Un jeune chercheur citoyen du monde numérique

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Le cursus universitaire d’un jeune chercheur peut s’étendre sur 3 continents dans des établissements d’excellence. A cela deux conditions, rencontrer les bonnes personnes et savoir saisir les occasions en y mettant le travail nécessaire. Nous revenons sur le parcours universitaire de Leonardo Bautista Gomez commencé à l’Université Pierre et Marie Curie de Paris [1] et actuellement chercheur post-doctorant au Laboratoire National d’Argonne [2] près de Chicago dans l’Illinois.

MD : Leonardo Bautista pouvez vous retracer les principales étapes de votre cursus depuis votre lycée jusqu’à ce jour ?

LB
 : J’ai commencé à apprendre le français quand j’étais en école primaire, alors que j’habitais à Bogota en Colombie. Mon père avait choisi une école suisse, appelée "Refous", qui était connue pour son niveau en mathématiques. Quand j’ai déménagé à Managua au Nicaragua, ma mère a choisi le Lycée franco-nicaraguayen Victor-Hugo [3], membre du réseau de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger [4]. J’ai donc commencé à prendre des cours intensifs de français pour me mettre au niveau des autres élèves du lycée. Après avoir obtenu le baccalauréat, j’ai dit à Gilbert Tournier, le directeur du Lycée, que je voulais candidater à une université en France. Il m’a aidé à préparer mon dossier et m’a expliqué comment rédiger ma lettre de motivation.

Ma candidature a été acceptée et j’ai commencé mes études a l’Université Pierre et Marie Curie à Paris. Je n’avais pas de bourse, donc mes parent m’ont aidé autant qu’ils le pouvaient et j’ai commencé a travailler en parallèle de mes études, dès ma deuxième année en France. Après avoir terminé ma Licence en Informatique j’ai commencé un Master en Systèmes et Applications Distribuées. Pendant ma première année de Master j’ai eu l’opportunité de faire un stage d’été à l’Institut National d’Informatique de Tokyo [5], une expérience que j’ai beaucoup aimée. J’ai donc décidé de chercher un stage de fin de Master à Tokyo.

Après beaucoup de recherches, j’ai réussi à trouver un stage en collaboration entre la France (INRIA [6]) et le Japon (Institut de Technologie Tokyo [7]), et j’ai fait mon stage de fin de Master au Japon. A la fin du stage, mon encadrant, le Professeur Satoshi Matsuoka, m’a proposé de faire un doctorat dans son laboratoire [8] à Tokyo Tech, sur la tolérance aux pannes dans les super-calculateurs (Fast Checkpointing for Exascale Supercomputers) avec une bourse de la Société Japonaise pour la Promotion des Sciences [9]. Quand j’ai soutenu ma thèse trois ans plus tard, j’avais plusieurs offres de post-doc, dont une au Laboratoire National d’Argonne (ANL) aux Etats-Unis, un prestigieux laboratoire avec une forte présence dans le domaine du calcul de très haute performance. J’ai décidé d’accepter cette offre et j’ai commencé mon post-doc à ANL, où je continue à travailler aujourd’hui dans l’équipe de Franck Cappello [10].

MD : Louis Pasteur, un des grands scientifiques français, aimait dire que la chance ne sourit qu’aux esprits préparés. Pouvez vous revenir sur deux moments clés de votre cursus que ce soit dans les rencontres des personnes ou dans vos travaux scientifiques ?

LB
 : Il est difficile de mentionner seulement deux moments clés de mon cursus, j’ai été aidé par beaucoup de personnes pendant mon parcours. Mais la phrase de Louis Pasteur me rappelle quelques situations pendant lesquelles je pense que "la chance m’a souri" et qui ont marqué un tournant important dans ma carrière. La première est liée à mon Master : quand j’ai postulé pour faire un Master après la Licence, il fallait choisir trois options de spécialisation parmi cinq options offertes. J’avais choisi Réseaux et Sécurité en première option mais j’ai finalement été admis en Systèmes et Applications Distribuées. J’étais déçu au début mais quelques mois après j’ai suivi un cours en sécurité et je n’ai pas trouvé cela à mon goût. Le Master en Systèmes Distribués m’a permis par la suite de travailler avec des super-calculateurs et aujourd’hui je suis très content de travailler dans un domaine qui touche presque à tous les autres domaines scientifiques, puisqu’ils utilisent des ordinateurs parallèles pour étudier leurs problèmes et simuler leur modèles.

La deuxième anecdote est quand j’ai choisi mon sujet de recherche. J’étais dans un café et je discutais des options de stage au Japon avec mon futur encadrant. Pendant la discussion, on m’a proposé deux sujets de recherche : la tolérance aux pannes à grande échelle (Distributed Diskless Checkpoint for Large Scale Systems) ou bien les modèles de programmation à grande échelle. Personnellement, je trouvais les deux sujets très attirants et je n’en trouvais pas un particulièrement plus intéressant que l’autre. Après un peu de discussion on m’a demandé quel sujet m’intéressait le plus. Je ne voulais pas avoir l’air dubitatif devant mon interlocuteur, alors en l’espace d’une milliseconde j’ai lancé une pièce "imaginaire" dans l’air et j’ai dit "Tolérance aux pannes". Aujourd’hui je continue à penser que les deux sujets sont très intéressants, mais ce qui est important est que cette décision, prise de façon presque aléatoire, a eu des conséquences très importantes dans ma carrière. En particulier, c’est à partir de ce sujet de recherche que l’on a décidé par la suite l’université dans laquelle j’allais faire mon stage au Japon et le professeur qui allait superviser ma thèse de doctorat. Je me suis retrouvé quelques mois après dans l’une des équipes de pointe dans le domaine des super-calculateurs.

MD : Le monde s’ouvre à vous. Je ne vais pas vous demander quelle sera votre prochaine étape mais plutôt quelles seraient 3 étapes suivantes qui vous intéresseraient beaucoup.

LB
 : J’aimerais un jour pouvoir contribuer scientifiquement à un projet lié à l’exploration de l’espace et à la recherche de vie sur d’autres planètes. Il y a peu de pays qui possèdent les ressources nécessaires pour financer des projets d’une telle amplitude et il faut être très bon pour travailler sur ce genre de projets.

Je suis intéressé aussi par des projets de collaboration internationale. Pendant ma thèse j’ai eu la chance de travailler dans un projet soutenu par le G8 [11], avec des équipes scientifiques venant de plusieurs pays et c’était une expérience très enrichissante. Je continue à travailler sur plusieurs projets de collaboration internationale aujourd’hui et j’aimerais continuer à participer à ces projets dans le futur.

Finalement, j’aimerais, d’une façon ou d’une autre aider au développement de la science et de l’éducation dans les pays de l’Amérique latine. Je pense qu’il y a un énorme potentiel dans ces pays dont la population est jeune et dynamique, un potentiel qui devrait être exploité pour le développement industriel et économique de ces pays. Cela aurait aussi un impact important dans la communauté scientifique internationale.

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] UPMC Paris 6 http://www.upmc.fr
- [2] ANL http://www.anl.gov
- [3] Lycée franco-nicaraguayen Victor-Hugo http://www.lvh.edu.ni/liceo/liceofr.html
- [4] AEFE http://www.aefe.fr
- [5] NII http://www.nii.ac.jp/
- [6] INRIA http://www.inria.fr
- [7] TITech http://www.titech.ac.jp
- [8] Laboratoire Matsuoka http://matsu-http://www.is.titech.ac.jp/
- [9] JSPS http://www.jsps.go.jp/
- [10] Franck Cappello https://www.lri.fr/~fci/
- [11] Projet "Enabling Climate Simulations at extreme scale" https://wiki.engr.illinois.edu/display/G8/
Code brève
ADIT : 74819

Rédacteurs :


- Marc Daumas (attache-it@ambascience-usa.org) ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org ;
- Suivre le secteur Nouvelles Technologie de l’Information, Communication, Sécurité sur twitter @MST_USA_NTICS.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….