Une protéine du sang humain qui régule le processus de cicatrisation : opportunités

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C’est tout à fait par hasard que le "Interdisciplinary Life Sciences laboratory", basé à l’université Texas A&M, a découvert l’existence et le rôle de cette protéine du sang humain : la "Sérum Amyloïde P" (SAP). Le Pr. Richard Gomer et son équipe ont récemment démontré son implication dans le processus de cicatrisation et proposent déjà plusieurs applications prometteuses.

Le rôle des globules blancs n’est pas seulement d’attaquer et de tuer les infections. Il a été observé dans les années 1850s qu’ils étaient aussi capables de quitter le sang pour pénétrer dans les tissus afin d’aider leur guérison lorsque ceux-ci étaient endommagés. Lors de ce processus, les globules blancs se transforment en cellules plus grosses en forme de serpentin, que l’on appelle "fibrocytes". Ces fibrocytes constituent la matière qui remplit la plaie et aident la cicatrisation du tissu. Cependant les signaux dictant la transformation de ces globules blancs en fibrocytes n’étaient jusqu’à aujourd’hui pas connus.

Richard Gomer et son équipe ont récemment révélé l’influence de la SAP comme inhibateur de cette différentiation des globules blancs grâce à des photos prises au laboratoire (figure 1). Ces clichés montrent que les globules blancs se transforment en fibrocytes en l’absence de SAP tandis qu’ils gardent leur petite taille et leur forme sphérique initiales lorsqu’ils sont cultivés en présence de la protéine.


Figure 1. Certains globules blancs du sang humain se transforment en fibrocytes lorsque la protéine SAP est absente du milieu de culture (haut). Lorsque la protéine est présente dans le milieu de culture, les globules blancs gardent leur petite taille et leur forme sphérique (bas).
Crédits : Darrell Pilling et Richard Gomer


Cette découverte permet de nombreuses applications, pour lesquelles le laboratoire est prêt à développer des partenariats, en particulier avec la France.

Des pansements qui cicatrisent plus vite

La cicatrisation des plaies constitue un problème médical majeur : le marché courant mondial dans le domaine de la cicatrisation est d’environ 6 milliards d’euros. Certaines blessures en particulier, telles que les escarres, les ulcères veineux et les ulcères diabétiques sont très difficiles à guérir. Aux Etats-Unis par exemple, on compte environ 85.000 amputations par an du pied chez les diabétiques, suite à des ulcères qui ne guérissent pas.

Puisque les fibrocytes aident à former la cicatrisation des tissus, et puisque la protéine SAP inhibe la différenciation des fibrocytes, le laboratoire de Gomer a testé si la suppression de la SAP d’une blessure pouvait aider la guérison. L’hypothèse a été vérifiée avec succès avec la réalisation d’un nouveau pansement testé sur des animaux, qui améliore fortement la cicatrisation. Ce pansement est fait à base d’agarose (un polymère comestible à base d’algues), et d’une petite quantité de sels de calcium (CaCl2), lesquels permettent à l’agarose de se lier très fortement à la SAP. L’équipe a pu montrer que les blessures traitées avec ce nouveau pansement guérissent plus vite que les blessures traitées avec une variété de différents pansements commerciaux [1]. Des brevets ont été déposés (CE 1576368, US 7935682, Japon 4819364), et la technologie est actuellement disponible pour l’attribut d’une licence ou d’un partenariat.

Un traitement pour les maladies fibreuses

Les maladies dites fibreuses, ou fibroses, sont liées à un dysfonctionnement de certains organes, qui agissent comme si une partie de leurs tissus étaient endommagés alors que ceux-ci sont sains. Ces organes provoquent alors l’accumulation de fibrocytes pour guérir la maladie imaginaire. Un tissu cicatriciel se forme alors qui perturbe la structure et le fonctionnement des tissus. Il existe en tout 62 maladies dites fibreuses parmi lesquelles on peut citer la cirrhose du foie, l’insuffisance cardiaque, la maladie rénale en phase terminale ou encore la fibrose pulmonaire. Les maladies fibreuses sont responsables de 45% des décès aux Etats-Unis. Or, aucun traitement pour ces maladies n’a été approuvé par la FDA (Food and Drug Administration) à ce jour.

Cette fois, le raisonnement proposé par Richard Gomer et ses collègues est inverse : si l’on injecte la SAP, est-ce que celle-ci pourrait inhiber la formation de fibrocytes dans les tissus sains ? A leur grande surprise et joie, ils ont obtenu la guérison d’animaux atteints de fibrose pulmonaire en leur injectant la SAP [2]. Cette découverte a encouragé la création d’une start-up, Promedior [3].

Depuis le premier essai réussi, la méthode a démontré son efficacité pour 23 cas différents de diverses maladies fibreuses chez les animaux. Elle est actuellement en phase 1b et phase 2 des essais cliniques. La start-up Promedior a levé environ 71 millions de dollars auprès d’investisseurs parmi lesquels Morgenthaler, Health care Ventures, Polaris, Forbion, Easton Hunt, Fibrotec, et Shire. La participation supplémentaire d’investisseurs français serait très appréciée par le laboratoire.

Sources :

Entretien avec Richard Gomer, professeur et directeur du Gomer Lab, au Département de Biologie de la Texas A&M University.

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] Gomer et al., A serum amyloid P-binding hydrogel speeds healing of partial thickness wounds in pigs. Wound Repair and Regeneration, 17, 397-404, 2009
- [2] Pilling et al., Reduction of bleomycin-induced pulmonary fibrosis by serum amyloid P. Journal of Immunology, 179, 4035-4044, 2007
- [3] Site de la start-up Promedior : http://www.promedior.com
- Page personnelle du Professeur Richard Gomer : http://www.bio.tamu.edu/FACMENU/FACULTY/GomerR.php
- Page d’accueil du Gomer Laboratory : http://www.bio.tamu.edu/USERS/gomer/index.html
Code brève
ADIT : 71388

Rédacteurs :


- Catherine Marais, Attaché scientifique adjoint, deputy-phys.mst@consulfrance-houston.org
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….