Un premier pas vers le séquençage du génome de l’homme de Néandertal

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L’ADN fossilisé, retrouvé sur un fémur datant d’environ 38.000 ans pourrait aboutir à l’identification du premier génome du plus proche parent de l’homme moderne : l’homme de Néandertal. En effet, cet ossement, qui a pu être conservé à l’abri de toute contamination dans un musée de Zagreb, en Croatie, a permis au chercheur de glaner de précieuses informations génétiques qui pourraient nous apprendre plus sur nos origines.
En 2004, Edward Rubin, Directeur du département de génétique au "Lawrence Berkeley National Laboratory" a contacté le paléogénéticien Svante Pääbo du "Max Planck Institute" de Leipzig en Allemagne. Ils ont décidé, alors de mettre en commun les échantillons d’ADN afin de mener deux études en parallèle.
Les techniques utilisées pour amplifier l’ADN ont été différentes selon les laboratoires. Rubin et son équipe ont choisi d’utiliser un modèle bactérien pour amplifier l’ADN fossile. Le groupe de Pääbo a décidé de fixer les fragments d’ADN sur de petites billes et d’amplifier chaque fragment par la suite. Par ailleurs, les deux groupes ont utilisé la même méthode de séquençage, "le pyrosequencing", pour décrypter le contenu génétique.
A partir de ces deux techniques, Rubin et Pääbo ont pu identifier respectivement 65.000 et un million de bases qu’ils ont ensuite analysé. Comme pressenti, le génome de l’homme de Néandertal ressemble très fortement au génome humain (99,5% d’homologie contre 99% pour le chimpanzé). Les scientifiques ont également tenté de calculer la date de la divergence entre les races de l’homme moderne et l’homme de Néandertal. Pääbo estime que cet événement a eu lieu, il y a 516.000 ans (465.000- 569.000). L’amplitude calculée par le groupe de Rubin est beaucoup plus large, (du fait d’un séquençage plus court), entre 468.000 et 1.105.000 ans. Cependant, les chercheurs estiment que leurs données sont significatives. Ces valeurs, de l’ordre de 500.000 ans, sont à mettre en parallèle avec les 5 à 6 millions d’années mesurées pour la différentiation de la lignée Homme-Chimpanzé (ancêtre vivant le plus proche de l’Homme).

La question de l’héritage de l’homme de Néandertal s’est posée aux scientifiques. Que s’est-il passé lorsque les hommes modernes ont migré vers l’Europe et ont rencontré l’homme de Néandertal, il y a 30.000 à 40.000 ans ? Rubin et Pääbo n’ont pas trouvé de preuve de ces croisements mais ne les excluent pas.
Bruce Lahn, généticien de l’Université de Chicago a publié un article dans PNAS dans lequel il a analysé les origines du gène microcéphaline suspecté d’être impliqué dans le développement du cerveau. Les variants de ce gène sont présents depuis 37.000 ans et se sont largement répandus dans le monde (70% de la population). Apparemment, un type, l’haplogroupe D, a été favorisé par sélection naturelle. Dans cet article, ce gène a été analysé chez 89 personnes des quatre coins du monde. La diversité de ce gène est telle que les chercheurs estiment que ces variants ont été crées depuis un million d’années alors que ce gène est apparu il y a seulement 37.000 ans dans le génome de l’homme moderne. Ces données contradictoires nécessitent donc d’être éclaircies.
Ces travaux publiés à la fois dans Nature et Science restent cependant assez préliminaires puisque uniquement 1 million de bases ont été séquencées sur les 3,2 milliards que compte le génome de l’homme de Néandertal. Pääbo espère tout de même pouvoir publier une séquence quasi complète d’ici deux à trois ans. Ces données devraient permettre d’identifier ainsi que dater l’acquisition des gènes spécifiques qui ont abouti aux caractéristiques de l’homme moderne.

Source :


- http://sciencenow.sciencemag.org/cgi/content/full/2006/1115/1
- http://news.nationalgeographic.com/news/2006/11/061115-neanderthal-dna.html
- http://www.sciam.com/article.cfm?chanID=sa003&articleID=ECC43BE1-E7F2-99DF-39AD691683DE05AD
- http://sciencenow.sciencemag.org/cgi/content/full/2006/1106/1
- "Neandertal DNA rebuilt in laboratory", 16/11/2006, Express page 1
- "Sequencing and Analysis of Neanderthal Genomic DNA." Noonan J.P., Science (2006) 314(5802) pp1113-1118
- "Analysis of one million base pairs of Neanderthal DNA.", Green R.E., Nature (2006) 444(7117) pp330-336
- "Evidence that the adaptive allele of the brain size gene microcephalin introgressed into Homo sapiens from an archaic Homo lineage.", Evans P.D., PNAS, 7 nov. 2006, en cours d’impression

Pour en savoir plus, contacts :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Homme_de_N%C3%A9andertal
Code brève
ADIT : 40193

Rédacteur :

Brice Obadia deputy-sdv.mst@ambafrance-us.org
Hedi Haddada attache-sdv.mst@ambafrance-us.org
Sophia Gray assistant-sdv.mst@ambafrance-us.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….