UC Davis, une stratégie d’appui à l’entrepreneuriat ambitieuse

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Eléments de contexte

UC Davis est l’un des 10 campus de l’Université de Californie et sans doute l’un des plus notables, tant par la taille (environ 35 000 étudiants, près de 2000 enseignants-chercheurs [1]) que par la qualité et la diversité de sa recherche. Fondée en 1905, l’université est composée de quatre facultés (agriculture et environnement, biologie, ingénierie et lettres), elles-mêmes se déclinant en six écoles (éducation, droit, gestion, médecine, vétérinariat et infirmerie), ceci en faisant l’une des universités aux spécialités les plus diverses parmi le réseau universitaire public californien. La qualité de sa recherche est en particulier reconnue dans deux domaines : le vétérinariat pour lequel UC Davis est régulièrement citée comme la meilleure au monde, et les sciences de l’agriculture et de l’environnement où elle ne sort généralement pas du trio de tête mondial [2].

Son campus, localisé principalement à Davis près de Sacramento, présente l’avantage d’une grande superficie (plus de 20km2) et d’une localisation idéale pour ses domaines de spécialité du fait de la proximité de vastes terres agricoles (dont les vignes de la Napa Valley) et d’élevage. A moins de deux heures de route au sud se trouve la région de la Baie de San Francisco, avec ce qu’elle abrite d’universités prestigieuses (UC Berkeley, UCSF, Stanford notamment) et de puissance économique.

Consciente du retard de sa politique d’innovation et de création d’activité économique en comparaison avec ses proches voisins, mais stimulée par cet exemple, UC Davis a renforcé ces dernières années sa politique d’appui à l’entrepreneuriat et au transfert de technologie de manière ambitieuse, politique dont nous pouvons commencer à observer les premiers fruits.

Le TMCR et ses diverses initiatives

Le TMCR (Technology Management & Corporate Relations) est le département responsable de la politique d’innovation de l’université. Il est composé de trois initiatives [3] :

  • InnovationAccess dont le rôle est de travailler étroitement avec les chercheurs afin d’assurer la protection de la propriété intellectuelle aussi précocément que possible, et de les aider à envisager de potentielles applications commerciales. Au cours de l’année fiscale 2014-2015, 229 déclarations d’invention ont ainsi été déposées et 210 demandes de brevets ont été soumises [4]. InnovationAccess collabore ainsi avec des sociétés de tailles diverses à la recherche de technologies pertinentes pour leurs enjeux de développement.
  • L’OCR (Office of Corporate Relations) a pour but de bâtir des partenariats stratégiques avec le secteur privé, que ce soit au travers de la structuration de collaborations de recherche, des relations avec les étudiants du campus, la concession de licences de technologies ou encore l’éducation permanente des employés de diverses industries.
  • Mi-2013, afin d’accélérer les créations de startups issues de la recherche universitaire a été créé Venture Catalyst. L’ambition de cette structure est de guider les chercheurs présentant des velléités entrepreneuriales à travers le processus de création de leur entreprise, couvrant à la fois les problématiques administratives, de propriété intellectuelle ou de développement commercial. [5]

Venture Catalyst et au delà, l’accent sur l’entrepreneuriat

Afin de se donner les moyens de ses ambitions, Venture Catalyst a mis en place deux programmes visant à faciliter la création de sociétés.

Le premier est un programme de bourses baptisé Science Translation and Innovative Research (STAIR) [6]. L’objectif est de financer des projets de recherche translationnels afin d’obtenir les preuves de concept nécessaires à l’évaluation de la faisabilité technique et/ou du potentiel commercial d’une technologie aussi tôt que possible. Ce programme, dont l’appel à projets est annuel, a été lancé en mars 2015 et a pu financer cinq projets à hauteur de $50,000 chacun. Les lauréats ont de plus accès à divers équipements et mentors au sein de UC Davis afin d’accélérer leurs recherches. Le second appel à projets est actuellement en cours d’évaluation.

Le second programme, nommé START [7] et lancé dès 2014, entend fournir les éléments de base nécessaires à toute fondation de startup, de même que la constitution à terme d’un véritable écosystème efficace doté de ressources fournies, d’un réseau de mentors expérimentés et de transferts d’expériences entre chercheurs-entrepreneurs du campus. Parmi les services proposés, on peut citer la possibilité de surseoir aux coûts relatifs aux dépôts de brevets (Inventor Advantage Program), la mise en place de la structure juridique (LegalNet), l’accès au réseau de mentors qualifiés (MentorNet), ou encore la mise en relation avec une variété de prestataires de services (VentureNet).

Mais le programme START ne s’arrête pas là et propose également l’initiative DRIVE (Distributed Research Incubation and Venture Engine) [8], visant à permettre aux sociétés issues de la recherche de UC Davis d’accéder à un réseau d’incubateurs orientés thématiquement, à la fois sur le campus et en dehors, afin de bénéficier de bureaux adéquats et abordables, ainsi que de services administratifs pertinents. Dans ce contexte, Venture Catalyst, en collaboration avec InnovationAccess et l’OCR, a lancé l’incubateur UC Davis-HM.CLAUSE en mai 2015 [9]. HM.CLAUSE étant un acteur important du monde agricole, le tropisme thématique sera orienté vers la biologie, les sciences de la vie et l’agriculture. Cette structure est la première d’un futur réseau d’incubateurs thématiques situés hors-campus, ambitionnant à la fois de couvrir la diversité thématique propre à UC Davis et de contribuer à stimuler l’activité économique de la région de Sacramento.

Plus récemment encore et toujours dans le même esprit, UC Davis a annoncé en février 2016 le lancement d’un nouvel incubateur en partenariat avec Area52 [10], une organisation à but non lucratif. Celui-ci sera donc le deuxième du réseau DRIVE en cours d’extension, et se focalisera sur plusieurs thématiques, à savoir les dispositifs médicaux, les technologies agricoles, les énergies alternatives, la robotique et l’aérospatial.

En conclusion

De l’aveu même du directeur du Venture Catalyst Zane Starkewolfe, l’heure et demi séparant Davis de la région de San Francisco représente une distance rédhibitoire pour nombre d’entrepreneurs et surtout d’investisseurs. C’est pourquoi UC Davis a choisi depuis plusieurs années de contribuer activement au développement d’un écosystème d’innovation indépendant, autonome et structuré dans la région de Sacramento. Ces diverses initiatives tentent de combler l’ensemble des fossés connus des processus de translation de la recherche académique vers le secteur privé, au travers d’initiatives ambitieuses et complémentaires. En l’espace de quelques années, le nombre de startups créées a fortement augmenté (de 2 en 2011-2012, à 13 et 14 respectivement en 2013-2014 et 2014-2015 [11]), les inventions sortent des labos et le réseau de mentors se structure. Cette volonté d’indépendance géographique et structurelle n’empêche évidemment pas l’université de tirer parti des importants bénéfices à appartenir au réseau University of California et des interactions avec les autres campus. Un avenir prometteur semble se dessiner pour UC Davis dans le transfert de technologies et l’innovation.


Rédacteur :
- Hocine Lourdani, Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, San Francisco, hocine.lourdani@ambascience-usa.org ;
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