Une deuxième affaire Erin Brockovich ?

, Partager

Les cinéphiles se souviennent d’Erin Brockovich, célèbre activiste environnementale, dont le combat contre l’entreprise Pacific Gas and Electric a été porté à l’écran par Steven Soderbergh en 2000. L’héroïne était incarnée par Julia Roberts. Le film retrace le bras de fer juridique entre Erin Brockovich et PG&E accusée d’avoir contaminé les eaux souterraines avec du chrome hexavalent (Cr6+). Celui-ci était utilisé comme agent anti-corrosion dans une tour de refroidissement d’une station de compression de gaz. Les eaux issues de cette tour étaient rejetées dans un bac de décantation et s’infiltraient dans le sous-sol. PG&E a tenté d’étouffer l’affaire en rachetant les propriétés concernées par cette pollution qui s’était accumulée pendant plus de 14 ans. La procédure judiciaire a débuté en 1993 et la société PG&E a été condamnée 3 ans plus tard à verser 333 millions de dollars en dommages et intérêts aux riverains et au cabinet d’avocats dans lequel Erin Brockovich était employée comme simple assistante juridique.

Célèbre pour avoir gagné son procès contre l’entreprise Pacific Gas&Electric, Erin Brockovich s’apprête à mener un nouveau combat contre Southern California Gas Company qui est actuellement confrontée à la plus grande fuite de gaz naturel de l’histoire industrielle, sur l’un des sites de stockage qu’elle gère à proximité de Los Angeles.

Cette fuite massive et ininterrompue de méthane dont la presse s’est largement faite l’écho [1] s’est produite le 23 octobre 2015 à proximité de la ville de Porter Ranch, sur une colline à 40 km au nord de Los Angeles (30 000 habitants). Ce site de stockage de gaz naturel baptisé Aliso Canyon alimente en gaz environ 21 millions de personnes.

Sur les 111 puits de stockage de gaz naturel du site, 48 avaient été forés avant 1953 à des fins de production pétrolière. En 1973, plusieurs puits, dont celui concerné par la fuite, avait été convertis en puits d’injection de gaz naturel pour constituer un stockage destiné à approvisionner en gaz la ville de Los Angeles.
L’ampleur de la fuite - 83 000 tonnes de méthane rejetées dans l’atmosphère à ce jour – et les risques associés, ont conduit à l’évacuation et la relocalisation de plus de 3000 foyers. De nombreuses personnes se sont plaintes de maux de tête, nausées ou vertiges. Le gouverneur de Californie Jerry Brown a décrété l’état d’urgence le 6 janvier. Outre les risques pour la santé, d’après l’ONG Environmental Defense Fund (EDF), cette fuite représente à ce jour l’équivalent de 7 millions de tonnes de CO2 rejetées dans l’atmosphère, correspondant à la consommation de 3 milliards de litres d’essence.

D’après cette ONG, l’absence de vanne de sécurité serait à l’origine de l’accident. La compagnie envisage de forer un puits en déviation pour réduire la pression dans le puits en éruption avant de le colmater définitivement ; cette opération pourrait durer encore plusieurs semaines. Dans l’intervalle, les autorités ont bloqué toute nouvelle opération d’injection de gaz sur le site d’Aliso Canyon.

Lors d’une réunion publique ayant rassemblé 500 personnes le 6 janvier, Erin Brockovich a invité les habitants de Porter Ranch à se préparer à un combat de longue haleine. Elle les a mis en garde contre les retombées de cette fuite qu’elle a comparée à la marée noire de la plateforme Deep Water Horizon de BP dans le golfe du Mexique (2010) ; dans ce cas, la défaillance d’une vanne de sécurité était également à l’origine de l’éruption.

Les images [2] du panache noir de gaz mêlé à des particules alimentent la colère des riverains ; ils peuvent compter sur la pugnacité d’Erin Brockovich qui sera d’autant plus grande qu’elle possède une maison située à Agoura Hills, à seulement 30 km du lieu de la catastrophe…


Rédacteurs :
- Pierre Michel, Attaché pour la Science et la Technologie, Ambassade de France aux Etats-Unis, Washington, DC, attache-envt@ambascience-usa.org