Un brevet d’œil bionique témoigne de l’intérêt de Google pour le transhumanisme.

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L’invention d’Andrew Jason Conrad vise à corriger le processus musculaire naturel d’accommodation de l’œil, qui lui permet de former une image nette sur la rétine. Andrew Jason Conrad [1], qui est à la tête de Verily (anciennement Google Life Sciences), n’en est pas à son coup d’essai dans la recherche d’augmentation de l’homme par la technologie et la quête de longévité. Il a notamment fondé l’Institut Californien de la Santé et de la Longévité (California Health and Longevity Institute) ainsi que l’Institut National de Génétique (National Genetics Insitute). Il a également servi comme Chief Scientific Officer pour la société LabCorp, l’un des plus gros laboratoires d’analyses médicales au monde et pionnier dans l’analyse génomique.

L’œil humain et ses différentes parties organiques (cornée, cristallin, l’humeur vitrée), contrôlés notamment par les muscles ciliaires, fonctionnent comme une lentille de caméra permettant à une image de se former au niveau de la rétine. La flexibilité du cristallin est primordiale si l’on veut avoir une image nette de près ou de loin. Certains troubles acquis, congénitaux ou liés à l’âge viennent perturber ce processus d’accommodation de l’œil, qui aujourd’hui sont rectifiés par l’utilisation de lentilles de contact ou de lunettes. L’idée révolutionnaire de Google, protégée par ce nouveau brevet, est de proposer une lentille intelligente et dynamique capable de s’adapter et corriger les troubles de l’accommodation (presbyties, myopies) [2].

Cette technologie est composée de plusieurs éléments [3] :

- Un capteur permettant de mesurer les forces d’accommodation appliquées au cristallin :

Ce capteur serait constitué d’un polymère flexible et déformable en contact avec le cristallin couplant ainsi les forces d’accommodation appliquées à ce dernier et celles appliquées sur la lentille. Ces mesures (déformation, pression, stress, courbure) sont essentielles pour permettre à la lentille électronique de rectifier un cristallin défectueux.

- Une lentille électronique positionnée dans un polymère biocompatible injecté dans le cristallin :

Cette lentille électronique (cf figure ci-dessous) serait constituée d’un cristal liquide disposé entre deux conducteurs transparents. En appliquant un voltage particulier à ces conducteurs, l’indice de réfraction du liquide peut-être contrôlé. Le but est de modifier artificiellement la distance focale du cristallin afin que l’objet vu par l’œil se forme sur la rétine résultant en une image nette perçue par le cerveau.

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Schéma de la lentille électronique
INTRA-OCULAR DEVICE – US PATENT – Pub No : US 2016/0113760 A1

- Un contrôleur qui après réception des informations renvoyées par le capteur est capable par le biais de stimuli électriques de contrôler la lentille électronique.

Google présente ici une méthode invasive pour corriger des défauts de la vision tels que la presbytie ou la myopie. Le Dr Conrad décrit les différentes étapes nécessaires à l’installation d’un tel dispositif médical qui, par la nature de l’invention, nécessite une intervention chirurgicale :

  1. Injection d’un polymère dans le cristallin
  2. Installation et positionnement de la lentille dans ce polymère
  3. Solidification du polymère afin de coupler les forces d’accommodation à celles de la lentille
  4. Mesure des forces d’accommodation
  5. Correction des forces en modifiant l’indice de réfraction de la lentille

Bien que cette invention présente une alternative à l’utilisation de lentilles classiques (qui doivent être changées régulièrement pour s’adapter à l’évolution de l’œil), la méthode reste invasive et peut donc présenter un risque lié à l’opération chirurgicale ou un risque de rejet. Ce dispositif n’est qu’au stade de l’invention et devra passer par des tests cliniques pour pouvoir être commercialisé. Les premiers hommes disposant d’une vision bionique ne sont donc pas pour demain.

D’autres initiatives sont à l’œuvre autour de cette thématique. Google a par exemple noué un partenariat avec Novartis pour créer une lentille permettant de mesurer le taux de glucose de patients diabétiques. Nous pouvons également citer Sony qui a déposé un brevet sur une lentille pouvant prendre des photos et vidéos, ou encore Samsung et sa lentille à réalité augmentée [4].


Rédacteur :
- Etienne Bendjebbar, Service pour la Science et la Technologie, San Francisco, etienne.bendjebbar@ambascience-usa.org