le 18 juin à la Maison Blanche sous la présidence du vice-président Mike Pence. Le secrétaire d’Etat au Commerce Wilbur Ross et la secrétaire d’Etat au Transport Elaine Chao participaient à cette réunion.

Le président Donald Trump est intervenu une vingtaine de minutes en ouverture de session. Après quelques déclarations liminaires sur l’état de l’économie américaine et sur l’immigration, le président a souligné l’importance du domaine spatial en matière de création d’emploi et de fierté nationale, mais aussi dans le domaine de la Défense. C’est dans ce contexte qu’il a demandé à la Défense de mettre en place une Space Force .

Le président est également revenu sur la promulgation de la Space Policy Directive 1 , effective depuis le 11 décembre 2017, un texte qui modifie le libellé du document U.S. National Space Policy, publié par l’administration Obama en 2010, avec en particulier l’introduction d’une étape lunaire dans l’ambition d’exploration habitée de l’espace (“Lead an innovative and sustainable program of exploration with commercial and international partners to enable human expansion across the solar system and to bring back to Earth new knowledge and opportunities. Beginning with missions beyond low-Earth orbit, the United States will lead the return of humans to the Moon for long-term exploration and utilization, followed by human missions to Mars and other destinations”).

Après avoir affirmé sa détermination de maintenir et renforcer la suprématie américaine dans l’espace, et indiqué vouloir soutenir les ambitions spatiales du secteur privé américain, notamment en modernisant un corpus réglementaire estimé par trop obsolète, le président Donald Trump a signé la Space Policy Directive 3 (SPD 3), un texte qui précise un ensemble de lignes directrices destinées à permettre aux Etats-Unis d’occuper la place de leader dans le domaine de la gestion du trafic spatial et d’atténuer l’impact des débris spatiaux.

Etat d’avancement de la Space Policy Directive 1

L’administrateur de la NASA Jim Bridenstine, nommé fin avril et participant de ce fait pour la première fois à une réunion de cette instance, a présenté un état d’avancement de la nouvelle ambition lunaire américaine, l’objectif étant un retour durable de l’être humain autour de la lune et à sa surface, en soulignant que la nouvelle architecture à mettre en place s’appuyait pleinement à la fois sur les évolutions technologiques récentes et sur le potentiel désormais offert par le secteur privé :

  • La NASA avait mis sur la table une proposition de cession au secteur privé de la station spatiale internationale en 2025, la NASA en devenant un utilisateur, étant entendu qu’il ne devrait pas y avoir d’interruption des opérations du fait de changement de portage.
  • Le programme Commercial Lunar Payload Services (CLPS) ouvrait la possibilité au secteur privé de proposer des alunisseurs destinés à embarquer des charges utiles scientifiques. Plus qu’une simple compétition sur les coûts, cette démarche devait favoriser une compétition sur l’innovation avec l’acceptation de risques plus élevés que ne l’aurait permis un programme piloté par l’agence (possibilité d’échecs).
  • Le Lunar Orbital Platform-Gateway (LOP-G) devait permettre une présence autour de la lune et un accès facilité à sa surface. Cette infrastructure durable et pleinement réutilisable pour des destinations d’exploration plus lointaines, témoignerait également de la réaffirmation du leadership mondial des Etats-Unis avec un rôle majeur du secteur privé.

Echange sur le thème « Science et Exploration »

Louise Prockter, directrice du Lunar and Planetary Institute à Houston (Texas), a insisté sur l’apport majeur des missions robotiques dans l’avancement de la science, soulignant qu’en parallèle ces missions exerçaient un rôle d’inspiration pour la jeunesse et de stimulation pour l’innovation technologique, non sans retombées économiques. L’université en était un acteur important.

Steve Squyres, professeur de sciences physique à université d’Ithaca (New York), tout en se présentant comme une personne passionnée de robotique (« I’m a robot guy » a fortement insisté sur la complémentarité entre les missions robotiques et humaines, l’être humain étant du reste bien plus efficace. La lune constituait à la fois un objectif scientifique en soi et une étape idéale pour la validation de concepts et technologies pour une exploration plus lointaine. Sur ce point, il convenait dès aujourd’hui de tenir compte des missions d’exploration au-delà de notre satellite naturel pour le déploiement des projets lunaires. Notant que les projets d’exploration seraient onéreux, la coopération internationale et la forte implication du secteur privé était essentielle.

John Velliger, président directeur général de Techshot, a présenté les grandes lignes de ses activités spatiales, avec notamment ses expériences en matière de production de tissus vivants (bio-imprimante), susceptibles de connaître des applications sur Terre et les séjours spatiaux de longue durée. L’accès à l’espace et la collaboration avec les astronautes en mission était essentielle pour la poursuite de ses activités, dont les applications pouvaient concerner des domaines aussi variés que la pharmacie ou la défense.

L’administrateur de la NASA a conclu la discussion, appuyée par Louise Prockter, en défendant le point de vue qu’il ne fallait pas opposer les sciences de la Terre et les sciences de l’Univers, ces dernières nous permettant également de comprendre notre planète et les spécificités qui permettent à la vie de s’y épanouir.

Echange sur le thème « Accélération de l’exploration du système solaire »

Les trois astronautes invités à s’exprimer sur ce sujet (cf. infra) ont unanimement :

  • appelé de leur vœux une forte implication du secteur privé et des partenaires étrangers ;
  • souligné l’impact important de l’exploration sur la jeunesse, de nature à favoriser les nouvelles générations à embrasser des activités scientifiques.

Eileen Collins s’est réjoui que les Etats-Unis disposaient d’une stratégie d’exploration, insistant sur le fait qu’il était nécessaire de surveiller l’évolution des coûts et de tirer toutes les leçons des erreurs du passé. Les Etats-Unis devaient en tout premier lieu restaurer leur capacité à envoyer des astronautes dans l’espace. La lune constituait une étape permettant la validation de technologies telles que l’atterrissage sur un corps céleste, la sécurité des personnes exposées aux radiations, les équipements de puissance et de propulsion ou les équipements de soutien à la vie. Le tourisme spatial ne manquerait pas d’ouvrir de nouveaux horizons en lien avec la présence de l’être humain dans l’espace.

Terry Virts s’est interrogé sur la pertinence du projet d’avant-poste ci-lunaire LOP-G dans la stratégie portée par la NASA, y voyant une étape ralentissant l’objectif d’exploration en augmentant les coûts globaux. Il était en outre nécessaire que le plan d’exploration soit soutenu au Congrès par les deux partis.

Scott Parazynski a suggéré que la détermination des objectifs d’exploration planétaire s’appuie sur un plan établi selon la méthodologie développée par les études scientifiques décennales (Decadal Survey des académies nationales des sciences), la NASA ayant ensuite pour mandat de traduire ces objectifs en projets concrets.

Interrogé par le secrétaire d’Etat au Commerce Wilbur Ross sur ce qui pouvait être fait au niveau fédéral pour faciliter les partenariats avec le secteur privé, les astronautes ont plaidé pour un allègement des procédures de passation de contrat (« laisser le secteur privé innover ») et pour le soutien aux actions innovantes audacieuses et leur développement en cas de succès.

En conclusion, l’administrateur de la NASA a défendu le point de vue selon lequel les budgets alloués au retour de l’être humain sur la lune préparaient les futures missions martiennes habitées et même en accélérait leur réalisation.

Première réunion du Users’ Advisory Group (UAG) du National Space Council

L’UAG a tenu le 19 juin sa première réunion sous la présidence de Mike Pence.

Ce comité consultatif a été mis en place le 12 décembre 2017 afin de faire valoir l’expertise, les intérêts et les points de vue des organisations aérospatiales non fédérales auprès du National Space Council. Il est constitué d’une trentaine de personnalités :

  • représentants des acteurs privés, des entités non fédérales ou des groupes impliqués dans les activités aérospatiales
  • ou des personnes privées spécialistes du domaine (special governement employee).

Son mandat est d’aborder un large éventail de sujets, parmi lesquels l’impact des réglementations américaines et internationales, les priorités en termes de sécurité spatiale nationale pour le secteur civil et le secteur commercial, ainsi que pour l’exploration scientifique et humaine, ou la façon de renforcer le soutien aux priorités et au leadership des Etats-Unis dans l’espace.

Peu d’informations ont été publiées à l’issue de la réunion, si ce n’est la constitution de six sous-comités dédiés aux domaines suivants : (1) exploration and discovery, (2) national security space, (3) economic development and the industrial base, (4) technology and innovation, (5) outreach and education, et (6) space policy and international engagement. Les présidents de chacun des sous-comités ont été nommés, les membres devant l’être avant la fin du mois prochain.