Y Combinator se lance dans les biotechs

, Partager

Y Combinator (YC), avec des anciens élèves prestigieux tels que AirBnB et Dropbox, se prépare à admettre des startups en biotechnologie pour sa prochaine cuvée [1]. L’accélérateur que l’on ne présente plus se prête ainsi à une expérience : déterminer si les entrepreneurs dans les biotechnologies peuvent, à l’image de ceux du Web, créer des startups agiles capables de développer des produits rapidement grâce aux conseils d’utilisateurs et d’investisseurs. Les fameux lauréats, tous entrepreneurs dans le domaine des sciences de la vie (aussi bien dans les dispositifs médicaux que les systèmes d’imagerie médicale), n’ont pour l’instant pas encore été annoncés [2]. Y Combinator a fait appel à Elizabeth Iorns, CEO de Science Exchange [3], chercheuse en cancérologie et ancienne lauréate du programme, pour participer à l’évaluation et devenir la porte parole de YC sur les sciences de la vie. Ce choix illustre la volonté de l’accélérateur de promouvoir les outils de recherche qui ont des applications médicales à long terme.


Crédits : ycombinator.com


Un changement de modèle

Comme les startups en biotechnologies ont besoin de plus de liquidité, l’incubateur va devoir revoir ses chiffres à la hausse : c’est donc de $120.000 en échange d’une participation de 7% dont il est maintenant question. Mais le changement ne se fait pas sans heurts : après avoir lancé plus de 600 startups depuis 2005, l’initiative de YC provoque beaucoup de scepticisme chez les spécialistes du secteur, notamment sur sa capacité réelle à porter des projets innovants. D’un autre coté, c’est le milieu des sciences de la vie qui déplore la mauvaise influence de la culture "tech" sur la prochaine génération de biologistes [4]. La revue Nature mettait notamment en doute le sérieux d’un ancien lauréat, The Immunity Project, qui proposait un vaccin contre le cancer [5]. D’autres initiatives comme le Lean Launchpad de Steve Blank sont elles mieux tolérées car moins en rupture avec l’existant [6].

Mais la boîte de Pandore est déjà ouverte : YC compte plusieurs anciens sérieux tels que Science Exchange (voir notre article précédent sur le sujet) [7] et Experiment.com (anciennement Microryza), une plate-forme de crowdfunding qui permet aux entrepreneurs en recherche biomédicale de lever des fonds de démarrage lorsqu’ils n’ont pas accès aux sources de financement établies. Outre la CEO de Science Exchange, le nouveau programme a su s’attirer les faveurs d’autres acteurs agiles du domaine comme Ethan Perlstein [8], pionnier du financement de la recherche en sciences de la vie en dehors des sentiers battus, et CEO de Perlstein Labs, un laboratoire privé de recherche sur les maladies rares, entièrement financé grâce aux réseaux sociaux.

Le pari sous-jacent de YC est que des sociétés en biotechnologie vont révolutionner le secteur, à l’image d’Amazon qui a pu le faire pour le web avec ses web services. Le secteur est en effet en train de traverser une révolution : on a vu l’émergence d’incubateurs tels que QB3 [9] proposer des paillasses et des espaces de travail très compétitifs pour $1000/mois. D’autres financements semblent également possibles comme l’ont prouvé les exemples tels que Perlstein Labs et ubiome [10]. Ainsi, il n’est plus nécessaire d’être titulaire d’un poste à l’université pour faire de la recherche. Dans un monde académique où la norme est que tout progrès se mesure en publications dans des revues à comité de lecture, on peut imaginer l’accueil sceptique des universitaires vis à vis de telles nouveautés. Mais le progrès peut être immensément bénéfique : ainsi Science Exchange travaille activement sur une initiative de reproductibilité des résultats dans la recherche sur le cancer, ce qui bénéficiera tant à la Science qu’à l’industrie pharmaceutique.

Le pari de YC est maintenant de rendre cette première promotion suffisamment attrayante pour séduire une nouvelle flopée d’investisseurs dans ce domaine pour le "Demo Day", et de pérenniser l’initiative en créant de futures promotions de startups en biotechnologies encore plus prometteuses. Même si l’initiative est saluée par d’autres acteurs du secteur - comme le fameux BreakOut Labs de Peter Thiel [11] - les challenges restent nombreux. Peu de capitaux risqueurs sont par exemple actifs dans les stades précoces des biotechnologies, contrairement aux business angels. La mesure du succès des startups habituelles de YC, basée sur la croissance du nombre d’utilisateurs, sera difficilement applicable. Enfin, YC ne dispose pas de laboratoires, ce qui pourra être problématique pour porter certains projets. Malgré cela, souhaitons leur bonne chance !

Sources :


- [1] Start-up investor bets on biotech : Nature News & Comment http://bit.ly/1lTZzCF
- [2] The Experiment Begins : Y Combinator Admits First Biotech Startups | Xconomy http://bit.ly/1lTZEWU
- [3] Science Exchange, la plateforme devenue chevalier blanc des expériences scientifiques : http://bit.ly/1mtNAOP
- [4] L’invasion de la culture Tech dans la santé : pour le meilleur ou pour le pire ? (partie 1/2) : http://bit.ly/1cqTB3y
- [5] Crowd-funded HIV vaccine project sparks debate : Nature News & Comment http://bit.ly/1lTZwqp
- [6] Une approche "agile" pour les startups en sciences de la vie http://bit.ly/1ihJhQZ
- [8] Le financement de la recherche scientifique en dehors des sentiers battus http://bit.ly/1lTXUgi
- [9] UCSF, le futur de San Francisco http://bit.ly/1dkSUih
- [10] L’invasion de la culture Tech dans la santé : pour le meilleur ou pour le pire ? (partie 2/2) : http://bit.ly/1hzwDjA
- [11] http://www.breakoutlabs.org/home.html

Pour en savoir plus, contacts :

[7] "Science Exchange, la plateforme devenue chevalier blanc des expériences scientifiques" / Thomas Deschamps, BE numéro 364 http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/75618.htm
Code brève
ADIT : 75836

Rédacteurs :


- Thomas Deschamps, thomas.deschamps@consulfrance-sanfrancisco.org ;
- Retrouvez l’actualité en Californie sur http://sf.france-science.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….