Un débat sur la formation continue des chirurgiens : Qui est responsable ? Qui doit payer ?

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La semaine dernière s’est tenue la première conférence de l’Institut de Recherche du "Methodist Hospital", à Houston, concernant la formation continue des chirurgiens : "40 years in practice ?". Pendant trois jours, des personnalités impliquées dans les domaines de la chirurgie, de l’éducation chirurgicale ainsi que des personnalités du système de santé américain, ont engagé des débats et discussions autour des problèmes actuellement rencontrés par la profession, en particulier la formation continue au cours de la carrière.

Les techniques et pratiques de la chirurgie évoluent rapidement, en suivant le rythme de l’amélioration des technologies existantes et le développement de nouvelles technologies. A l’échelle d’une carrière, un chirurgien est ainsi amené à pratiquer de nouvelles méthodes chirurgicales très différentes de celles pour lesquelles il a reçu une formation intense et approfondie. Or, les formations sur ces nouvelles méthodes chirurgicales sont rares, très coûteuses et fortement conditionnées par les compagnies médicales fournissant les nouveaux appareillages. Afin d’améliorer la qualité des soins, il est donc nécessaire de mettre en place un système de formation continue qui permette à l’ensemble des chirurgiens de s’adapter à ces innovations avant la mise en pratique sur le patient.

La conférence a permis aux chirurgiens, industriels et politiciens de confronter leurs points de vue autour de tables-rondes et présentations, pour tenter de répondre aux questions suivantes : comment assurer la formation continue des chirurgiens tout au long de leur carrière ? Qui est responsable et qui doit payer ? Quelle forme doit-elle prendre ?

L’état actuel de la Formation Médicale Continue

Actuellement, plusieurs organismes aux Etats-Unis se sont mobilisés pour organiser des cours au sein de leurs établissements. En particulier, l’Institut de l’Hôpital Methodist pour la Technologie, l’Innovation et l’Education ("Methodist Institute for Technology, Innovation & Education", MITIE) à Houston, par ailleurs organisateur de la conférence, a été fondé dans ce but en 2007. Les cours proposés par ces organismes utilisent des équipements très sophistiqués, avec des outils de simulation interactive permettant au chirurgien de s’entrainer dans un environnement virtuel très proche des conditions réelles d’intervention. Le coût des cours est extrêmement élevé, et est actuellement pris en charge principalement par les compagnies médicales.


Deux salles du "Methodist Institute for Technology, Innovation and Education" au sein desquelles sont dispensés des cours pour les chirurgiens. "The Procedural Skills Lab"(en haut), "The Medical Presence Suite" (en bas).
Crédits : MITIE


Le Conseil d’Accréditation pour la Formation Médicale Continue ("Accreditation Council for Continuing Medical Education", ACCME) est une association américaine fondée en 1981 dans le but de créer un système national d’accréditation pour la formation continue des professionnels de la santé. Elle se base sur le volontariat et utilise un processus d’auto-régulation pour accréditer les établissements permettant cette formation. Sur la période 2007-2011, l’ACCME a perdu 7% de ses établissements accrédités, et ses ressources totales ont baissé de 15% avec une chute de la contribution commerciale de 39%.

Selon Marc L. Boom, président et directeur exécutif de l’Hôpital Methodist de Houston, ce sont à la fois les lois trop rigides et le coût important des infrastructures pour la formation continue qui freinent le développement de ce programme. Selon lui, il apparait nécessaire de réformer la législation du système de santé d’une part, et de faire appel aux collaborations et partenariats d’autre part.

La dualité industrie - systèmes de santé

La relation entre l’industrie et le système de santé a été discutée à plusieurs reprises. Celle-ci est en effet délicate car les objectifs des professionnels de la santé et des industriels ne sont pas les mêmes : les premiers recherchent la qualité et la performance des soins tandis que les seconds cherchent prioritairement à vendre leurs produits. Idéalement, l’éducation et la R&D devraient être indépendantes des ventes et du marché de l’industrie. En pratique, la collaboration entre les deux systèmes est inévitable et nécessaire, puisque l’industrie est le berceau des innovations technologiques qui sont ensuite intégrées dans les services de santé. Les industriels sont ainsi les mieux placés pour fournir l’enseignement adéquat relatif à leurs propres outils.

Pour ces raisons, la participation actuelle de l’industrie au coût de la formation continue est importante. Et plusieurs pensent que cette relation doit être acceptée, tout en étant gérée avec prudence pour éviter d’orienter la formation des chirurgiens sur les outils que l’entreprise aurait intérêt à promouvoir, plutôt que vers les outils les plus pertinents en termes d’amélioration de la qualité des soins.

Des alternatives éventuelles ont été discutées. En particulier, il est apparu plausible de faire appel aux assurances pour contribuer aux frais de formation continue. En effet, un chirurgien mieux formé et donc plus compétent coutera moins cher aux assurances en termes de couverture des erreurs professionnelles ; il en est de même d’un patient mieux soigné (en termes de couverture des soins médicaux). Par ailleurs, l’Etat pourrait être mis à contribution. En effet, plus la population américaine est en meilleure santé : moins les coûts de remboursement des frais de santé (via des programmes tels que ObamaCare par exemple) seront élevés. Il est à noter que les financements des hôpitaux par l’Etat sont tributaires des résultats de ces derniers, lesquels sont mesurés via divers critères tels que la durée de passage dans le service du patient, le taux de réadmission dans le service après traitement, etc.

Une mobilisation des chirurgiens d’abord

De façon générale, il est ressorti des discussions que tout le monde avait sa part de responsabilité dans la mise en place de la formation continue des chirurgiens : hôpitaux, médecins, industries, payeurs et organismes d’accréditation, car chacun y a son propre intérêt.

Cependant, afin d’initier des réformes efficaces et acceptées par le gouvernement, l’action doit émaner avant tout des chirurgiens eux-mêmes. En effet, les patients n’ont pas les connaissances suffisantes pour analyser l’organisation qui serait la mieux adaptée. Des décisions prises par les financiers pourraient avoir de lourdes conséquences car il leur manque l’expertise des métiers médicaux. La plate-forme idéale serait ainsi l’association porte-parole des chirurgiens : le Collège des Chirurgiens Américains ("American College of Surgeons", ACS). Cette association fondée il y a 100 ans a pour but d’améliorer la prise en charge des patients en chirurgie, en instaurant des normes exigeantes quant à la qualité de formation et d’entraînement des chirurgiens. Avec plus de 78.000 membres, dont plus de 4.000 issus de pays étrangers, c’est l’association de chirurgiens la plus importante au monde.

La conférence a donc conclu sur la nécessité, pour la communauté des chirurgiens, d’être force de propositions pour faire émerger les réformes nécessaires. Les collaborations et partenariats avec tous ceux qui sont convaincus que cet investissement sera positif devront être encouragés.

Sources :

Conférence "40 years in Practice ?", 29 février-1er mars 2013, Houston, The Methodist Hospital Research Institute, organisée par le MITIE : http://www.methodisthealth.com/40years

Pour en savoir plus, contacts :


- Page d’accueil du "Methodist Institute for Technology, Innovation & Education" (MITIE) : https://www.mitietexas.com/
- Page d’accueil du "Methodist Hospital Research Institute" : http://www.methodisthealth.com/tmhri
- Page d’accueil du "American College of Surgeons" (ACS) : http://www.facs.org/
- Page d’accueil du "Royal College of Surgeons in UK" : http://www.rcseng.ac.uk/
- Page d’accueil du "Royal College of Surgeons in Ireland (RCSI)" : http://www.rcsi.ie/
- Page d’accueil du "Accreditation Council for Continuing Medical Education" (ACCME) : http://www.accme.org/
- Programme de recherche pour l’amélioration de la qualité des soins de chirurgie, "Wisconsin Surgical Outcomes Research Program", School of Medicine and public health : http://www.surgery.wisc.edu/research/
Code brève
ADIT : 72471

Rédacteurs :


- Catherine Marais, Attaché scientifique adjoint, deputy-phys.mst@consulfrance-houston.org
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….