Un rapport sur la science, la technologie et l’innovation à l’attention du futur président des Etats-Unis

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A la suite de l’élection présidentielle aux Etats-Unis, de grandes incertitudes existent quant à la politique scientifique de la future administration américaine. Un rapport publié le 14 septembre dernier soulignait le « rôle vital » du White House Office of Science and Technology Policy (OSTP, Bureau pour la Science et la Technologie auprès de la Maison Blanche). Ce document d’une vingtaine de pages établit une série de recommandations stratégiques à destination du prochain Président des Etats-Unis et de son futur Conseiller scientifique. Il identifie également des grands enjeux politiques de la science, la technologie et l’innovation (S&T) pour la prochaine administration à la Maison Blanche. Au vu des positions prises pendant sa campagne par le nouveau président, en particulier sur le changement climatique, il est à craindre que la politique des grandes agences fédérales fasse l’objet d’une remise en question.

Les recommandations de l’ancien Conseiller scientifique du Président Bill Clinton

Ce rapport est publié par l’Institut Baker pour les politiques publiques de l’Université Rice de Houston au Texas. Neil Lane, co-auteur du rapport, est professeur émérite de l’Université Rice et chercheur sur les politiques des sciences et technologies à l’Institut Baker. Jusqu’en 2001, ce physicien reconnu a occupé des postes de première importance pour l’élaboration des politiques de S&T aux Etats-Unis. En effet, de 1993 à 1998, il a été directeur de la National Science Foundation (NSF, Fondation nationale pour la science), la principale agence fédérale pour le financement de la recherche, et a ensuite été nommé Conseiller scientifique du Président Bill Clinton, devenant ainsi le directeur de l’OSTP (Office of Science and Technology Policy) de 1998 à 2001.

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Neil Lane - Baker Institute

Après les élections présidentielles du 8 novembre démarre une période cruciale de transition entre l’administration Obama et l’installation de la nouvelle administration en janvier. C’est donc en référence à cette période que l’ancien conseiller donne des recommandations, basées sur son expérience, sur la stratégie à adopter afin d’assurer à la prochaine présidence une composante science et technologie suffisamment puissante. Les 10 recommandations et 8 domaines de priorités ont aussi été construits grâce aux remarques et apports de plus de 60 relecteurs incluant aussi bien des membres de l’administration Obama, des agences fédérales ou du Congrès que des universitaires ou des représentants d’ONG.

La place centrale de l’OSTP

Le rapport insiste en premier lieu sur l’importance d’un organe clé pour déterminer la stratégie et les priorités nationales en Science et Technologie (S&T) : le White house Office of Science and Technology Policy (OSTP, composante de l’Executive Office of the President ; cet organe est celui qui se rapproche le plus d’un ministère de la Recherche. Avec un personnel composé notamment par des membres des grandes agences fédérales ainsi que par des experts scientifiques venant des universités, c’est le seul organe qui peut donner un avis sur la politique en science et technologie dépassant les différents intérêts et responsabilités des administrations fédérales traitant de S&T. Le travail de l’OSTP est donc primordial pour apporter l’expertise nécessaire à l’élaboration de la politique fédérale dans ce domaine et assurer un niveau d’innovation et de compétitivité au premier rang international.

Le rôle central de l’OSTP est notamment lié au statut de son directeur qui est également, depuis sa création en 1976, le Conseiller scientifique du Président (officiellement Assistant to the President for Science and Technology). Avec un accès direct au Président des Etats-Unis, il est la personne chargée de relayer des conseils impartiaux sur les enjeux des politiques scientifiques et technologiques et est présent dans toutes les institutions traitant spécifiquement de S&T à la Maison Blanche. En plus de sa qualité de directeur de l’OSTP, le Conseiller scientifique du Président occupe un rôle clé dans deux autres institutions fédérales : il co-préside le President’s Council of Advisors on Science and Technology (PCAST, Conseil Présidentiel des Conseillers de la Science et de la Technologie), un comité consultatif composé des grands responsables du secteur universitaire et de la recherche scientifique, ainsi que le National Science and Technology Conseil (NSTC, Conseil National de la Science et de la technologie ), un comité composé des responsables des administrations fédérales de science et technologie et chargé de leur bonne coordination.

10 recommandations stratégiques

Les recommandations du rapport se divisent en deux catégories, les premières sont adressées directement au nouveau Président des Etats-Unis :

  1. Choisir un Conseiller scientifique immédiatement après l’élection, et nommer cette personne à la tête de l’OSTP dès l’investiture selon le même calendrier que les membres du Cabinet présidentiel. Le Conseiller scientifique doit être suffisamment qualifié et reconnu au niveau national et avoir une bonne connaissance du fonctionnement fédéral et des différentes communautés des secteurs des S&T.
  2. Demander l’avis du Conseiller scientifique pour les nominations à tous les postes de l’administration liés aux politiques de S&T.
  3. S’assurer que l’OSTP possède les ressources et moyens nécessaires pour être efficace : en particulier en conservant sa position géographique proche de la Maison Blanche, en nommant 4 directeurs associés aux 4 départements de l’OSTP, en s’assurant que le Conseiller scientifique a accès aux réunions de cabinet du Président et aux autres entités traitant de S&T et en assurant un budget annuel conséquent.
  4. S’assurer de la diversité des nominations des membres du PCAST : permettre une diversité femme-homme ainsi qu’une bonne représentation des minorités et des personnes handicapées mais également s’assurer que ce comité représente toutes les communautés professionnelles des S&T aux Etats-Unis. Le PCAST doit pouvoir se réunir régulièrement et être chargé par le Président de mener des études sur les domaines que celui-ci considère importants.
  5. Renouveler le mandat du NSTC et faire élaborer une feuille de route publiée dans les 100 premiers jours du mandat, contenant les priorités et des objectifs mesurables pour les membres du NSTC, qui devront faire l’objet d’un suivi régulier.

Ensuite, les cinq autres recommandations s’adressent au prochain Conseiller scientifique du Président :

  1. En tant qu’Assistant du Président sur la Science et la Technologie, fournir des avis confidentiels et impartiaux au Président et alimenter en informations les autres Conseillers sans se mettre dans une position de défenseur des intérêts particuliers du secteur S&T.
  2. En tant que directeur de l’OSTP, élaborer un document stratégique en matière de politiques S&T au cours des 100 premiers jours du mandat et superviser un processus de planification des priorités et objectifs.
  3. Collaborer plus particulièrement avec l’Office of Management and Budget (OMB, en français Bureau de la gestion et du budget) pour s’assurer que le Budget Présidentiel soit cohérent avec les objectifs et priorités et sécurise notamment les budgets de recherche et développement.
  4. Être le représentant public du Président pour la science et la technologie, à l’échelle nationale et internationale en communiquant sur les choix présidentiels en matière de S&T et en représentant le Président dans les différentes réunions internationales afin d’y promouvoir une coopération efficace.
  5. S’assurer que l’OSTP dispose de l’expertise et des moyens suffisants, ainsi que développer ses relations avec les agences fédérales et les autres bureaux de la Maison Blanche.

8 domaines clés

Le rapport de l’Institut Baker souligne que les nombreux défis politiques existants ainsi que la plupart des crises imprévues nécessiteront un apport de la science pour expliquer les causes de ces phénomènes et que l’on devra s’appuyer sur les nouvelles technologies pour fournir des solutions innovantes dans ces domaines. Il est alors identifié 8 secteurs qui devraient attirer toute l’attention de l’OSTP :

  1. La recherche, la découverte et l’innovation. Elles doivent disposer d’investissements fédéraux durables, en particulier pour les tous premiers stades de la recherche et du développement. L’OSTP doit également assurer son rôle d’information, conseil et coordination sur les budgets alloués.
  2. L’intégrité et l’éthique scientifique. Elles sont primordiales pour assurer la confiance dans les preuves scientifiques qui sous-tendent les politiques publiques. L’OSTP doit s’assurer que les règles d’intégrité et d’éthique sont mises en place dans les agences fédérales et les institutions de recherche.
  3. La sécurité intérieure et la sécurité nationale. Dans ces domaines, la connaissance scientifique et les capacités technologiques sont primordiales pour assurer les objectifs de protection.
  4. L’enseignement et la formation en science, technologie, ingénierie et mathématiques (STEM). Alors que les performances des étudiants américains continuent d’être décevantes au niveau international (notamment les performances mesurées par le programme international PISA), développer un enseignement fort des sciences et promouvoir la formation d’une main d’œuvre très qualifiée dans ces domaines est capital.
  5. Énergie et environnement. Assurer les besoins en énergie des Etats-Unis et dans le monde tout en protégeant la santé, sans compromettre la protection des écosystèmes et en diminuant les impacts sur le changement climatique doit être la priorité numéro un du 21e siècle.
  6. Santé et médecine. Le maintien d’un haut niveau de santé nécessite des investissements durables dans les programmes de santé et dans la recherche. L’OSTP doit notamment être engagé dans la prédiction et la réponse internationale aux grandes épidémies.
  7. Sécurité alimentaire et eau. Avec l’augmentation de la population mondiale, les besoins en nourriture et eau au niveau international vont se développer d’une manière inédite du fait de l’urbanisation et des modifications de l’environnement. L’OSTP doit assurer un rôle de premier plan pour comprendre les enjeux scientifiques et techniques nécessaires.
  8. Exploration et science de l’espace. Les Etats-Unis étant les fers de lance de l’exploration spatiale, l’OSTP a un rôle important de coordination au niveau fédéral et doit se faire le relai notamment de la NASA qui en tant qu’agence indépendante n’est pas représentée au sein du Cabinet présidentiel.


Pour en savoir plus :

Sources :

Rédacteur :
Natan Leverrier, attaché adjoint pour la science et la technologie deputy-coop@ambascience-usa.org
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