Un vent mauvais souffle sur les parcs des Rocheuses

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Lors de sa 6ème réunion tenue à Lakewood (Colorado) le 1/6/2006, le Rocky Mountain National Park Initiative Workgoup a dressé un diagnostic alarmant à propos de la charge azotée enregistrée dans les eaux et les écosystèmes de ce parc situé au centre de l’Etat du Colorado et qui s’étend sur plus de 1100 km2 de forêts, de toundra et de lacs.
Selon les dernières estimations, l’imprégnation de la région du parc en nitrates et ammoniaque serait deux fois supérieure à la charge critique du milieu (capacité d’assimilation "naturelle") et équivalente à 15 à 20 fois le fond géochimique. L’azote en excès a de nombreux effets dommageables. Il favorise notamment les espèces végétales qui apprécient les milieux riches en nutriments (par exemple certaines espèces de diatomées d’eau douce), il rend les épicéas plus vulnérables aux parasites, à la sécheresse, au froid et peut produire les mêmes impacts que les pluies acides.
Trois sources majeures d’azote ont été identifiées : il s’agit, pour les NOx, du transport (45% de l’azote total) et de l’industrie (34%) ; et pour l’ammoniaque, de l’agriculture (10%). Dans les 20 dernières années, les sources industrielles du piémont des Rocheuses et du bassin des Grands Lacs et les sources agricoles du Midwest ont étendu leurs panaches jusqu’au parc, profitant d’un régime de vents convergents. Les composés azotés sont déposés dans le parc principalement sous forme de brume sèche.
Face à cette situation, les autorités du National Park Service (Département de l’Intérieur) appellent à des limites de 1,5 kilogrammes de dépôt par hectare et par an, contre un niveau actuel de 3 à 4 kg. Selon les projections effectuées, l’adoption progressive de meilleures technologies de combustion pourraient améliorer très sensiblement la situation, avec des émissions réduites de 50 à 75% à l’horizon 2030.
Le Rocky Mountain National Park n’est pas le seul à souffrir de la pollution atmosphérique. Dans le parc de Yellowstone, 4 des 6 paramètres suivis ont empiré dans les dernières années. L’ozone troposphérique, un oxydant très redouté des végétaux, a considérablement augmenté dans 2 parcs sur 3 au cours de la dernière décennie, sans que l’on sache vraiment si son origine est locale ou plus globale.

Source :


- E-news :
http://www.rockymountainnews.com/drmn/local/article/0,1299,DRMN_15_4741821,00.html
http://www.enn.com/today.html?id=10584
- Aperçus scientifiques des émissions, du dépôt et des effets des composés azotés dans le RMNP (National Park Service) : http://www.cdphe.state.co.us/ap/rmnp/RMNPBlett.pdf
- Les effets écologiques des composés azotés dans le RMNP : http://www.cdphe.state.co.us/ap/rmnp/rmnpbaron.pdf
- Evolution des émissions, propositions de réglementations : http://www.cdphe.state.co.us/ap/rmnp/RMNPwestar.pdf
- La qualité de l’air dans les parcs nationaux, état 2005 et tendances 1995-2004 : http://www2.nature.nps.gov/air/Pubs/pdf/gpra/Gpra2005_Report_03202006_Final.pdf
- Baron, J. S. et al, Nitrogen Emissions along the Colorado Front Range : Response to Population Growth, Land and Water Use Change, and Agriculture, in Ecosystems and Land Use Change, Geophysical Monograph Series, Volume 153, 2004, 117-128. - http://www.cfr.washington.edu/research.fme/wmi/GM01054CH09.pdf

Rédacteur :

Philippe Jamet, AST, Philippe.Jamet@diplomatie.gouv.fr

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….