Workshop franco-américain à Galveston sur les sargasses

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Le campus de Galveston de l’université Texas A&M (TAMUG) a accueilli, du 17 au 19 janvier 2018, le premier colloque franco-américain sur les sargasses. Cette algue, fréquemment trouvée dans l’océan Atlantique, est documentée depuis littéralement des siècles par les marins et navigateurs, Christophe Colomb lui-même ayant interprété sa présence comme un signe de son approche des côtes lors de sa traversée de l’Atlantique. Depuis plusieurs années, les sargasses sont devenues des nuisances alors qu’elles s’échouent en quantités massives sur les côtes de part et d’autre de l’Atlantique. En couvrant les plages sur des kilomètres et en dégageant rapidement une odeur très caractéristique, elles ont des impacts négatifs sur le tourisme de villes côtières telles que Galveston au Texas. En 2014, ce phénomène a pris une ampleur spectaculaire, en particulier dans les Antilles et la Guyane Française, menant le gouvernement français à lancer une initiative internationale sur les sargasses. Ainsi, lors du premier symposium de la Commission de la Mer des Caraïbes, en novembre 2015, la France est parvenue à intégrer la question des sargasses dans le programme de travail de la convention de Carthagène, un accord signé par 25 membres de l’ONU de la région des Caraïbes. Au niveau national, un rapport interministériel publié en juillet 2016 a formulé des recommandations concrètes pour la gestion de ce phénomène dans les départements et territoires d’outre-mer concernés.

C’est dans ce contexte que le Service pour la Science et la Technologie (SST) du consulat de France à Houston a œuvré pour un rapprochement entre les communautés scientifiques françaises et américaines travaillant sur les sargasses. Comment se forment les radeaux massifs de sargasses dans les zones tropicales et subtropicales de l’Atlantique ? Leur prolifération est-elle reliée à l’augmentation de température de surface des océans ? Quels impacts sur la biodiversité marine ? Comment exploiter au mieux les images satellites pour prévenir les populations des échouages massifs de sargasses ? Autant de questions auxquelles les chercheurs français et américains conviés au colloque tentent de répondre.

La rencontre a été organisée dans le cadre du programme FACT-O (French American Climate Talks on Ocean) mis en place il y a quelques années par le SST. FACT-O a pour objectif de coordonner les initiatives françaises et américaines sur des thématiques environnementales liées aux océans et de sensibiliser le grand public sur ces questions. Elle a rassemblé une trentaine de chercheurs, venus de France (Aix-Marseille Université Toulouse) et des Etats-Unis (Texas, Floride, Maryland, Mississippi).

La délégation française était emmenée par Frédéric Ménard, directeur du département OCEANS à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) qui coordonne les expéditions françaises maritimes pour l’étude des sargasses. Une grande diversité de profils scientifiques était présente : océanographes, biologistes marins, phycologues (spécialistes des algues), physiciens modélisateurs des courants océaniques, spécialistes de traitement d’image satellite… Des représentants de parcs naturels (Galveston State Park, Centre d’Activités Régional de Guadeloupe CAR-SPAW [1], City of South Padre Island) ainsi qu’un coordonnateur du Programme des Nations Unies pour l’environnement en Afrique de l’ouest étaient aussi présents afin d’échanger sur les différentes approches développées dans différentes régions du globe pour faire face aux échouages de sargasses. A ceux-ci se sont ajoutés des représentants d’organismes fédéraux américains comme la NASA et la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), dont les moyens scientifiques sont régulièrement mis à contribution par les chercheurs (observation satellitaire, navires de recherche).

Inauguré par la Conseillère scientifique de l’ambassade de France aux Etats-Unis, le Vice-président de l’université Texas A&M et ancien astronaute, colonel Michael Fossum, ainsi que le maire de Galveston, le colloque a fait l’objet de plusieurs couvertures médiatiques dans la presse (voir ci-dessous), démontrant le fort intérêt de la communauté locale pour la problématique des sargasses.

Plusieurs projets de collaboration ont émergé de ce colloque notamment autour de la génétique des populations de sargasses entre l’Institut Européen d’Océanologie (Aix-Marseille Université/IRD) et le Eckerd College en Floride ainsi que sur la modélisation des radeaux de sargasses à partir de données satellitaires (Aix-Marseille, Toulouse, University of South Forida, University of Maryland). Une demande de financement commune est prévue dans le cadre de l’appel à projets du Thomas Jefferson Fund. Afin d’assurer la poursuite de ces collaborations, les chercheurs ont convenu de se rencontrer à nouveau d’ici la fin de l’année 2018, probablement en France cette fois.

Pour en savoir plus :
http://www.houstonchronicle.com/neighborhood/galveston/article/French-American-scientists-gather-in-Galveston-12522003.php,
http://www.galvnews.com/news/image_9093567c-9665-5c22-a3d6-ea55c424a465.html,
https://www.houstonpublicmedia.org/articles/news/2018/01/22/262713/galveston-researchers-and-the-french-government-have-a-question-what-to-do-about-sargassum/,
http://www.guidrynews.com/story.aspx?id=1000088504

Notes

[1CAR-SPAW est le Centre d’Activités Régional destiné à la mise en œuvre du Protocole relatif aux zones et à la vie sauvage spécialement protégées de la zone Caraïbe (Specially Protected Areas and Wildlife en anglais - SPAW)